Eric 的个人资料un petit poisson dans la...照片日志列表更多 工具 帮助

日志


2月28日

Chapitre XII : Moby Dick

Les journées sans touche sont d’autant plus longues qu’elles se succèdent. Je ne m’en plaindrai pourtant pas puisque j’en ai fait le choix depuis deux ans, cherchant non pas à prendre « du » poisson mais « un » poisson. Je profite de cette quiétude, qui à vrai dire fait aussi partie de ma quête, pour lire.

Je vivais les (mes)aventures du Capitaine Achab lors d’une de mes (ses) expéditions de pêche. Sa recherche obsessionnelle de Moby Dick me rappelait à maints égards la mienne : cibler ses campagnes de pêche à la recherche d’un poisson. Se lancer dans le « pionniering » ou dans la quête d’un poisson précis se fait pour d'autres raisons que la reconnaissance de ses pairs. Dans un cas comme dans l’autre c’est un choix personnel, une quête intérieure presque une retraite, qui pousse hors des sentiers battus, du circuit carpiste. Est-ce l’age de raison, le désir de trouver une nouvelle jeunesse ou de vivre une nouvelle aventure qui m’éloigne sur ces chemins de traverse, loin des autres ? Lorsqu’on pêche où ça tombe et que ça déroule sans autre forme de procès, nous sommes condamnés à une pêche facile qui n’a, pour moi en tout cas, aucun intérêt.

La quête d'un poisson bien précis, ciblé et annoncé, est un tout autre challenge. Entre celui qui prend par hasard un poisson et celui qui cherche spécifiquement le même poisson, il y a un distinguo qui ne se voit pas sur la photo. On pourrait schématiser en disant que dans le premier cas c’est le poisson qui a décidé, alors que dans le second c’est le pêcheur qui, moins par sa maîtrise que par son opiniâtreté et un peu de luc, a atteint son but. La réalité n’est pas aussi binaire, j’en conviens. Le curseur varie forcément entre ces extrêmes. Autant je trouve qu’il y a peu d'intérêt à cumuler les kilos ou à enchaîner les poissons à tour de bras dans des eaux surpeuplées disais-je, autant j’apprécie la quête, le rêve et le fantasme d'un seul poisson improbable dans des eaux connues ou inconnues. L'histoire du Capitaine Achab, seul au monde, seul dans son monde, à la recherche du cachalot blanc en somme... Ma satisfaction est d'être dans la quête, l'action de pêche avec tous ses plaisirs connexes, la photo, la solitude, la lecture, pas tant d'avoir pris le poisson ou d'avoir fini le livre, même si c'est la cerise sur le gâteau lorsque l'histoire se finit bien. Ce n’est pas toujours le cas, j’oserai écrire heureusement. Comment savourer avec félicité les choses rares si elles étaient légions ? D’ailleurs ne parle-t-on pas du poisson d’une vie ?

J’ai moi aussi traqué, pendant un peu plus de deux ans, Moby Dick. Pas celle de St Cassien, paix à son âme, ni celle d’Herman Melville, une autre, la mienne. Pourquoi celle là ? En fait pour rester dans le domaine du réalisable et mettre quelques chances de mon côté, il me fallait une eau pas trop grande ni trop loin de chez moi, afin d’y tremper les lignes le plus souvent possible. Une nuit devient alors suffisante pour tenter sa chance. Et peu importe qu’il neige ou gèle à pierre fendre, qu’il pleuve averse, puisqu’on sait ne devoir taper dans ses limites que pour une nuit ou deux. Quant au poisson, quitte a en choisir un, autant cibler un gros, le plus gros connu, non ? Comme dit le slogan : 100% de ceux qui ont gagné ont tenté leur chance… mais à quel prix ? Pour combien de capots ? Chercher UN poisson, qui de plus est non sédentaire, dans plus de 100 hectares relève de la gageure. Abstinent, j’ai cumulé sur cette eau jusqu’à une trentaine de nuits de suite sans la moindre touche. J’y ai pris au maximum une quinzaine de poissons en deux ans pour un nombre incalculable d’heures passées. « Incalculé » serait plus juste d’ailleurs, lorsqu’on aime on ne compte pas. Quelques uns de mes potes, même si ils ne me l’ont jamais dit, ont du me croire maso. Beaucoup n’y croyaient plus, n’y ont peut-être jamais cru, n’ont peut-être même jamais compris. Quel intérêt finalement de réduire la pêche à tout, sauf à sortir du poisson ? Lorsque les échecs s’enchaînent, seule une passion par définition déraisonnée peut surmonter les bonnes excuses qu’on se trouverait pour baisser les bras. Obstiné, j’ai tissé et retissé ma toile, pour qu’un jour une nouvelle sirène fasse écho à l’appel de mes tresses. Hé ho ! As-tu vu la baleine blanche ?

