Eric 的个人资料un petit poisson dans la...照片日志列表更多 工具 帮助

日志


6月22日

Sous les sunlights des tropismes (part 6 et fin)

L’antropotropisme

Il existe bien d’autres comportements, parfois difficiles à expliquer et à classifier. L’anthropotropisme (ou doit-on dire antropisme ?) en est un qu’il convient pourtant d’intégrer dans sa tactique de pêche. La présence de l’homme, à travers une concentration de pêcheurs, peut soit amener les carpes à se fixer sur la nourriture artificielle distribuée, soit finir par les rendre méfiantes. Dans tous les cas elle modifie un tant soit peu le comportement des poissons. Je ne suis pas convaincu qu’ils aient une tendance marquée à fuir ces rassemblements de biwi, mais en ce qui me concerne, c’est inéluctable : je les évite.

Les petits plans d’eau sur pêchés de ma région je ne les pratique qu’exceptionnellement, lorsqu’il pleut à plein seau ou la veille de Noël par exemple. Question de tempérament. En résumé, lorsque les poissons commencent à être un peu éduqués, une façon de tirer son épingle du jeu est aussi de différencier son approche, d’une façon ou d’une autre.

Nous avons abordé les principaux tropismes qu’il convient ensuite de croiser entre eux et avec les indications de l’échosondeur ou d’un sondage minutieux. Je suis convaincu que la clef du succès est là, savoir être au bon endroit au bon moment. Néanmoins tant que les écailles ne nous pousseront pas sur le dos notre analyse ne sera qu’humaine, subjective et imparfaite. Les carpes pourront bien être là où nous ne les attendons pas. Un dernier conseil : si rien ne marche, tentez le tout pour le tout en plaçant un appât là où les carpes ne devraient pas être...

6月18日

Sous les sunlights des tropismes (part 5)

 

Le phototropisme

Le comportement des poissons face à la lumière est variable suivant les espèces. Certains poissons de surface comme les ablettes la recherchent, d’autres, les anguilles par exemple, la fuient. Dans ce tropisme il convient également de considérer le cycle du jour et de la nuit qui conditionne l’activité des carpes (et des carpistes).

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Si l’on en croit la composition de ses yeux, la carpe est plutôt équipée pour voir dans des conditions de faible luminosité. C’est très certainement les mœurs noctambules des écrevisses et autres proies qui la guide dans des pérégrinations nocturnes et qui nous pousse à notre tour à la pêcher de nuit. Lors de la mise à l’épuisette l’usage de la lampe frontale est déconseillé car elle provoquera de nouveaux rushs. De même, une fois sur le tapis de réception, il convient de couvrir les yeux de la captive pour limiter les soubresauts dangereux. En ce qui concerne les techniques de pêches, certains se sont essayés à celles utilisées en mer, perles fluorescentes ou bâtonnets lumineux sur les bas de ligne... Pour ma part je n’ai pas poussé jusque là ma curiosité, ni celle des carpes, partant du principe que dans la nature peu de proies sont luminescentes. On me rétorquera qu’il n’y a pas plus de boules fluo flottant naturellement au fond de nos rivières et que pourtant celles ci prennent du poisson… soit.

Le gamotropisme

C’est la réaction d’orientation vers des eaux favorables à la reproduction. La maturité des organes sexuels, puis la fraye, sont directement liées à la température de l’eau. Lorsque les conditions sont réunies on peut assister à de véritables migrations vers les frayères. Les carpes se regroupent sur ces zones alliant faible profondeur et végétation aquatique. La faible profondeur permet un réchauffement optimum de l’eau et la végétation accueille les œufs.

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La reproduction débute au printemps, de fin avril à début juin en fonction de la météo. Toutefois tous les poissons, espèces et individus, ne frayent pas en même temps. Les gardons sont les premiers suivis des brèmes puis des carpes. Les plus âgées, en général les plus grosses, sont souvent les dernières à frayer et continuent à s’alimenter à proximité des frayères.

6月8日

Black Bass 2008 (part1)

 

 

Ca y est le fiston est "addict"... et à l'image de papa rend la liberté à ses prises.

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6月7日

Sous les sunlights des tropismes (part 4)

 

Le limnotropisme et le rhéotropisme

Le rhéotropisme est la recherche d’eaux courantes et le limnotropisme l’orientation vers les eaux plus calmes. En été, la présence de courant est synonyme d’eau plus oxygénée. En hivers et en période de crue, la carpe recherchera les courants faibles voire nuls pour économiser au maximum une énergie difficile à regagner. Il n’est pas rare, à cette saison, de trouver les carpes dans les bras morts, les retenues d’eau communiquant avec les rivières, les amortis... J’ai exploité ce préférentiel lors d’une de mes sessions sur une rivière qui charriait en début d’année des mètres cube d’eaux froides, avec des marnages quotidiens de près d’un mètre. Le soleil nous gratifiait de températures quasi estivales, comme cela arrive parfois dans le sud-ouest la première quinzaine de mars. Toutes les conditions étaient donc réunies pour pêcher l’entrée d’un bras mort qui non seulement ne subissait pas l’influence du courant, mais qui de plus se réchauffait rapidement du fait de sa faible profondeur variant entre 0,80 et 1,20m. J’y prenais entre un et deux poissons par nuit alors que mon pote de session avait grande peine à faire un poisson en trois nuits dans le lit principal. La morale énoncée plus haut est sauve.

Le tonotropisme

Ce sont des réactions d’attirance ou de fuite face aux vibrations. Tous les poissons sont dotés d’une ligne latérale qui leur permet de ressentir les mouvements d’eau, ceux produits par une écrevisse sur le fond ou un insecte se débattant à la surface par exemple. Non seulement la carpe n’échappe pas à cette règle mais elle a de plus, comme le silure, la particularité d’être dotée d’une série d’os qui met en contact sa vessie natatoire avec son système auditif. Ainsi les plus petits mouvements captés via la ligne latérale sont amplifiés, lui permettant littéralement d’écouter l’eau. On comprend mieux l’impact du clonck sur un silure ainsi que le claquement d’une portière de voiture sur un banc de carpes. La discrétion absolue, indispensable pour les pêches de bordure, est une vertu que ne renieraient pas les vieux « carpiers ». Nos anciens, dont Louis Matout (la pêche de la carpe, Librairie Hachette 1943), connaissaient depuis longtemps ces phénomènes et préconisaient déjà l’amortissement des vibrations de la ligne à l’aide de dispositifs précurseurs de ce que les anglais appelleront, quelques décennies plus tard, des back leads.

6月4日

Sous les sunlights des tropismes (part 3)

Le thermotropisme

C’est la réaction d’orientation vers des eaux plus ou moins chaudes. La carpe peut théoriquement supporter des températures extrêmes de 1 à 35°, ce qui ne signifie pas pour autant qu’elle se nourrisse à de telles températures. Comme tout animal ectotherme (à sang froid), les variations de température de l’eau impliquent les mêmes variations de température corporelle et influence sa digestion et son alimentation. Plus l’eau est chaude, plus la digestion est rapide et plus les besoins alimentaires sont grands.

Commençons par les températures les plus basses. Au-dessous de 3 à 4° il est communément admis que les carpes ne s’alimentent pas et l’amorçage doit être réduit à sa plus simple expression, un soluble de deux ou trois bouillettes. Prenez la précaution de vérifier au préalable que votre soluble fond réellement puisque ce n’est pas forcément gagné d’avance par eau froide. Jusqu’à 6 ou 8° la fraîcheur anesthésie les fibres parasympathiques réduisant ainsi le métabolisme et la sensibilité des carpes. Elles se tournent alors vers les débris de végétaux et de petits animaux morts qui se trouvent dans le sédiment. Cette prise de nourriture, qui peut sembler minime, leur permet d’économiser leurs réserves tissulaires faites à la belle saison et de redémarrer au mieux la croissance au printemps. Elles ne recommenceront vraiment à s’alimenter de façon régulière que lorsque la température avoisinera les 12°. La zone de confort des carpes se situe entre 18 et 26°. Au-dessus elles ne s’alimentent quasiment plus, principalement du fait du manque d’oxygène dissout.

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De nombreux paramètres font fluctuer la température de l’eau et doivent être pris en compte pour trouver les carpes: orientation du vent, durée d’ensoleillement (liée à l’orientation du plan d’eau et à la saison), pluie, profondeur de l’eau. A ce sujet il existe dans les plans d’eau suffisamment profonds des couches d’eau de températures différentes qui ne se mélangent pas. Cette stratification thermique comporte trois zones. La première, située en surface (sur une petite dizaine de mètres tout de même) est la plus chaude. La température de cette strate est assez homogène même si elle chute de quelques degrés avec la profondeur. La seconde, appelée thermocline, est caractérisée par une chute rapide de la température. Celle-ci peut descendre de moitié en moins de deux mètres! L’hypolimnium, est la couche la plus profonde mais aussi la plus froide.