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Saison III… J’ai les cannes qui me démangent, comme ces membres plâtrés qu’on ne peut pas gratter. Et pour cause ! Je n’ai pas pu pêcher depuis 4 mois. J’ai repris les études, à 40 balais, en plus du boulot, pour tenter de décrocher un Master. Les cours étant finis, et n’ayant pas de garde ce week-end, pas de conseil d’administration de la Fédération de pêche ni d’obligation à l’AAPPMA ou à l’UNCM, nada, nib, je peux enfin vivre pour moi, faire un break, partir, m’évader, reprendre la mer… J’en ai parfois marre de l’altruisme. Au boulot je suis payé pour. Mais dans l’associatif ? Se battre pour d’autres qui au mieux s’en tapent ou n’ont d’autre sentiment que l’ingratitude, et au pire détruisent en moins de deux ce que vous avez eu mille peines à construire en plusieurs années. Carpe Diem, lorsque je suis au creux de la vague, la pêche c’est ma thérapie, la solitude mon égoïsme. Je pousserai même le vice jusqu’à m’autoriser à poser une journée de RTT, reliquat de 2004, le lundi. Trois jours, trois nuits, à cent contre un, seul avec moi.

Vendredi soir, je suis les pieds dans l’eau. Où vais-je me poser ? Je n’ai que l’embarras du choix puisque comme prévu, il n’y a pas âme qui vive ou si peu. Mon approche sera guidée par plusieurs paramètres. Le niveau est encore bas pour la saison et les échos que j’ai pu avoir n’indiquent pas de rassemblement de poissons, comme c’est pourtant souvent la règle à cette saison, vers les frayères potentielles. Le poste que je retiens me permettra, dans le meilleur des cas, d’intercepter un poisson en transit, en disséminant au maximum les montages, là sur un tombant, ailleurs sur un éperon, un plateau, une belle cassure rocheuse, une pente douce… Deuxième raison au choix de ce poste : lorsque le soleil se lève il chauffe une zone peu profonde plantée de potamots et ce une bonne heure de plus que sur tous les autres postes. Sauf qu’au lieu d’un beau soleil il pleut averse lorsque je dépose mes montages pour la première nuit… qu’importe.

Samedi matin, la nuit a été calme. Comme tous les matins le soleil se lève à l’Est, ce pourrait être banal. Il fait beau, je suis content d’être là. Les premiers rayons chauffent la berge à l’Ouest. Une petite commune jaillit de la surface confirmant mes convictions, du moins est-ce que je veux croire. Je prends un café, laisse passer la matinée dans l’espoir d’un départ, avant de finalement retendre. Je garde deux montages à l’identique, un sur la cassure rocheuse et un plus au large dans la pente, je place le premier de droite sur l’emplacement du saut, et laisse le dernier en bas de la marche pour le reste de la journée. Je retirerai ce dernier montage afin de changer la bouille que je placerai pour la nuit en haut cette fois ci. Une flottante, une poignée d’amuse gueule en assiette, les dès sont jetés, la table est mise. En fin de soirée je prépare l’appareil photo dans l’espoir d’un beau coucher de soleil. Je prends trois clichés pour régler le tir, vieux réflexe non pas de photographe puisque celui-ci est neuf, mais d’artilleur. Un détecteur écourte la séance. Le temps de ramener une petite commune, de lui demander si elle a vu la baleine blanche, et le soleil a déjà disparu sous l’horizon. Je retends confiant pour le reste de la nuit…

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Dimanche matin… rien. Je m’amuse à shooter dans le lointain un jeune oiseau cendré, plus blanc que gris sel, avec le 300mm. Comble pour un héron, il fait le pied de grue. Pas évident les réglages, même pour un artilleur. Il faudrait un 500mm, que dis-je la grosse Bertha… Je repositionne les montages de gauche différemment. Ils ont pêché deux jours en vain sur le même spot, ils iront voir ailleurs si les carpes y passent. Dans l’après midi j’ai une touche à revenir et relâche un poisson bronze et jaune. Je retends à l’identique.