6月1日

Sous les sunlights des tropismes (part 2)

Le chimiotropisme

Les poissons réagissent à grande échelle aux effluves, substances et molécules dissoutes, ainsi qu’aux variations physico-chimiques de l’eau. L’exemple connu de tous est celui du saumon qui retrouve puis remonte sa rivière natale pour y frayer. Si les salmonidés sont exigeants quant à la qualité de l’eau, la carpe est elle relativement tolérante puisqu’elle supporte les eaux légèrement saumâtres ainsi qu’une large plage de pH, de 5 à 9[1]. Si pour choisir une future destination vous hésitez entre un plan d’eau calcaire au pH élevé et un autre plutôt acide, sachez que les premiers sont généralement riches en nourriture naturelle (escargots, dresseines...) et produisent bien souvent de (très) gros poissons. Pour en revenir au chimiotropisme, la carpe sait utiliser son système olfacto-gustatif particulièrement développé pour détecter les messages chimiques parfois infimes (calcium, acides aminés...) qui trahissent la présence de nourriture. Sachant cela pourquoi se priver d’un boostage qui au pire n’aura que l’effet d’un placebo sur le pêcheur et au mieux pourrait conduire la carpe tout droit vers votre appât ? Pour la noix tigrée ne me demandez pas pourquoi mais elle se suffit à elle même, un peu de sucre dans l’eau de trempage en augmentant cependant l’efficacité.

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le branchiotropisme

C’est la recherche d’un milieu satisfaisant les besoins en oxygène des poissons. Deux règles nous intéressent. La première indique que les besoins en oxygène de la carpe augmentent avec la température. Ils quadruplent entre une eau à 10° (20 cm3 par heure et par kilo[2]) et une à 20°, pour doubler encore entre 20 et 30°. Cela se conçoit assez facilement sachant que les besoins en oxygène sont directement liés aux besoins alimentaires qui eux aussi augmentent avec la température.

La seconde règle concerne la solubilité de l’oxygène et la température de l’eau. Plus une eau est fraîche, plus elle peut contenir d’oxygène et inversement plus elle est chaude, moins elle peut en contenir. Le manque d’oxygène par fortes chaleurs explique en partie l’apathie des carpes, les scientifiques précisant qu’elles cessent de s’alimenter en dessous d’un seuil d’environ 4 mg/l d’oxygène dissout.

Si elles ne mangent pas, ou moins, les carpes supportent néanmoins assez bien les milieux faibles en oxygène et ce jusqu’à des taux de l’ordre de 2 mg d’oxygène par litre d’eau. Pour cela elles augmentent la fréquence de leurs mouvements respiratoires tout en ralentissant les battements de leur cœur[3]. Une carpe peut survivre quelques heures avec moins d’1 mg d’oxygène par litre en été et supporter les mêmes taux sur des périodes plus longues en hiver, lorsque les plans d’eau sont pris par la glace.

variation du taux maximum d’oxygène dissout en fonction de la température de l’eau :

température de l’eau (°C)

4

12

20

24

28

30

taux d’oxygène dissout (mg/l)

13

10.7

9

8.4

7.8

4

D’autres paramètres interviennent également dans l’oxygénation de l’eau. Retenons d’abord ceux qui oxygènent par brassage, comme le vent, la pluie et les arrivées d’eau. Tous ceux qui ont pêché en grand lac dans la « soupe » de bordure savent que le vent de face est souvent synonyme de départ, voire de départs en série.

La végétation, en plus d’abriter une source de nourriture naturelle que la carpe sait trouver, produit aussi, de jour, de l’oxygène par photosynthèse. De même, les couches supérieures sont plus oxygénées en fin d’après-midi que les couches profondes où la lumière pénètre moins et où par conséquent la photosynthèse ne se fait plus. Si le fond est de surcroît recouvert d’une épaisse couche de vase, le taux d’oxygène peut chuter de 70% et atteindre des valeurs létales pour des espèces moins tolérantes que la carpe.


[1] valeurs INRA

[2] ROULE 1941

[3] LABAT 1966 et MEUVIS 1967.

5月28日

Sous les sunlights des tropismes (part1)

Le secret pour prendre du poisson est de pêcher là où il se trouve. Facile à dire, pas toujours à faire. En l’absence de toute manifestation (sauts, marsouinages, fouilles...), une bonne méthode pour localiser à priori les carpes, et par conséquent choisir un poste, est d’essayer de se mettre à leur place et de penser comme elles. Sachant que les carpes suivent l’impulsion dominante du moment, je vous propose de braquer nos projecteurs sur les facteurs qui régissent leurs comportements : les tropismes.

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Dans la pyramide des besoins, beaucoup sont communs à l’ensemble des espèces animales qu’elles soient à plumes à poils ou à écailles, comme manger, mais aussi ne pas se faire manger, se reproduire… D’autres sont tout à fait spécifiques et même en faisant preuve de beaucoup d’empathie voire de talents de transformiste, il est moins aisé de se glisser dans la peau d’une carpe fut elle XXL, que de faire appel à nos idées préconçues et conceptions anthropomorphiques. A l’explication quasi mythique du sens de l’eau attribué aux pêcheurs d’exception, je préfère celle besogneuse de l’accumulation d’expériences qui mènera petit à petit vers une maîtrise des connaissances, tropismes et autres, guidant par la suite de façon presque intuitive le positionnement d’un montage au bon endroit. Je n’ai aucun pouvoir surnaturel, ni poudre de perlimpinpin et fais partie de ces besogneux toujours prêts à apprendre de leurs réussites mais aussi de leurs échecs aussi reprendrais-je quelques exemples vécus pour imager au mieux la théorie.

le trophotropisme

C’est la réaction d’orientation vers une source de nourriture. La carpe est un poisson opportuniste qui se dirige vers la nourriture la plus disponible. Elle mémorise chaque endroit riche en nourriture et se déplace ainsi de façon quasi rituelle d’une source de nourriture connue vers une autre. Suivant la saison et ses besoins, elle peut faire le même circuit alimentaire deux à trois fois par jour. Les carpes peuvent aussi suivre d’instinct le vent sachant que celui-ci va battre les berges et zones peu profondes et mettre en suspension énormément d’aliments. Leur régime est à forte dominante carnivore (70 à 95%). Elles s’intéressent énormément au benthos et accessoirement au zooplancton (également poussé par le vent) voire à notre amorçage. Il semble néanmoins assez difficile de les détourner de leurs tables habituelles ou des routes qui y mènent. Nos tactiques de pêche doivent donc largement s’inspirer des sources de nourriture naturelles disponibles et de leurs propres tropismes. En effet, connaître le comportement des écrevisses sur un grand lac permet de comprendre celui des carpes qui s’en nourrissent. Ceci dit, en terme d’amorçage il existe schématiquement deux écoles: soit entreprendre un amorçage d’accoutumance, soit à l’opposé pêcher au spot ou avec un appât unique. L’amorçage à plus ou moins long terme tend à conditionner les carpes à un type d’appât qui rentrera avec le temps dans son régime alimentaire, au même titre que la nourriture naturelle. Idéalement la carpe s’en nourrira tellement naturellement que le montage n’aura que peu d’incidence sur la prise. Quant à la technique de l’appât unique elle consiste, après avoir repéré une zone d'alimentation (ou à défaut un passage), à ne proposer qu’un seul appât, qui sera facilement trouvé et considéré comme de la nourriture potentielle. Cette dernière technique a ma faveur lorsque je pêche loin de mon domicile, sur des postes vierges et sur des périodes courtes. Amorcer une fois sur place ne ferait que retarder les touches. De plus je préfère ne pas être tenté de rester scotché à un poste massivement donc chèrement amorcé en l’attente d’un hypothétique départ, ayant déjà commis par le passé cette erreur en grand lac. Après un naufrage et une semaine dans la boue, outre averses et orages de grêles nous n’avions pris en tout et pour tout qu’un poisson à deux et un coup au moral chacun. En fin de session, une accalmie météo nous autorisa à bouger ce que faisons plus par dépit que par réelle conviction. Bien nous en pris car nous touchions en deux heures trois poissons sur un secteur non amorcé. Moralité : il vaut mieux pêcher deux heures sans amorcer là où il y a du poisson qu’une semaine en amorçant là où il n’y en a pas. Pratiquement j’utilise une bouillette flottante, voyante, équilibrée sur l’hameçon ou décollée de quelques centimètres. Si l’appât est placé là où il faut, le départ est garanti dans les premières 24 heures. Pour augmenter l’attraction et émoustiller les carpes j’opte pour un stringer de Frolic (ou un soluble de pellets) et booste mes bouillettes. Deux pots de flottantes et 4 kg de Frolic ou de pellets sont ainsi largement suffisants pour une semaine de pêche.

5月22日

Chap XVII : Un poisson nommé Léma

C’est l’époque de l’année où les pères Noël fleurissent et où les retardataires courent après les cadeaux de dernière minute. Je suis habituellement de ceux là, mais cette année j’ai de l’avance. Samedi 23 décembre 2006 je commence mes emplettes.

Afin d’être sûr d’offrir un cadeau qui plaise, je cherche le plus souvent quelque chose d’utile. Ma première idée avait été, non pas une bicyclette, mais un zodiac que je comptais rapporter d’un meeting en Belgique, pour ma femme. Pensant que la ficelle aurait été trop grosse, je suis revenu avec une boite de chocolats. Un GPS figurait en second sur ma commande au vieux barbu. Ne perdant pas le nord, je file chez le marchand, emportant à l’occasion 5 kg de Trigga et un Cobra, au cas où ma route passerait près d’un lac, des fois que le 26 décembre me viendrait l’idée d’aller faire une nuit ou deux avec un pote. Ca en fait des si. C’est assez risqué. Pas l’idée du GPS, je sais qu’il sera très utile à ma femme pour parcourir l’ouest sauvage à l’occasion des tournois de Hockey sur glace que font les enfants. Ce qui est risqué, autant pour l’avant bras que pour les résultats, c’est d’amorcer lourd sur une patinoire. En effet depuis une quinzaine de jours la douceur a laissé place aux températures proches de zéro, le brouillard givrant recouvre de blanc la campagne et le lac est par endroit déjà pris par la glace. Qu’importe, j’ai une semaine et la ferme intention de prendre ce risque, le dernier poisson de 2006 et pourquoi pas le premier de 2007.

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Nous passons le réveillon et Noël en famille. Ma femme est agréablement surprise par son cadeau, les enfants sont plus que gâtés. Je ne suis pas en reste. Le calendrier de l’avent laisse place à celui de l’après. Mardi matin je quête quelques victuailles et charge sac à dos, bed et fourreau dans l’auto.

Le vent du nord ne souffle pas en notre faveur, rien ne mord. La première nuit passe vite, trop vite. Le téléphone sonne bien avant l’aube. Je sors la tête du duvet, ouvre un œil, regarde l’heure. 6h30, il est temps de plier les abris avant le lever du jour. Le paysage brille, les compteurs sont à zéro et le thermomètre bien en deçà. Les wadders repliés sur les bottes étincellent. Ils sont pris en bloc, c’est d’une logique météorologique. Comme la navigation est interdite, les montages furent déposés la veille au soir, entre chien et loup, en flot tube filoguidé. Késako ? je vous laisse imaginer la scène : Cédric en wadders rétro pédalant dos aux spots avec deux montages embarqués, et moi le guidant depuis la berge, comme au Cadre Noir de Saumur, une Obsession dans chaque main. Givrés ? Probablement, mais seule la passion est raisonnable ! Nous pouvons ajouter de la vie à nos jours, l’inverse est bien moins sûr. Bref si les poissons n’étaient attribués qu’au mérite ça se saurait et tous nos sacs de conservation seraient pleins, ce qui est loin d’être le cas. L’issue de la seconde nuit nous ramène à la maison : nous aurions mieux fait d’en rester à la raison. D’un commun accord nous plions les gaules, non sans envisager de se rappeler d’ici le 1er janvier si venait le redoux et l’idée d’aller faire une nuit ou deux entre potes.

L’interlude sera de courte durée. Rentrés jeudi matin, la donne change dès le vendredi avec un vent de sud ouest et des températures qui en 48h passent de –5° à +10°. Cédric m’appelle et rendez-vous est pris pour deux nouvelles nuits, du samedi 30 au lundi 1er. Nous changeons quelque peu d’approche. Certes nous resterons sur le même poste afin de bénéficier des effets de l’amorçage. Nous déposerons les lignes eschées des mêmes bouilles, aux mêmes endroits. En revanche nous pêcherons à l’assiette en stimulant au maximum l’attraction. Pour cela nous accrochons un gros sac soluble sur chaque montage, rempli pour moitié de Specialist Carpet Feed (c’est une farine d’amorçage Nutrabaits composée d’un mélange de chènevis, d’arachide, de bird-food et de bétaine HCl) boosté avec du Trigga liquide et des acides aminés. Le reste du sac sera rempli d’asticots, dont je n’ai pas relevé la marque. En quatre coups de float tube filoguidé, soit pas loin d’un kilomètre de rétro pédalage plus tard, huit montages minent le secteur. Pour mutualiser les chances à hauteur de nos investissements réciproques, je propose à Cédric de partager les départs suivant une règle simple : la première touche revient au propriétaire de la batterie. L’autre pêcheur prend le second départ. A l’issue du 2eme départ on repart à zéro (chacun sa batterie) et ainsi de suite. De la sorte les départs sont équitablement partagés et le suspens revient toutes les deux touches. Nous n’en sommes pas encore là ; tout de même assez pour que rapidement le sommeil nous emporte et que tiré du premier sommeil je bloque le premier départ. Logique mathématique c’est aussi, pour l’instant, le dernier départ de l’année. Nous sommes le 30 décembre 2006, date qui entrera bientôt dans la petite histoire de la carpe.

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Après m’avoir épuisé une longue miroir, Cédric dispose désormais de 4 chances supplémentaires et de 24 heures au plus afin de prendre à son tour un dernier poisson. L’ultime jour de 2006 se lève. La journée sera calme, le réveillon frugal. Une séance de rétro pédalage, une petite soupe et au bed. J’ai laisser le téléphone à sonner à 6h30 pour plier et rentrer tôt dans la matinée, afin de souhaiter à ma petite puce Chloé un bon anniversaire et passer un peu de temps en famille. Je me cale au fond du duvet. Ayant confié par convention la garde des cannes à Cédric, je m’endors l’esprit libre. Les premiers SMS tombent dans la nuit, vers une heure du mat’. Bonne année ! C’est sympa de voir que les potes en java pensent à vous. Je réponds et contribue à mon tour à saturer le réseau… Les carpes ne sont pas de la partie. Nous savions en venant que nous pêcherions pour un poisson. Nous en avons déjà un. Un chacun serait-ce trop demander ? A 4 heures du matin je stoppe le second départ sur ma batterie…. Cédriiiiic ! Départ ! Bonne année, je passe le relais de 13 pieds et me dit que les compteurs vont bientôt repartir à zéro.

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Le téléphone sonne. Nous plions tôt tout et tout (comme disent Véronique et Davina), sauf les cannes, en l’attente de plus de lumière pour faire quelques clichés. La séance débute sur la berge et se poursuit dans l’eau pour la remise à l’eau… biiiiiiip. Un départ sur la batterie de Cédric précipite la remise à l’eau. En deux temps trois mouvements je lâche le numérique retenu par la bandoulière au cou, et bride le poisson pendant que Cédric sort de l’eau. Je lui rends sa canne conformément aux règles du jeu et enchaîne les photos du combat.

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Au premier degré cette petite histoire n’a rien d’extraordinaire. C’est une tranche de bonheur simple qui image assez bien des valeurs qui me sont chères. D’abord la force de l’union. A deux, ensemble, nous avons réussi ce que chacun de notre côté nous n’aurions peut-être même pas tenté : aller à la pêche par –5, déposer les montages en float tube, prendre une tôle, y retourner… Ensuite qu’il vaut mieux perdre un poisson qu’un ami, dans le sens où comme en amour il faut savoir donner sans attendre en retour, et ne pas tenir de compte. Donner pour donner comme dit la chanson. Il faut aussi arrêter de croire que les poissons tombent du ciel… Croire au père noël ne suffit pas à le faire exister. Il faut aller les chercher et ne pas écouter ceux qui disent que ceci est impossible, que seule telle ou telle technique est valable. Osez le pionnering, tentez la pêche en hiver, sortez du cadre et des sentiers battus, pêchez où les poissons ne devraient pas être... Faites votre cette citation de Marc Twain « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait ».

Quelques jours après cette session, j’apprenais via un mail du site officiel du Sénat, que la Loi sur l’Eau et les Milieux Aquatiques (LEMA) et l’article pour lequel avec mes potes de l’UNCM nous nous étions battus depuis 4 ans afin d’interdire le transport des carpes trophées étaient sortis, le 30 décembre 2006. J’appellerai mon poisson Léma.

   

5月16日

Vidéo du TNR

       
5月11日

Sous le pont du Dognon...

Depuis quelques semaines il était convenu, entre Olivier et moi, de participer à une pêche de sauvetage avant la vidange totale d’une retenue de Haute-Vienne. Un de nos derniers messages échangés sur le net disait en substance : pluie vendredi, beau temps samedi, pluie dimanche… Et O’live d’ajouter « on se mouille vendredi, on sèche samedi et on plie sous la flotte dimanche ». Il ne pensait sûrement pas si bien dire… mais laissons le raconter ses péripéties.

Départ de la mise à l’eau du pont du Dognon vendredi vers 16 heures… 30 mètres plus loin un coup d’accélerateur trop viril (je venais de dire à Eric « pars devant, je vais te rattraper, tu vas voir ce que je vais te mettre ta race… ») fait rentrer l’eau dans la barque ! Ça m’apprendra à monter un 5 CV sur une coque de noix. Bref, la barquasse se rempli, se retourne, et tout passe à l’eau… moi compris. Secouru par les gars du coin je regagne la berge agrippé au flanc-bord du canot de sauvetage, en pensant à ma femme et à ma fille… ça fait réfléchir.

Après un rapide inventaire j’ai laissé au fond du Dognon l’échonsondeur et sa petite batterie au gel, la batterie au gel du moteur électrique (sa première sortie), le parapluie ovale (ma maison !), la boite à pêche (à cause du poids des mots de Genevoix ou plus sûrement celui des plombs) avec absolument tout mon petit matériel (F-Box entièrement pleine, carnets de pêche, cartes, etc) et mes deux rames alu. Je vous dis pas la panique, le Nikon, le camescope numérique, le téléphone portable, tout est passé par-dessus bord, à l’eau. Fort heureusement les deux premiers marchent (merci la sacoche). Le portable est quant à lui bon pour la poubelle (Allo ?).

Bref comme on est venu pour sauver des carpes, nous décidons de continuer. Mes 5 CV étant noyés, Eric me prendra en remorque. Nous voilà repartis, le temps de tout recharger et de revétir quelques vêtements secs empruntés à l'un et à l'autre. Sachant que tout le monde ne fait pas XXL, c’est plutôt près du corps, mais très saillant. Une vingtaine de minutes de navigation plus tard, à nouveau trempés par un ciel qui continue de nous tomber sur la tête, nous voilà enfin sur le poste…J’avoue ne pas avoir le moral au beau fixe à ce moment là !

Eric laisse en soirée un message à Laurent pour lui demander de me dépanner de quelques vêtements. En l’attente, je passe une nuit de rêve sur un bed-chair trempe et dans un duvet mouillé. Le lendemain matin le soleil est là, comme par miracle. Je revis et mets tout à sécher...