Lundi matin 6h30… rien. « Comme d’hab’ » vais-je écrire. Je me dis que la pêche de la carpe c’est vraiment binaire, qu’il ne faut pas grand chose pour qu’une session bascule. Samedi soir une touche, le poisson pouvait faire 26, il en faisait 20 de moins, au moins. Je me tâte pour redescendre, voir si finalement les carpes ne seraient pas plus bas. La localisation est vraiment dure sans le moindre signe extérieur. Le soleil perce et éclaire l’autre berge. Le héron, impassible, est encore en face… 7h30. La différence d’ensoleillement est vraiment impressionnante. Je demeure persuadé qu’il doit y avoir du poisson prêt à visiter ce plateau… 8h30 « bleubleubleuble » fait le TXI bleu. La prise de contact me ramène en l’espace d’une fraction de seconde 5 et 7 ans en arrière, à l’époque de mes deux plus gros poissons. Retour vers le futur, une telle sensation, quand on a eu la chance de la vivre, c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas ! Je sais d’emblée à qui j’ai à faire, pas encore quelle sera l’issue du face à face, même si j’essaie de l’anticiper. Chose rare, je ne peux pas contrer et suis obligé de desserrer le frein… La carpe longe le plateau direction l’aval. Je la suis mentalement dans sa fuite de l’autre côté du miroir. Compte tenu de l’angle et de la topographie des fonds, que je connais mieux que ceux de mes poches, si elle cherche à aller vers le profond ma tresse va inéluctablement ramasser une souche au passage. Presque inconsciemment j’ai déjà poussé la baleinière à l’eau et me rapproche de la mâtine. L’angle s’ouvre. Elle tourne maintenant en rond, en pleine eau, cherchant à sonder chaque fois que de mon côté je lui mets la pression. La canne, qui n’est pourtant pas vraiment parabolique, fait un dos rond assez caractéristique… Ca ne fait pas six ce coup ci c’est sûr. Le bout de mes doigts main gauche sous le haut du blank, je pompe en puissance et en douceur. Je gagne un décimètre, un autre… le frein est réglé au plus juste… à chaque fois que le bout du lead core émerge comme une grande lance fichée sur le dos de l’animal, j’ai droit à un rush vers les abysses et à un méga remous… je dois en avoir quatre ou cinq comme ça, je ne sais plus, entrecoupés d’une tentative de départ avortée vers l’horizon. Je pense fatalement à la décroche toujours possible à force de tirer sans compromission, l’un dans un sens, l’autre dans l’autre. Les images fusent, je pense à l’énorme commune que Bertrand décroche à l’épuisette. Les secondes sont longues. Je vois enfin pour la première fois une lueur blanche, massive… je suis comme Achab sur ma coquille de noix avec ce poisson enfin à ma portée… elle re sonde… La canne accuse, j’ai le dos cassé. La carpe fatigue aussi. Elle abdique enfin, monte doucement puis glisse de tout son long, le flanc étincelant au soleil comme du marbre, dans le V de mon épuisette et de ma victoire. YeeeeeeeEEEEEEEEEES ! Je suis aux anges, c’est jour de fête. Yes ! yes ! yes ! Je décroche les deux bras de l’épuisette, je les roule, et tente d’embarquer la belle… première tentative vaine, plus je lève, plus le Tabur s’enfonce à la limite du raisonnable. C’est irréel. La seconde sera la bonne, limite, mais bonne. Retour à la rame illico presto sur la berge. Je débarque le matelas de réception et son hôte, décroche le harpon barbelé ancré profondément dans sa lèvre inférieure. Le filet de pesée mouillé recouvre le poisson qui ne me révèle son épaisseur que lorsque je lui fais faire un 180°. Le peson monte sans grande surprise à 20 sans que le poisson n’ai quitté le tapis, 21, 22, 23, 24, 25… une des deux ficelles du filet cède au nœud alors que la belle commence à décoller. Je m’en fout du poids, j’ai ce que je voulais. Au sac le temps d’appeler un pote ! Je double, triple les nœuds, enfonce un piquet jusqu’au cœur de la roche. Mon premier coup de fil sera pour Manu. Sur son répondeur un mélange d’onomatopées et les cris de vieil ours solitaire ponctuent « elle est au sac Manu, elle est au sac !!!! »…

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La suite de cette histoire, que j’aimerai sans fin, reste à écrire. Je dois être frappé grave, autant qu’Achab : à peine les photos prises, la carpe remise à l’eau, le bateau sur le toit, j’en venais à me demander si c’était bien elle que j’étais venu chercher… Prochain challenge ?