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Un saut de carpe (enfin un schplouff) booste le moral et m’invite à replacer un montage plus à gauche, sur la rive opposée. J'esche une petite pop-up « pink pepper » empruntée à Eric (toutes les miennes diffusent par 15 m sous le pont du Dognon… dans mon carry-all), que je dépose accompagnée d'une poignée de pellets et de chénevis…

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Les dés sont jetés. J’en profite pour aller assouvir, après un bon café et une clope, un besoin naturel.
A mon retour, plus d’Eric… Une canne manque à l'appel. Je comprends vite et le vois au loin, au beau milieu du lac, avec entre les mains celle qui a tout l’air d’être mienne : la canne que je venais justement de replacer ! Il revient peu de temps après avec une miroir de 14kg qu’il baptisera « lèvres en feu ».

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La règle des 3C devient celle des 4C : café-clope-caca... carpe !

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Je replace le montage à l'identique.
Une heure après il re-décolle... Je saute à mon tour dans la coque de noix (même pas peur)...

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...et rentre avec une miroir de 12 kg.

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Nous dédions par messagerie interposée ces deux poissons à notre ami Patrick. Pat nous donne en retour les prévisions pour la nuit à venir : « pluie annoncée de 21h à 3 h du mat’, mais pas pour le dimanche »... qu’il dit… au final il a plu sans discontinuer de 3h du mat jusqu’au dimanche soir. Ceci dit la nuit fut plus confortable puisque tout a séché le samedi après-midi.

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A l'heure du bilan : une « petite » frayeur, un peu de matos perdu, la force de l’amitié, deux carpes sauvées et une histoire d'O à raconter... Carpe Diem.

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3月28日

Chap XVI : J’en ris encore dans mes moustaches

Vendredi 21 juillet 2006 je suis sur la route en direction du nord. Je dois y retrouver à défaut d’un peu de fraîcheur - le temps est lourd - l’ami Olivier, pour une initiation à la pêche à la bouée. En ce début de road movie j’ai indubitablement un problème, soit de train avant ou plus probablement de pneumatique, car la ZX vibre dès que la vitesse dépasse 90 km/h. La prochaine fois je demanderai à Manu plutôt que son zodiac, l’échosondeur, l’abri, etc si il ne peut pas tout mettre dans sa Ford. Un bonheur n’arrivant jamais seul, la radio annonce une alerte météo orange en soirée sur le Maine et Loire, à cause de violents orages… ô désespoir…

J’arrive à Mey Sur Evre, après deux bonnes heures de route. La ZX a tenu le coup… De chez Olivier à la Loire il reste encore une vingtaine de kilomètres à parcourir. Olivier a prévu d’y laisser momentanément une voiture le temps de faire ensemble le tour de quelques postes. Je me gare sur les quais et abandonne lâchement la ZX pour une Evasion… climatisée ! Chemin faisant, Olivier me propose un poste pour la première nuit et de basculer sur une autre rivière si les silures ne se montraient pas coopératifs sur la Loire. Adjugé ! Olivier me dépose à la ZX. Je lui emboîte le pas sur un centaine de metres à peine… puis je lui fais des appels de phare au rythme du « flap flap flap flap flap… » caractéristique d’une crevaison. Après avoir déchargé une petite partie du coffre pour avoir accès à la manivelle et à la roue de secours, le pneu arrière droit est changé, en plein cagnard, dans un style « arrêt au stand à Magnycours ». Le temps d’attraper une grosse suée et nous voilà reparti en convoi. A tout malheur chose est bonne, la ZX ne vibre plus. C’est déjà ça de gagner. A la mise à l’eau une deuxième suée nous attend. Le ciel se fait de plus en plus lourd, de plus en plus sombre, à 4 heures de l’après midi ! Il faut gonfler les deux pneus (décidement on en sort plus des pneumatiques …), charger le matériel, aller parquer les voitures.

Les deux zodiacs remontent enfin la Loire vers le poste aux moustachus. Olivier connaît bien les fonds pour avoir déjà pêcher cette zone, rive gauche, entre deux épis. Un rapide coup d’écho dessine les fonds : en amont de l’épi de gauche une « fosse » assez grande (30 m sur 30) avec 3,5 m au plus profond environ. Un peu plus en amont, au milieu des deux épis, un plateau peu profond (1,2 m en moyenne) qui casse à une trentaine de mètres du bord dans un lit profond de 2,5 m. En aval immédiat de l’épi de droite une fosse d’une cinquantaine de m2 est creusée dans le lit. Olivier me laisse le choix. Je lui concède l’aval qu’il avait déjà pêché avec succès. Le temps se fait de plus en plus menaçant. Les premières gouttes tombent tandis que l’orage gronde au loin. L’abri est monté, puis c’est au tour des cannes. Je refais les montages. Je coupe la tête de ligne au niveau de l’émerillon avant d’en nouer un modèle XXL. Je réalise les parties terminales en suivant les conseils d’Olivier. Un triple de 5/0 pour les gros vifs, (où un 4/0 pour les carpeaux d’une main) est relié à un mètre de nylon en 70/100. A l’aide d’un nœud sans nœud un simple de 10/0 est monté au dessus du triple de telle sorte qu’une fois le vif esché sur le simple, un peu en arrière de la dorsale, le triple pende juste en dessous de l’anale. Le bas de ligne se termine par une boucle et fait au final une soixantaine de centimètre.

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L’orage se rapproche, tant et si bien qu’il est partout, tout autour de nous. Olivier profite d’une courte accalmie pour tendre néanmoins deux cannes, reliées par des cassants en 20/100 à deux bouées. Les miennes ne sont pas encore en place et de toute façon je trouve les conditions météo trop risquées pour aller sur l’eau. Je tends à l’arrache deux cannes du bord avec une pelote de vers canadiens sur un simple n°8/0. Je m’endors entre deux coups de tonnerre.

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Vers une heure du matin samedi j’entends un des détecteurs d’Olivier qui, peu de temps après, m’appelle. Il est en train de combattre un poisson piqué sur un gros carassin en surface. D’une main experte et ganté Olivier termine le combat en empoignant la mâchoire d’un silure d’1,30m pour 15 kg.

Le ciel est dégagé (on voit les étoiles), l’orage terminé. Olivier part retendre. De mon coté malgré l’heure je suis motivé pour aller positionner les bouées, une au dessus de la fosse de droite, l’autre au dessus du lit après le plateau, de telle sorte qu’en tendant le fil le vif soit au niveau de la cassure. C’est celle là qui deux heures plus tard démarre. Malheureusement le combat est avorté au bout de 30 secondes par une casse. Si j’ai bien eu contact avec le poisson j’ai aussi senti comme un frottement sur je ne sais quoi. Toujours est-il que le bas de ligne (en 70/100 !) a cassé 1 cm au dessous de la boucle de l’émerillon. Ainsi va la vie… Nous n’aurons pas d’autre touche de la nuit.

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Le deuxième soir, le temps est idéal pour les pêcheurs. Pour la pêche nous ne devrions pas tarder à le savoir. Nous tendons trois cannes chacun, deux à la bouée, une à fond. Je laisse la bouée sur laquelle j’ai eu le départ, et positionne l’autre en fin de plateau, à gauche. A 1h du matin c’est celle ci qui démarre. Je pense que la pile de la centrale devait être faible car c’est au miaulement du moulinet que j’ai su que le silure était parmi nous (minou minou). Par contre j’ai eu beau héler Olivier, il dormait comme en Loire. Je me suis donc débrouillé seul, appréhendant néanmoins quelque peu la fin du combat, le moment où l’on doit mettre sa main dans la gueule béante. Avec cette poignée de valise en main j’échoue un silure qui me semble plus gros que celui d’Olivier. Je décroche le simple piqué au bord de la bouche, mais pour le triple il me faut une pince. Je vais devoir aller réveiller Olivier. Rien qu’à me repasser la situation qui va suivre j’en rigole encore. Imaginez la tension et le suspense qui précèdent une scène d’un film d’horreur, et le bond que vous faites ensuite… Olivier devait être dans un trip similaire dans son premier sommeil toujours est-il qu’au réveil il a été pris d’une trouille indescriptible en me voyant la frontale braquée sur lui, remontant son duvet jusqu’aux yeux, se reculant le plus possible au fond de l’abri tout en criant un peu comme une fille qui a vu une souris…

- HHHHhhaaaaaaaaaaAAAAAAAAAAAAA ! ! !
- Ooooh Olivier c’est moi…. Eric, j’ai un silure
- HiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiIIIIIIIIII ! ! !
- T’as une pince ? Une corde ?
- (tremblant) Putain tu m’as fait peur

Une fois encordé, je retourne me coucher, laissant Olive seul… dans le noir.

Dimanche, 8 h, je me réveille. J’avais bien mis mon téléphone à sonner à 5h30 pour faire des photos du lever du soleil, mais le temps trop nuageux ne s’y prêtait pas. A 8 heures donc je vais à la rencontre d’Olivier qui dort encore. Un des swingers est en bas, le triple accroché à un des anneaux… une corde part d’un piquet. Partagé entre fou rire et scrupules j’hésite à le réveiller.

- t’en as fait un Olive ?
- Hein…
- T’as pris un silure ?
- Deux… j’en ai pris deux, à 4 heures en surface et à 5 heures à fond. Tu dormais bien mon cochon… je t’ai appelé.
- J’ai rien entendu… On fait les photos ?
- Aller…

S’en suit donc la séance photo précédé des prises de mensurations. Le premier fait 1,23 pour 14,5 kg.