PS : Je dédis ces pages tournées à tout ceux qui ont la bull terrier attitude, ils se reconnaîtront, à mon pote Manu, à Bertrand, à David… Quelques soient nos efforts, il y aura toujours cet instant magique de la quête qu’on ne maîtrisera pas, la partie de rêve, de chance, d’aléatoire. Pour reprendre Didier Cottin (Carp’Passion, Moby Dick p126) et à mon tour paraphraser Philippe Lagabbe, je leur souhaite « que celles qui nagent, viennent souvent à la rencontre de ceux qui marchent… ». 

 Eric Deboutrois (Top Carpe n°34 Aout-Sept 2005)

2月27日

Chapitre XI : Six fois sept ?

Loin de moi l’intention de vous faire réviser vos tables. Ce titre n’est qu’une boutade que Djamel lança à la belle qui me permettra de débuter (et de conclure) cette petite histoire, un peu plus longue qu’une histoire Carambar, un peu moins longue que les jambes de la belle.

Les nuits s’allongent, les jours n’en finissent plus de raccourcir. En ce premier vendredi d’octobre j’aimerais pouvoir finir la journée de boulot plus tôt que d’habitude. Le temps de tout charger, d’aller chercher du gasoil, de faire la route en direction du lac, je sens que je vais encore tendre dans la nuit. Gagné ! Il est déjà vingt heures lorsque j’arrive à la mise à l’eau et en moins de 5mn chrono le Tabur fend les flots.

Entre chien et loup il n’est pas évident de savoir si il y a du monde sur le lac. David est là, c’est sûr puisque j’ai laissé ma voiture à côté de la sienne. Il doit y avoir au moins une autre équipe car j’aperçois des frontales dans un virage, ce que confirment 4 repères marquant leur territoire. Le ciel est couvert et l’obscurité m’empêche de voir si David est bien à pied d’œuvre. Demain il fera jour. Je sonde à la canne et positionne 4 montages à l’aveugle dans la pente. Sous le parapluie commence la première nuit d’octobre.

Dans les volutes du petit matin, David vient me rejoindre en bateau pour partager un moment et un café. Il a fait un petit poisson, deux cents ou trois cents mètres en aval, vers une heure du matin. Pas mieux, mes détecteurs sont restés muets. Fin de matinée j’entreprends un sondage systématique et méticuleux de la zone, à l’écho et à la canne. Je cherche désespérément une zone différente, du dur comme il en existe parfois en bordure de lit. Nada. Le fond de la pente que j’ai pêchée cette nuit, qui part de la berge pour atteindre 3,6m à une vingtaine de mètres du bord, est dur. Ensuite sur une cinquantaine de mètres c’est un plateau vaseux/sableux sans aucun obstacle, lisse. Le plomb s’y enfonce légèrement et « colle » plus ou moins suivant les endroits. Aux abords du lit la profondeur atteint les 4m. Dans le lit, bien marqué, il y a un mètre de plus. De l’autre côté il y a le même plateau vaseux/sableux à 4m, puis une zone dure de caillasse que je pêcherai une prochaine fois, de la berge opposée. Je dois encore attendre un peu que le lac soit plus bas. Point de zone dure en bordure de lit, ni d’obstacle donc. A tâtons je place un montage sur une zone du cassant qui semble faire un peu moins ventouse. Deux oranges d’un mélange de farine et de pellets broyés posées pil poil sur le montage et une quinzaine de bouillettes éparpillées sur autant de mètres carrés plus tard je rejoins mon campement.

Treize heures, j’attaque une salade composée puis la sieste. Je retendrai les autres cannes au soir lorsqu’il n’y aura plus de pêcheur de carna en bateau. Je plonge dans des rêves sûrement voluptueux. Comme je ne m’en souviens jamais, je devais être en train de faire réviser ses cours de secourisme à Adriana, chapitre bouche à bouche associé à un massage cardiaque externe. Soudain nous fûmes interrompus par un fondu enchaîné de bip, passant du son de l’électrocardiogramme à celui du détecteur de la canne reposée une heure auparavant. Encore dans les bras d’Adriana je saisis la canne. Le poisson remonte tranquillement le plateau, lourdement, sans à-coup. J’hésite pendant quelques secondes à le suivre en bateau, mais en l’absence d’obstacle je serai plus à même de le brider du bord. Frein modérément serré, il décrit un arc de cercle qui l’amène inéluctablement en bordure. Le combat se déroule maintenant dans la pente douce et plusieurs fois j’aperçois le reflet d’un beau poisson roulant sous la surface avant qu’autant de fois il me reprenne quelques mètres de tresse. Cela fait un petit moment maintenant que le combat dure puisque j’entends derrière moi arriver David à travers fourrés. La carpe glisse en surface vers l’épuisette. Sa bouche pipe l’air et au bord de ses lèvres charnues pendent deux petites bouillettes. Je relève le filet. David mouille le matelas de réception et m’aide à y poser la belle. Le peson confirme nos premières impressions : 17kg. David semble reconnaître cette rangée de 6 grosses écailles partant de la queue côté gauche.

- Tu la connais ?

- Je l’ai prise en février 2002 à 15kg et Fabien en mai 2004 à 15,100... c'est Adriana

- Tiens donc…

- Pourquoi tiens ?

- Pour rien…

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Eric Deboutrois, Niort le 3 octobre 2004

2月26日

Chapitre X : Bon sens ou sens unique ?

Lors des réunions successives de la commission carpe, pilotées par ma fédération pour trouver des remèdes aux maux carpistes, tout le monde, présidents d’AAPPMA et clubs carpistes, s’est accordé à faire prévaloir « le bon sens ». C’est somme toute rassurant. L’exemple portait sur la pêche rive d’en face. Ah la fameuse berge opposée ! Loin du fatalisme et du cliché selon lequel l’herbe y est toujours plus verte, il faut reconnaître que pêcher la berge opposée est parfois une fatalité, qu’il est difficile de faire autrement. Aussi, plutôt que de l’interdire, ma fédé pourrait s’orienter (à juste titre à mon sens) vers : « en cas d’utilisation par les carpistes de la berge d’en face, la priorité doit être donnée au pêcheur qui viendrait s’installer sur cette rive opposée. En conséquence, le carpiste devrait retirer ses montages. S’il n’y a personne les montages pourraient rester tendus ». Mettons nous en situation.

Le week-end dernier, et celui d’avant, je pêchais un lac d’une centaine d’hectares d’un département limitrophe. Cette réserve d’eau a été remplie assez tôt, retour d’expérience (ou de manivelle) de la sécheresse de 2003, au ras la gueule. Plus c’eut été trop. Tant et si bien que les conditions de pêche sont très particulières. D’une part les carpes peuvent s’étaler sur plus de surface. Il serait d’ailleurs dur de les trouver si elles n’affectionnaient pas tout particulièrement les herbiers de bordure (potamots) ainsi que les saules baignant dans 1,50 m d’eau, garantissant le gîte et le couvert. Couvert végétal de branches et d’écrevisses dans les racines. L’autre fatalité c’est que les postes où s’installer (le pêcheur de carpes pratique au poser depuis la berge), sont tous sous 1m d’eau dans les joncs, ou réduits à peau de chagrin. Depuis ces joncs à moins de saccager la flore, de perturber les nichées (en mai) et de passer le week-end en wadders néoprène par 35°, c’est difficilement jouable.

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Heureusement il y a sur une berge quelques rochers et falaises qui permettent de s’installer au sec. A nos pieds la profondeur atteint vite 5 à 7 m d’eau, autant dire peu de probabilité de toucher les carpes qui se manifestent là où les potamots et les saules sont plus verts : berge d’en face. Les alternatives sont simples : ne pas pêcher du tout, ne rien pêcher à ses pieds, ou pêcher berge d’en face.

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Le bon sens l’emportera, comme diraient optimistes les membres de la commission. Avec mon collègue de pêche, nous tirons deux cannes berge d’en face. Nous savons que le règlement local l’interdit, mais fatalement c’est ça ou rien. Nous aurions pu aussi nous ancrer à 30 mètres de la rive d’en face et pêcher depuis les bateaux. Nous n’avons pas fait ce choix, même si nous y réfléchissons de plus en plus. Conscient de la gène que nous pourrions occasionner, nous mettrons un point d’honneur à retirer rapidement ces deux lignes à la moindre approche d’un bateau. Je me lèverai tous les matins à 5h30 pour surveiller la navigation. L’effort est minime tant l’attente des touches agrémentée d’un superbe lever de soleil est magique. Le premier week-end, bien nous en a pris car il n’y eu aucun bateau… pas un pêcheur. En revanche trois poissons seront pris entre 7h et 10h du matin le samedi, aux pieds des saules. Les cannes restées sur notre berge, montages immergés par 5m, seront totalement improductives. CQFD.