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Le second 1,41 pour 17,5 kg. Olivier pensait qu’il faisait plus. Il dit qu’en général un silure pèse la moitié des centimètres en plus du mètre (ex : 1,40 à 40/2 = 20 kg). C’est empirique mais souvent assez proche de la réalité.

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- le « mien » fait 1,36 m pour 18 kg.
- Ah ! le mien est plus long…
- oui mais c’est moi qui ait le plus gros…
- oui mais les silures c’est les centimètres qui comptent…

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Vers 11h tout est rangé dans les voitures. Nous repassons par Mey Sur Evre. Pierre, le fiston d’Olive et Véro, a la varicelle le pauvre bonhomme. Après un café et des discussions qui pourraient s’éterniser si chacun n’avait pas de son côté des obligations, je reprends la route…

On s’est bien marré. On remettra ça !

Eric Deboutrois,

Niort le 23 juillet 2006.

3月21日

Chap XV : Carpe postale d'Avril

Ce premier avril 2006 annonce la fin de quinze jours sans pêche et la deuxième sortie de l’année. Je n’ai pas pu continuer l’amorçage commencé en mars et la météo annonce pour ce week-end un temps pluvieux que Mathusalem. Je suis aware que tous les voyants ne le sont pas (au vert). Fort heureusement les prédictions n’engagent que ceux qui veulent bien les croire.

Pour les pessimistes, le temps est gris. Petits ou marchant courbés ils auront toujours les nuages au dessus de leur tête. Les rêveurs et autres bienheureux, grands comme Alexandre, l’auront dedans. Quant aux utopistes où à ceux trop grands pour se courber, ils la porteront encore plus haute, au delà des nuages, là où le ciel est toujours bleu. Carpe Diem, pour m’aigrir il faudra bien plus qu’un régime dépressionnaire. Les utopies d’aujourd’hui sont les réalités de demain. Je sais qu’il m’appartient de provoquer le destin, que la chance s’offre volontiers à ceux qui la courtisent. En fin de matinée je charge donc la voiture pour une demie journée de pêche à l’arrache, voire plus si affinité, prenant un malin plaisir à me dire que ce 1er avril serait assurément une bon choix de date pour faire un poisson. Quel pied de prendre une belle carpe, de le dire aux copains qui ne sauront pas si c’est du lard ou du cochon.

Après une salade assaisonnée d’huile d’olive, une tranche de jambon blanc fine comme du papier calque et un yaourt 0% de matière grasse histoire d’accompagner les carpes dans leur diète, je quitte le plancher des vaches. Je décolle pour mon coin de ciel bleu, ma mare à canards. Au pied d’un arbre, le Tabur m’y attends. Quatre gros anatidés blancs pataugent à proximité. Je mets la poignée dans le coin (coin !) et pousse le moteur à fond de cinquième. Les cygnes m’escortent, courant sur l’eau. Je les suivrais bien… Mais j’aurai beau tirer sur le manche, jamais je ne déjaugerai mon vieux Canadair. Plus poreux qu’une poule mouillée, il écope tellement d’eau que sa double coque doit être pleine comme un œuf. J’accoste et sort les cannes, fatalement mouillées. Sinon ça ne servirait à rien de les essorer me diriez vous. Peut-être, mais j’ai constaté que chaque partie de pêche réussie commençait toujours par le même rituel : sortir les cannes. Certains ajouteront : c’est une Lapalissade ! Non, c’est une Obsession… Collector s’il vous plait !

J’étends donc les cannes, mouillées. Quatre Trigga attendent pour le bain, eschées depuis le matin. Elles seront servies sous peu sur un plateau, et j’ai bon espoir que malgré ce jeun, ou à cause de, les carpes les reconnaîtront rapidement comme du bon miam. En pleine dépose, je constate l’arrivée d’une voiture qui immanquablement est passée devant la mienne, garée sur le chemin, et qui ne peut que m’avoir vu. Une équipe de deux pêcheurs en descend et s’installe pour une pêche au coup, me semble-t-il. Le glas sonne comme une claque. Je suis fait comme rat et fromage enfermés sous une même cloche. Tous mènent au lac, elle n’aurait pas pu prendre un autre chemin, ou partir quinze jours en avance à Rome. Un sens olfactif développé, ou le simple bon sens me dit qu’il ne serait pas raisonnable de pousser jusqu’au bout de la nuit cette escapade. D’après le calendrier de la Poste, le soleil se couchera à 18h19. J’ajoute deux heures et trente minutes ce qui pousse la limite légale à 20h49. C’est nul, mais c’est comme ça. Dans l’après-midi, deux poissons, pas vraiment gros, viendront à ma rencontre. Je relâche ces deux éclaireurs, et me retrouve à devoir rentrer, à contre cœur et dans le noir, enfermé au fond d’une soute de bateau négrier, esclave d’un code qu’on devrait abolir. Je disperse chemin faisant 3 kg de bouillettes, pensant ne plus y revenir avant le lundi suivant, afin de poursuivre l’amorçage. Arrivé à la maison, yé sors juste lé tapis, touyours mouillé lui auchi. C’est marrant, une partie de pêche réussie finit souvent comme ça ! Pour le reste du matériel, il fera jour demain.

Némo

Dimanche matin, après une bonne grasse matinée, je m’offre néanmoins un copieux petit déjeuner : café noir sans sucre, 10 grammes de beurre, 80 grammes de pain complet, et un yaourt 0% de matière grasse sans sucre… beurk, c’est pas bon. Consolation dehors il fait beau. Il fait toujours beau au dessus des nuages. Si les utopies d’aujourd’hui seront les réalités de demain, mes utopies d’hier sont pour aujourd’hui, c’est d’une logique implacable ! Il ne me faut que peu de temps pour convaincre mon fils Damien de venir avec moi au bord de l’eau. 14h30 je dépose le dernier montage avec une dizaine de bouillettes éparpillées autour. Bêêêêêêêêêêêê fera un Delkim moins d’une demie heure après. Une première carpe vient de rompre le silence des anneaux. Une autre l’imite trente minutes plus tard, donnant à Damien l’occasion de ré approvisionner le numérique.

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Vers 16 heures, alors que nous péchons depuis moins de deux heures, la canne de droite frémit à peine. Un détecteur mal poli éructe un bip.

- Vasistas ? Une brème ? 

- Je peux la prendre papa ?

- Attends…

Au ferrage l’idée d’une brème s’estompe vite. Le plastique a beau être fantastique, on ne sent rien pendant le combat. La tresse c’est magique ! Le poisson part vers l’aval, lourd comme un cheval maure. Je jaunis à l’idée d’arriver tout juste à arrondir la course du sarrasin (c’est presque comme un carassin mais en plus gros), qui se rapproche dangereusement de ma berge et des arbres immergés.

- Damien… le tapis et l’épuisette : dans le bateau !

Je pars au devant du berbère. Je sais tenir un beau poisson. Je te tiens, tu me tiens par la barbichette… Qui tient l’autre ? J’accompagne le poisson au moteur dès qu’il cherche à s’éloigner vers l’aval… Je le contre en marche arrière dès qu’il mène la danse et le Tabur par le bout du nez direction les arbres. Damien fait des photos du combat depuis la rive. Dur dur, poussé que je suis par le vent, d’éviter la dérive, de combattre, de présenter l’épuisette, de redonner un peu de frein. Il y a des jours où je troquerais volontiers ma douce fourrure d’ours pour enfiler celle plus visqueuse mais mieux membrée, d’une pieuvre. Au rythme de Pouple Fiction, revisité par Black Eyed Peas, je pompe, je pompe ! Après Moby Dick c’est 20 000 lieues sous les mers. Exit Achab, bienvenue Némo. La tête de ligne entre enfin dans le moulinet. J’aperçois un plomb montre qui annonce logiquement l’heure d’une victoire proche. Le poisson monte sur le flanc. Dans une ultime manœuvre la pieuvre étend ses tentacules, pousse l’épuisette au plus loin, le scion au plus haut. Le piège se referme. Clic clac, dans la boite.

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Après la traditionnelle séance photo je m’apprête à affranchir (normal pour une carpe postale) celle qui nage et qui, un an après, presque jour pour jour, est revenue à la rencontre de celui qui marche, la tête au dessus des nuages. A moins que ce soit l’inverse, et que ce soit moi qui l’ai cherchée. Tarif en vigueur, le fiston fait quelques photos de cette remise à l’eau quand une nouvelle carpe sonne le rappel et nous ramène les pieds sur terre : nous pêchons encore. 

Bientôt 19 heures, je vais à nouveau devoir provoquer le destin : après la photo et la littérature, Damien doit encore réviser un peu sa Géo. Nous plions, direction maison…

3月15日

Chap XIV : Mars et ça repart

Après un début d’année plus booké qu’un fleuriste, l’heure est venue d’aérer l’oiseau, avant l’arrivée de l’influenza. La première sortie est prévue en journée, samedi 18 mars 2006, avec le fiston, voire le lendemain avec Manu qui se recycle dans la location de matos de pêche. C’était sans compter sur le coup du sort (j’ai failli écrire « du soir »). Damien a pris un coup de poing dans le nez à l’école en début de semaine. Bilan, le pif est fracturé, tandis qu’Hercule (Manu) a un lumbago : « Pan ! Démis » doit se dire le sort.