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Les week-ends se suivent mais ne se ressemblent pas. Nous voilà reparti pour 4 nuits, du jeudi soir au lundi matin. Même poste, même collègue, on ne change pas une équipe qui gagne… Sauf que cette fois ci, tous les matins, nous avons retiré les montages berge d’en face, et ce à chaque fois dans le meilleur créneau, de 7 à 10h, pour laisser place aux manieurs en bateau. Soit dit en passant, si nous avions été ancrés sur le poste berge d’en face, jamais ils n’auraient pu y pêcher. Bref. Une fois le dernier bateau éloigné d’au moins 200 bon mètres je retends une canne. Là j’entends venir de la frêle embarcation : « c’est du n’importe quoi etc etc… ». Sans pour autant m’emporter je dis à cette personne : « je ne comprends pas pourquoi vous rouspétez, d’autant que nous vous avons laissé la place tout le temps que vous avez voulu et que comme désormais vous partez, nous vous dérangeons en rien ». Et lui de continuer « Il vous faut toute la rivière (le lac ?), de toute façon la pêche de nuit pour l’année prochaine c’est vendu… ». Sic…Jusqu’à preuve du contraire nous pêchons de jour (il est 10 h du matin), interdire la pêche de nuit ne changerait rien, d’autant qu’encore une fois nous laissons le poste libre à qui veut le pêcher alors que nous aurions pu nous ancrer dessus et de fait l’interdire complément aux autres. L’invitant finalement à venir prendre un café, pour ne pas le laisser partir sur une mauvaise impression, celui ne daigna même pas répondre d’un « non merci ».

A l’heure où nous travaillons dans mon département, et dans d’autres, sur une charte carpiste basée sur le bon sens, j’ai plusieurs interrogations. Je m’imagine bien ce pêcheur en assemblée générale d’AAPPMA dire « les carpistes ci, les carpistes ça »… C’est souvent suffisant malheureusement pour faire fermer des secteurs. Est-ce si difficile de se supporter entre pêcheurs, de supporter les enfants qui jouent, les voisins qui font du bruit, les gens qui ne sont pas comme nous ? Sartre disait « l’enfer c’est les autres ». A méditer. Le bon sens ne devrait-il être que carpiste ?

Niort le 28 juillet 2004

2月23日

Chapitre IX : des hauts et des bas

Il y a trois semaines le Danube était trop haut. Aujourd’hui c’est la rivière qui est trop basse. Vague de crue, creux de la vague. Ainsi va la vie, cyclique, rythmée par les saisons, l’alternance du jour, de la nuit, des quartiers de lune… Bien luné, mal luné, ainsi va notre humeur, cyclothymique. Heureusement à chaque fois après la pluie vient le beau temps.

Parler de la pluie et du beau temps c’est déjà n’avoir que peu de soucis dans la vie. Dimanche, devant le poste de télévision, j’attends les prévisions pour la semaine à venir et tout particulièrement pour cette longue fin de semaine. Dans quelques jours ce sera l’Ascension et je compte bien en profiter pour faire monter, logique du calendrier, quelques carpes sur la berge. Evelyne chante le lundi au soleil, mardi, mercredi beau temps, puis jeudi soir orage et, désespoir, vendredi samedi pluie. C’est à chaque fois pareil, on connaît la chanson. C’est quand on est derrière les carreaux, quand on travaille que le ciel est beau.

Jeudi 20 mai 2004.

Quatre jours plus tard et quatre cent kilomètres plus bas je suis au bord de l’eau, rejoint par Anthony et Cédric, deux petits jeunes qui montent. Je leur montre quelques postes qui, délice de la langue que l’on tourne dans la bouche, sont autant de spots. Nous décidons d’un commun accord de nous éclater sur le long linéaire de ce bief, et si affinité sur des poissons tout aussi grands. Le temps menace et nous est compté. Je ne perds donc plus une seconde et gagne mon poste. « Mon » est un peu possessif, mais celui là je le connais disons plutôt bien pour l’avoir pêché plusieurs fois déjà. La crue centenaire de cet hiver l’a néanmoins quelque peu remodelé puisqu’un énorme peuplier s’est couché de tout son long, dans le lit. A vrai dire ce n’est pas pour me déplaire. Quatre flottantes rejoignent l’eau avant que, chose promise par Evelyne chose due, le ciel nous tombe sur la tête.

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Le parapluie n’a jamais aussi bien porté son nom. L’orage gronde et le rejoignant dans ma solitude nous sommes deux. A chaque éclair je compte les secondes qui séparent le son de l’image, pour évaluer la distance de l’impact. Qu’est-ce qu’ils doivent prendre quelques dizaines de kilomètres plus au sud. L’orage se rapproche, tourne, mais reste à distance de sécurité. Je m’endors. Six heures du mat’ la canne la plus en aval déroule pour la troisième fois. Si c’est un troisième cabot, j’arrête l’amorçage au Frolic… En guise de chevesne c’est en fait une petite boule qui roule sous la surface avant de rejoindre le fond de l’épuisette. 7h30 biiiip. Je prends contact et décroche dans la foulée… C’est Anthony. Il me marmonne un truc incompréhensible (je « capte no limite ») avant que la communication ne coupe. Anthony insiste avec un texto qui dit quelques chose comme « miroir de 15 prise berge d’en face grâce à ton gros nœud ». Décidément ! Fred m’avait fait le même coup : première nuit une 15 sur la berge d’en face, plus un article dans Média intitulé « le nœud magique d’Eric ». A quoi tient une réputation… Autant tout de suite rétablir une vérité, afin de ne pas trop induire (contre pétrie) d’erreur la lectrice de moins de 50 ans: on ne prend pas des 15 à chaque fois ! Pour revenir à Fred, le monde est petit, j’en entends parler quelques heures plus tard. Je reçois un nouveau texto, d’un autre pote, Manu, qui me dit « Labrousse a pris un arbre sur son 4 x 4 ». Sans être grand devin j’en conclu que l’homme à la queue de cheval devait être, la nuit dernière, quelques dizaines de kilomètres plus bas. Son moral aussi.

Vendredi 21 mai 2004.

Pour la deuxième journée je modifie un peu le placement des montages. Je garde deux cannes vers l’aval (on ne change pas une équipe qui gagne) et regroupe les deux autres au pied du peuplier, sur un petit îlot à 5 ou 6 mètres de mon parapluie. Le gué qui y mène est habituellement sous 30 à 80 cm d’eau en fonction du marnage lié à l’activité de la micro centrale. Or cette année le niveau de l’eau est si bas qu’on traverse à pied sec. Pas de risque donc, si l’on en croit les dernières 24 heures, de retrouver les cannes sous l’eau. Ma seule crainte réside en fait dans le nombre d’épuisette, non par vanité mal placée, mais simplement du fait que la seule que j’ai emmenée risque, elle, d’être mal placée, n’ayant pas le don d’ubiquité. Je n’ai d’autre choix que de la laisser à l’entrée du gué. Ainsi disposée elle sera à portée de main si une canne aval déroule et si c’est une des deux autres, je la cueillerais au passage.

2004_0522_115230aaAprès déjeuner, piqué par un roupillon, la sieste m’emporte. Erreur cruelle, impardonnable, à s’en mordre les doigts (veuillez d’ailleurs excuser les quelques fautes de frappe, j’ai encore un peu de mal avec les moignons). Bip, bip… biiip. Comme prévu je cueille l’épuisette, qui elle, rebelle, cueille une branche au passage… deux secondes, trois tout au plus de perdues. A l’autre bout du fil il, ou elle, a trouvé le peuplier. J’adore quand un plan se déroule sans accroc. Je tente de trouver la solution en bateau, ce ne serait pas la première fois, plongeant le scion dans l’eau, tournant en rond autour de l’obstacle, rien n’y fait. Je bride, re lâche, re bride… fait ch… Y’a des jours comme ça. Je ne sens pas le poisson, ni ma force d’ailleurs car d’un coup, comme un serpent de verre, la canne se met littéralement à exploser en 5 brins. J’ai pourtant arrêté la muscul.