Mais on me la fait pas à moi. Seul, envers et contre tous je me lèverai samedi matin de bonne heure pour la première sortie de l’année… Sinon, avec l’Assemblée Générale de l’UNCM du week-end prochain ça repousse au 1er avril pour prendre un premier poisson. 10h30 du mat’, je repousse les draps et le départ en début d’après midi. Rien n’est prêt. Il faut se motiver… 13h passées, ma femme compatissante me dit que je ferai mieux de dormir au bord de l’eau la nuit prochaine. Elle a raison. D’ailleurs les femmes ont toujours raison. C’est un peu bête de faire deux aller-retour, d’autant que j’en ai déjà fait trois dans la semaine pour aller amorcer. C’est décidé, je pars pour deux jours. Je relèverai les cannes samedi soir et les retendrai dimanche à l’heure des braves.

Arrivé à bon port, je retrouve mon fidèle destroyer qui, une fois chargé fend les flots vers le haut plateau. La zone préalablement amorcée, à raison de dix kilos de bouillettes, fait facilement la surface d’un terrain de foot. J’ai allongé vers l’aval car il y a une partie plus profonde et plus en pente douce que la partie amont du plateau qui elle fait une réelle marche, passant de 2m à 4,5m. Je place deux montages en amont, une sur le plateau dans 2m (lieu de la capture de Moby Dick en avril 2005 pour ceux qui suivent), une autre en bas de la marche, dans 4,5m donc. Les esches sont les mêmes billes que celles utilisées pour l’amorçage. Addict à ces petites « gatri », j’en connais qui vont se retrouver d’ici peu avec un cheveu au bout de la langue et un piercing aux lèvres. En zone aval, même approche : un montage sur une zone dure en haut de la cassure dans 2,5m environ, juste en dessous de la rangée de souches qui borde le plateau et que l’on voit bien à l’écho (merci Kiloutout), et une plus en aval, sur la pente, dans 3m. Il est un peu plus de 14 heures quand les 4 cannes sont opérationnelles.

Il n’y a pas un chat sur le lac, tout juste quelques grèbes. Il pleut comme Guy. Je décide de monter l’Evolution (merci Ki ?) un peu en retrait dans le bois pour tout mettre à l’abri y compris des regards. Quinze, seize, dix-sept, dix-huit, dix-neuf heures et pas un bip… Il pleut de plus en plus dru, ou est-ce la panne des –autres- sens qui, allongé sur le bed m’attise l’ouie ? Je sieste et en oublie de relever les montages. A vrai dire je suis bien au sec, j’ai la flemme et surtout l’intime conviction que le temps joue pour moi . Elles vont bien y monter sur ce plateau, tôt ou tard. Reste à savoir quand et ça c’est le premier bip qui nous le dira. « blebleblebleeeeeu… ». A 20h30 la centrale m’annonce un départ sur la canne la plus en aval. J’émerge et enfile clopin-clopant les wadders. Je combats du bord. Les Pandor sont sortis de la boite pour la première fois. J’apprécie de retrouver les sensations de la tresse et les coups de tête à l’autre bout du fil, une centaine de mètres plus loin. La fée du lac m’offre une miroir d’une douzaine de kilos… Dans le combat mon plomb s’est décroché. A l’issue je fais de même avec la belle et la rends à son sort comme dirait le Capitaine Hadock. Tel un alchimiste je remonte à l’abri changer le plomb. Blebleblebeuleu fait la centrale. Quid ? Touche à revenir sur la canne qui pointe son doigt en amont, en haut du plateau. Carpe téléphone maison… Le swinger est au plus bas. Je mouline et prends contact avec un poisson qui se battra sous la canne. J’empoche au final une longue commune, typique du lac, dont je n’estimerai pas le poids peu sûr que je suis de ne pas être en deçà de la vérité vu l’épaisseur. Je retourne à l’abri avec la deuxième canne pour changer la bouillette ce coup ci. Beeeeeeeeep : départ sur l’autre canne aval. A croire qu’elles sont toutes montées sur le plateau en même temps ! Je mets au sec une nouvelle miroir, plus courte mais au ventre gonflé par les œufs, qui doit avoisiner la dizaine de kilo. Je re dispose les trois montages à l’identique, ou presque, dans le noir et sous une pluie ininterrompue. Quant à celui en bas de la marche, il dort tranquille. Les départs se succèdent ainsi, sur les trois mêmes cannes, jusqu’à 6h30 du matin. Celle la plus en aval a un rendement légèrement supérieur. D’ailleurs à l’approche de l’aurore je décide de ne plus la retendre, poussé par un subtile mélange de discrétion et de flemme. Au total je prends 9 carpes en 10 heures, et pas une seule photo. La plus grosse, une miroir d’aspect très similaire à Moby Dick, fait 15+.

Vers 9h je repousse la couverture polaire découvrant un beau soleil. J’ouvre une boite de sardine à l’huile d’olive en guise de petit déj (c’est plein d’oméga 3) et décide d’attendre un peu avant de plier. L’abri sèche. Rien ni personne ne viendra troubler la quiétude de cette belle matinée. Vers 10h je passe un coup de fil à Kiloutout et lui laisse un message sur son répondeur. Je plie tranquille vers 11h30.

Elle est pas belle la vie ?

3月6日

Chap XIII : Papaaaa…. T’as une touche !

Lorsque les secteurs de pêche de nuit partent en fumée pour des prétextes fallacieux, je ne puis m’em…pêcher de penser à cette époque où la chasse aux sorcières se terminait sur le bûcher. « La pêche de nuit est morte, vive la pêche de jour rien que pour nous » semblent jubiler nos détracteurs ! C’était sans compter qu’à l’instar d’un Phœnix, des sandres de la pêche de nuit pouvait renaître la pêche de la carpe de jour.

Antescriptum

Secteurs, secte… j’te vois dans le rétro Satanas. La messe est dite, le couperet tombe : plus de pêche de nuit. Ainsi soit-il. Que les gestionnaires qui veulent se faire Hara-kiri le fasse, c’est leur choix. A croire que la pêche en France soit si forte qu’on puisse l’amputer de quelques membres. Bref, comme tout ce qui ne tue pas rend plus fort, il leur faudra pendant quelques temps encore se lever bien tard pour que leurs nuits interdites soient plus longues que mes jours. L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. Rapide calcul : lever du soleil 6h30, coucher du soleil 21h30. Je ne pose rien et je retiens tout : 16 heures de pêche en comptant la marge légale d’une demie heure avant et après. Huit heures d’interdit pour seize de liberté. En route pour la pêche de jour généralisée ! Puisqu’on nous sert retour vers le futur, l’approche envisagée sera des plus traditionnelles : choix d’un poste et pré amorçage régulier. Comme c’est dans les vieux spots qu’on fait la bonne soupe, je sais déjà où je vais jeter mon dévolu. Avec mon fiston nous chargeons le Tabur sur la De Lorean. Je règle le compteur spatio-temporel sur J + 7, quelque part dans l’ouest.

Il était une fois dans l’ouest

J+7, 5h00 du mat’. Je réveille Damien. En moins de deux il s’habille et avale son chocolat chaud. C’est sa première sortie carpe avec papa. La voiture est chargée depuis la veille au soir. Les sabres sont affûtés et patientent tranquillement dans leurs fourreaux. Quatre bouilles happy, en plus des deux nôtres, sont déjà eschées sur les cheveux. Seize chaussettes solubles sèches et archi-sèches attendent dans un seau à coté de deux kilos de bouillettes et autant de pellets. La sonde est même raccordée à l’échosondeur. Tout, dans le moindre détail, est prêt pour être opérationnel dans les meilleurs délais. Damien emporte ses leçons d’histoire de l’année scolaire écoulée, des mots croisés, une BD, un jeu de cartes de UNO, de quoi mélanger utile et agréable si la journée venait à se faire longue. Nous avons prévu de rentrer vers 17 heures, pris par d’autres impératifs.

Premier départ

7h30, les quatre bouillettes partent en éclaireurs, avec leur petit sac soluble sur le dos, accompagnées d’une volée de pellets porte bonheur. Vive les mariés… Deux sont amenées sur un plateau, celui que j’amorce depuis une semaine, deux autres sur ma bordure, aussi près possible que nous y autorisent les potamots.

La première touche ne se fait pas attendre. J’épuise un carpeau qui permet à Damien de prendre la pose. Cheeeese… Pas la peine de lui demander de sourire. Happy. En revanche je lui explique comment ré oxygéner par quelques va et vient la petite miroir, qui repart comme si de rien n’était, en deux coups de caudale. En quelques coups de rames je retourne à mon tour déposer montage et sac soluble. Il n’est pas 9 heures que deux nouveaux poissons posent pour la postérité. D’abord une petite tanche gluante et glissante comme une savonnette. Ensuite une petite commune qui nous entraînera dans une explication des différences entre tanches et carpes, miroirs et communes. Je préfère ça à « Dis Papa c’est quoi cette bouillette de lait ? »…

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Festival de couleurs

Sur le coup de 9h45 j’ai un nouveau départ, canne de gauche sur le plateau. Je pars combattre en bateau (il y a trop de potamots en bordure pour espérer ramener du bord) un poisson que je sens un peu plus lourd. Si la montagne ne vient pas à toi… Je pompe et me rapproche ainsi doucement. Au top vertical nous remontons le temps, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre donc. Au milieu du lac, magnifique salle de bal, une carpe m’entraîne dans une valse (il faudra qu’elle vienne, si si) effrénée par quelques clics, lorsque j’entend au loin : « Papa… Papaaaaa ! T’as une touche sur la jaune ». J’imagine le balancier jaune coller sous le blank de la canne de bordure. La carpe, qui ne va pas m’attendre, doit déjà être calée dans les potamots me dis-je… J’abrège la danse, et empoche une jolie miroir de 10+. Je rame vers la berge aussi vite que je peux, la valseuse enfermée dans le matelas de réception entre mes jambes. Je hèle Damien pour qu’il me sorte un sac de conservation. La carpe glisse du matelas vers le sac que, de l’eau jusqu’en haut de ses cuissardes, Damien tiendra. Je pars chercher la carpe des potamots. Elle s’est enfuie bien plus loin que je ne le pensais en fait. J’arrache des poignées d’herbes dense pour dégager la tresse. Elle a bien fait une vingtaine de mètres déjà. Je dégage le clip plomb qui bloqué par les herbes est remonté sur le corps de ligne.

- Papaaaaaa t’as une autre touche… 

- Hein ?

- … sur la bleue.

- Arggggh…

C’est la deuxième canne du plateau. Pensant être proche de la captive, je tire un peu plus que de raison sur la tresse qui finit par céder. Fait ch… ! Avec le recul je me suis fait avoir, comme un bleu, j’aurais du revenir sur la berge en ouvrant le pick-up et m’occuper de « la jaune » un peu plus tard, une fois la bleue prise. Avec des si on mettrait Paris en bouteille et toutes ses prises au sac. Je bataille, avec la bleue donc, une deuxième miroir qui s’avérera un peu plus grosse que la précédente. Je la reconnaîtrai facilement grâce à quatre écailles qui forment un trèfle au niveau de la base de sa caudale. Me voilà avec un doublet et trois cannes au régime sec. Je règle l’appareil photo numérique sur le mode automatique, explique rapidement à Damien comment zoomer avec la bague de l’optique, appuyer à mi course pour la mise au point… Clic clac, dans la boite. Je vérifie le cadrage - pratique le numérique - et lui demande de serrer un peu plus. Il se débrouille plutôt bien, du haut de ses 10 ans, pour une première séance photo.

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Les carpes rejoignent leur élément. Pendant que je m’affère à servir des balles neuves et confectionner des « sticks » avec le filet soluble, Damien compte les poissons : deux petites carpes, une tanche, deux 10 +, une casse. Quatre carpes et il est tout juste 10h30 heures du mat’. Je n’ai jamais vu cela en 10 ans sur ce lac, habituellement avare en touche, qui plus est de jour (pied de nez). Et je ne suis pas au bout de mes surprises puisque le festival continue de plus belle, avec sept autres carpes jusqu’à 15 heures, dont une jolie commune style wildie, et deux autres miroirs de 10 environ.

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Vers 15h je combats en bateau pour la Nième fois quand sur la berge résonne comme un air de déjà entendu : « Papaaaa t’as une autre touche »… Je décroche la première en pleine eau, souque ferme vers la berge pour combattre la deuxième que je relâche aussitôt prise. Ayant déjà deux cannes sur Off, je jette l’éponge et décide de plier, non sans avoir éparpiller les deux kilos de bouillettes restant.

A l’heure du bilan, j’ai les bras comme Popeye et les pecs d’Arnold à force de ramer. Qui a dit que la pêche n’était pas un sport ? Damien est ravi de sa première « vraie » sortie carpe (il en avait fait d’autres dans la poussette) et à pu toucher ou voir en 7h30 de pêche de jour onze carpes, une tanche et un gardon XXL J’ai peut-être gagné une petite place entre Billy Crawford et M Pokora (elle me contrôle). Nous avons passé une super journée, sans avoir le temps de faire une partie de UNO… UNO what ? I’m happy !

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Post scriptum

C’était la première fois que réellement je prenais la peine de pré-amorcer un poste à la bouillette pure, plus habitué à la single. Pour développer un peu l’approche, que depuis j’ai renouvelé avec à la clef des séries similaires de plus de 10 carpes en journée, j’avais dispersé en trois fois (tous les deux jours) 10kg de Trigga et un peu moins de pellets. Premier constat : si on s’arrête à l’aspect nutritionnel, c’est somme toute peu, trop peu même par rapport à ce que peuvent manger les carpes à cette saison. En considérant que la ration alimentaire journalière représente d’après les spécialistes environ 10% de leur masse corporelle, les cinq plus grosses carpes touchées peuvent consommer à elles seules 5kg de bouillettes par jour. Fallait-il avoir la main plus lourde ? Je ne sais pas… Continuant sur ma lancée à l’issue de cette première sortie, j’ai laissé reposer le poste trois jours tout en continuant à l’amorcer (10 nouveaux kilos de bouillettes au total) de façon éparse sur l’équivalent d’un terrain de hand-ball. Mon but, vous l’aurez compris, n’était pas de nourrir ni de passer au dessus de la nourriture naturelle, mais bien d’accoutumer quelque peu les poissons à trouver facilement de la bonne pitance et fatalement de s’y intéresser. Même si les carpes bougent et mangent beaucoup à la belle saison, ce serait une erreur, une hérésie même (à moins de pêcher dans un carpodrome) de benner n’importe où et de croire que les carpes vont venir vous bouffer les scions ! La clef de la réussite c’est bien sûr et avant tout de localiser les poissons, d’être au bon endroit. Ainsi, il est sûrement possible sur une semaine de construire, préparer un poste, pour espérer faire plus de rendement qu’à la single.

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Je dirai pari gagné puisque lors de la seconde sortie, toujours accompagné de Damien désormais « carp addicted », nous épuisons douze carpes dont Trèfle et une de ses sœurs déjà prise la fois précédente. Sur un autre poste, avec la même méthode, ce sont treize carpes qui rejoindront le font de l’épuisette en douze heures, dont une prise lors de la première sortie.

Eric Deboutrois, juillet 2005

2月28日

Chapitre XII : Moby Dick

Les journées sans touche sont d’autant plus longues qu’elles se succèdent. Je ne m’en plaindrai pourtant pas puisque j’en ai fait le choix depuis deux ans, cherchant non pas à prendre « du » poisson mais « un » poisson. Je profite de cette quiétude, qui à vrai dire fait aussi partie de ma quête, pour lire.

Je vivais les (mes)aventures du Capitaine Achab lors d’une de mes (ses) expéditions de pêche. Sa recherche obsessionnelle de Moby Dick me rappelait à maints égards la mienne : cibler ses campagnes de pêche à la recherche d’un poisson. Se lancer dans le « pionniering » ou dans la quête d’un poisson précis se fait pour d'autres raisons que la reconnaissance de ses pairs. Dans un cas comme dans l’autre c’est un choix personnel, une quête intérieure presque une retraite, qui pousse hors des sentiers battus, du circuit carpiste. Est-ce l’age de raison, le désir de trouver une nouvelle jeunesse ou de vivre une nouvelle aventure qui m’éloigne sur ces chemins de traverse, loin des autres ? Lorsqu’on pêche où ça tombe et que ça déroule sans autre forme de procès, nous sommes condamnés à une pêche facile qui n’a, pour moi en tout cas, aucun intérêt.

La quête d'un poisson bien précis, ciblé et annoncé, est un tout autre challenge. Entre celui qui prend par hasard un poisson et celui qui cherche spécifiquement le même poisson, il y a un distinguo qui ne se voit pas sur la photo. On pourrait schématiser en disant que dans le premier cas c’est le poisson qui a décidé, alors que dans le second c’est le pêcheur qui, moins par sa maîtrise que par son opiniâtreté et un peu de luc, a atteint son but. La réalité n’est pas aussi binaire, j’en conviens. Le curseur varie forcément entre ces extrêmes. Autant je trouve qu’il y a peu d'intérêt à cumuler les kilos ou à enchaîner les poissons à tour de bras dans des eaux surpeuplées disais-je, autant j’apprécie la quête, le rêve et le fantasme d'un seul poisson improbable dans des eaux connues ou inconnues. L'histoire du Capitaine Achab, seul au monde, seul dans son monde, à la recherche du cachalot blanc en somme... Ma satisfaction est d'être dans la quête, l'action de pêche avec tous ses plaisirs connexes, la photo, la solitude, la lecture, pas tant d'avoir pris le poisson ou d'avoir fini le livre, même si c'est la cerise sur le gâteau lorsque l'histoire se finit bien. Ce n’est pas toujours le cas, j’oserai écrire heureusement. Comment savourer avec félicité les choses rares si elles étaient légions ? D’ailleurs ne parle-t-on pas du poisson d’une vie ?

J’ai moi aussi traqué, pendant un peu plus de deux ans, Moby Dick. Pas celle de St Cassien, paix à son âme, ni celle d’Herman Melville, une autre, la mienne. Pourquoi celle là ? En fait pour rester dans le domaine du réalisable et mettre quelques chances de mon côté, il me fallait une eau pas trop grande ni trop loin de chez moi, afin d’y tremper les lignes le plus souvent possible. Une nuit devient alors suffisante pour tenter sa chance. Et peu importe qu’il neige ou gèle à pierre fendre, qu’il pleuve averse, puisqu’on sait ne devoir taper dans ses limites que pour une nuit ou deux. Quant au poisson, quitte a en choisir un, autant cibler un gros, le plus gros connu, non ? Comme dit le slogan : 100% de ceux qui ont gagné ont tenté leur chance… mais à quel prix ? Pour combien de capots ? Chercher UN poisson, qui de plus est non sédentaire, dans plus de 100 hectares relève de la gageure. Abstinent, j’ai cumulé sur cette eau jusqu’à une trentaine de nuits de suite sans la moindre touche. J’y ai pris au maximum une quinzaine de poissons en deux ans pour un nombre incalculable d’heures passées. « Incalculé » serait plus juste d’ailleurs, lorsqu’on aime on ne compte pas. Quelques uns de mes potes, même si ils ne me l’ont jamais dit, ont du me croire maso. Beaucoup n’y croyaient plus, n’y ont peut-être jamais cru, n’ont peut-être même jamais compris. Quel intérêt finalement de réduire la pêche à tout, sauf à sortir du poisson ? Lorsque les échecs s’enchaînent, seule une passion par définition déraisonnée peut surmonter les bonnes excuses qu’on se trouverait pour baisser les bras. Obstiné, j’ai tissé et retissé ma toile, pour qu’un jour une nouvelle sirène fasse écho à l’appel de mes tresses. Hé ho ! As-tu vu la baleine blanche ?

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Saison III… J’ai les cannes qui me démangent, comme ces membres plâtrés qu’on ne peut pas gratter. Et pour cause ! Je n’ai pas pu pêcher depuis 4 mois. J’ai repris les études, à 40 balais, en plus du boulot, pour tenter de décrocher un Master. Les cours étant finis, et n’ayant pas de garde ce week-end, pas de conseil d’administration de la Fédération de pêche ni d’obligation à l’AAPPMA ou à l’UNCM, nada, nib, je peux enfin vivre pour moi, faire un break, partir, m’évader, reprendre la mer… J’en ai parfois marre de l’altruisme. Au boulot je suis payé pour. Mais dans l’associatif ? Se battre pour d’autres qui au mieux s’en tapent ou n’ont d’autre sentiment que l’ingratitude, et au pire détruisent en moins de deux ce que vous avez eu mille peines à construire en plusieurs années. Carpe Diem, lorsque je suis au creux de la vague, la pêche c’est ma thérapie, la solitude mon égoïsme. Je pousserai même le vice jusqu’à m’autoriser à poser une journée de RTT, reliquat de 2004, le lundi. Trois jours, trois nuits, à cent contre un, seul avec moi.

Vendredi soir, je suis les pieds dans l’eau. Où vais-je me poser ? Je n’ai que l’embarras du choix puisque comme prévu, il n’y a pas âme qui vive ou si peu. Mon approche sera guidée par plusieurs paramètres. Le niveau est encore bas pour la saison et les échos que j’ai pu avoir n’indiquent pas de rassemblement de poissons, comme c’est pourtant souvent la règle à cette saison, vers les frayères potentielles. Le poste que je retiens me permettra, dans le meilleur des cas, d’intercepter un poisson en transit, en disséminant au maximum les montages, là sur un tombant, ailleurs sur un éperon, un plateau, une belle cassure rocheuse, une pente douce… Deuxième raison au choix de ce poste : lorsque le soleil se lève il chauffe une zone peu profonde plantée de potamots et ce une bonne heure de plus que sur tous les autres postes. Sauf qu’au lieu d’un beau soleil il pleut averse lorsque je dépose mes montages pour la première nuit… qu’importe.

Samedi matin, la nuit a été calme. Comme tous les matins le soleil se lève à l’Est, ce pourrait être banal. Il fait beau, je suis content d’être là. Les premiers rayons chauffent la berge à l’Ouest. Une petite commune jaillit de la surface confirmant mes convictions, du moins est-ce que je veux croire. Je prends un café, laisse passer la matinée dans l’espoir d’un départ, avant de finalement retendre. Je garde deux montages à l’identique, un sur la cassure rocheuse et un plus au large dans la pente, je place le premier de droite sur l’emplacement du saut, et laisse le dernier en bas de la marche pour le reste de la journée. Je retirerai ce dernier montage afin de changer la bouille que je placerai pour la nuit en haut cette fois ci. Une flottante, une poignée d’amuse gueule en assiette, les dès sont jetés, la table est mise. En fin de soirée je prépare l’appareil photo dans l’espoir d’un beau coucher de soleil. Je prends trois clichés pour régler le tir, vieux réflexe non pas de photographe puisque celui-ci est neuf, mais d’artilleur. Un détecteur écourte la séance. Le temps de ramener une petite commune, de lui demander si elle a vu la baleine blanche, et le soleil a déjà disparu sous l’horizon. Je retends confiant pour le reste de la nuit…

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Dimanche matin… rien. Je m’amuse à shooter dans le lointain un jeune oiseau cendré, plus blanc que gris sel, avec le 300mm. Comble pour un héron, il fait le pied de grue. Pas évident les réglages, même pour un artilleur. Il faudrait un 500mm, que dis-je la grosse Bertha… Je repositionne les montages de gauche différemment. Ils ont pêché deux jours en vain sur le même spot, ils iront voir ailleurs si les carpes y passent. Dans l’après midi j’ai une touche à revenir et relâche un poisson bronze et jaune. Je retends à l’identique.

Lundi matin 6h30… rien. « Comme d’hab’ » vais-je écrire. Je me dis que la pêche de la carpe c’est vraiment binaire, qu’il ne faut pas grand chose pour qu’une session bascule. Samedi soir une touche, le poisson pouvait faire 26, il en faisait 20 de moins, au moins. Je me tâte pour redescendre, voir si finalement les carpes ne seraient pas plus bas. La localisation est vraiment dure sans le moindre signe extérieur. Le soleil perce et éclaire l’autre berge. Le héron, impassible, est encore en face… 7h30. La différence d’ensoleillement est vraiment impressionnante. Je demeure persuadé qu’il doit y avoir du poisson prêt à visiter ce plateau… 8h30 « bleubleubleuble » fait le TXI bleu. La prise de contact me ramène en l’espace d’une fraction de seconde 5 et 7 ans en arrière, à l’époque de mes deux plus gros poissons. Retour vers le futur, une telle sensation, quand on a eu la chance de la vivre, c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas ! Je sais d’emblée à qui j’ai à faire, pas encore quelle sera l’issue du face à face, même si j’essaie de l’anticiper. Chose rare, je ne peux pas contrer et suis obligé de desserrer le frein… La carpe longe le plateau direction l’aval. Je la suis mentalement dans sa fuite de l’autre côté du miroir. Compte tenu de l’angle et de la topographie des fonds, que je connais mieux que ceux de mes poches, si elle cherche à aller vers le profond ma tresse va inéluctablement ramasser une souche au passage. Presque inconsciemment j’ai déjà poussé la baleinière à l’eau et me rapproche de la mâtine. L’angle s’ouvre. Elle tourne maintenant en rond, en pleine eau, cherchant à sonder chaque fois que de mon côté je lui mets la pression. La canne, qui n’est pourtant pas vraiment parabolique, fait un dos rond assez caractéristique… Ca ne fait pas six ce coup ci c’est sûr. Le bout de mes doigts main gauche sous le haut du blank, je pompe en puissance et en douceur. Je gagne un décimètre, un autre… le frein est réglé au plus juste… à chaque fois que le bout du lead core émerge comme une grande lance fichée sur le dos de l’animal, j’ai droit à un rush vers les abysses et à un méga remous… je dois en avoir quatre ou cinq comme ça, je ne sais plus, entrecoupés d’une tentative de départ avortée vers l’horizon. Je pense fatalement à la décroche toujours possible à force de tirer sans compromission, l’un dans un sens, l’autre dans l’autre. Les images fusent, je pense à l’énorme commune que Bertrand décroche à l’épuisette. Les secondes sont longues. Je vois enfin pour la première fois une lueur blanche, massive… je suis comme Achab sur ma coquille de noix avec ce poisson enfin à ma portée… elle re sonde… La canne accuse, j’ai le dos cassé. La carpe fatigue aussi. Elle abdique enfin, monte doucement puis glisse de tout son long, le flanc étincelant au soleil comme du marbre, dans le V de mon épuisette et de ma victoire. YeeeeeeeEEEEEEEEEES ! Je suis aux anges, c’est jour de fête. Yes ! yes ! yes ! Je décroche les deux bras de l’épuisette, je les roule, et tente d’embarquer la belle… première tentative vaine, plus je lève, plus le Tabur s’enfonce à la limite du raisonnable. C’est irréel. La seconde sera la bonne, limite, mais bonne. Retour à la rame illico presto sur la berge. Je débarque le matelas de réception et son hôte, décroche le harpon barbelé ancré profondément dans sa lèvre inférieure. Le filet de pesée mouillé recouvre le poisson qui ne me révèle son épaisseur que lorsque je lui fais faire un 180°. Le peson monte sans grande surprise à 20 sans que le poisson n’ai quitté le tapis, 21, 22, 23, 24, 25… une des deux ficelles du filet cède au nœud alors que la belle commence à décoller. Je m’en fout du poids, j’ai ce que je voulais. Au sac le temps d’appeler un pote ! Je double, triple les nœuds, enfonce un piquet jusqu’au cœur de la roche. Mon premier coup de fil sera pour Manu. Sur son répondeur un mélange d’onomatopées et les cris de vieil ours solitaire ponctuent « elle est au sac Manu, elle est au sac !!!! »…

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La suite de cette histoire, que j’aimerai sans fin, reste à écrire. Je dois être frappé grave, autant qu’Achab : à peine les photos prises, la carpe remise à l’eau, le bateau sur le toit, j’en venais à me demander si c’était bien elle que j’étais venu chercher… Prochain challenge ?

PS : Je dédis ces pages tournées à tout ceux qui ont la bull terrier attitude, ils se reconnaîtront, à mon pote Manu, à Bertrand, à David… Quelques soient nos efforts, il y aura toujours cet instant magique de la quête qu’on ne maîtrisera pas, la partie de rêve, de chance, d’aléatoire. Pour reprendre Didier Cottin (Carp’Passion, Moby Dick p126) et à mon tour paraphraser Philippe Lagabbe, je leur souhaite « que celles qui nagent, viennent souvent à la rencontre de ceux qui marchent… ». 

 Eric Deboutrois (Top Carpe n°34 Aout-Sept 2005)