Je n’ai rien compris. Il me semble que le scion ait cassé au moment où je voulais poser la canne sur le bateau pour attraper la tresse à la main… enfin je ne sais plus très bien. Je retrouve mes esprits et les trois brins qui sont restés retenus par les anneaux à la tresse. Ca continue… A part en creusant ma propre tombe je ne sais pas comment aller plus bas. Loser ? Moi ? Pas le moindre du monde. Je sais que la roue va tourner, qu’elle ne peut que tourner, et décide d’immortaliser l’instant, comme pour conjurer le sort.

Pas folle la guêpe procède à un repli stratégique et la troisième canne rejoint l’aval. En recepant deux ou trois petites branches d’aulne j’arrive à la faire pêcher, en biais, vers le peuplier. L’opération est à vrai dire un peu plus risquée qu’à partir de l’île car même bloqué, d’ici, un poisson pourrait faire un arc de cercle et rejoindre le bois. A contrario je serai plus vite la main dessus, et ne sachant pas si cette nuit la rivière va marner, il est plus prudent de ne laisser aucune canne sur l’île. Ce n’est que partie remise.

La nuit est calme. On a beau aussi la prétendre réparatrice, la canne n°197 gît toujours appuyée sur la toile. Combien de fois a-t-elle pointé vers le ciel, montrant du doigt un nirvana qu’elle a rejoint. Serait-ce donc cela l’Ascension ? Je laisse passer la matinée, échafaudant la tactique pour l’après-midi, tout en gardant l’espoir d’un départ sur une des deux cannes les plus en aval. N’ayant eu le départ de la veille sur l’îlot qu’en début d’après midi, j’y placerai les trois cannes, freins bloqués, sur le coup de midi. 11h30, en aval rien de nouveau. Je déplace le dispositif comme prévu, ne plaçant le premier montage qu’une fois le check list terminé : bateau OK, épuisette OK, boite à pêche OK, seau d’appâts OK, boite de salade composée OK, fourchette OK, bouteille d’eau OK, portable OK, poncho OK (on ne sait jamais). J’ai de quoi tenir un siège et rien ne me fera quitter mon île ni le talon des cannes. Le vent tourne, baraka (ra) OK. Que leurs lèvres bougent et mes maux se défilent. Un, deux, trois, nous allons au bois semblent dire les flottantes… Midi. Pendant qu’elles racolent j’attaque la salade composée. 12h05 un bip me fait reprendre aussi sec le régime et la canne, jetant fourchette et salade pour empoigner la sœur de la défunte qui crie vengeance. Je bande comme un âne et fait rouler une carpe à un mètre de la tête du peuplier. Elle tente de repartir en aval vers un autre arbre, je couche le blank sous tension et dévie sa course, elle vient. Je monte dans le bateau sans le détacher et maintiens une pression de ouf pour éviter les obstacles de bordure. Elle sonde dans les 4 mètres, la canne plie de plus belle et le frein lâche quelques clics… Je suis déterminé : ça passe ou ça passe. Elle remonte, pipe l’air, et au premier passage au dessus de l’épuisette, elle est à moi… YEAAAH ! Elle est belle, grosse… Je déboîte l’épuisette, roule les bras (de l’épuisette) et… et… rien ! Je ne la monte pas d’un bras. Va falloir que je reprenne la muscul. Je passe le gué et couche la belle sur le matelas. Elle est piquée nickel, dans le bourrelet dur de la lèvre inférieure, comme à chaque fois avec la combinaison flottante et hameçon à longue hampe. Pourtant je ne puis m’empêcher de repenser à cette courte série de décrochages survenue l’année précédente, dans des conditions similaires, plus bas sur la rivière…

eric

Ainsi va la vie, des bas, des hauts.

2月22日

Les esturgeons

Dans l’ordre des Acipensériformes se cachent 24 espèces d’esturgeons (16 espèces du genre Acipenser, 2 du genre Huso, 3 du genre Scaphirhynchus, et 3 du genre Pseudoscaphirhynchus) reconnaissables pour rester simple à leur rostre conique moustachu. Avec un squelette partiellement osseux, un corps pentagonal recouvert d’écailles ganoïdes et une colonne vertébrale cartilagineuse, l’esturgeon est un poisson qui a peu évolué depuis 200 millions d’années. Depuis quelques années il découvre une espèce plus moderne: le carpiste. De cette rencontre naissent, si ce n’est des étincelles, bien souvent des chandelles. Car l’animal saute entièrement hors de l’eau… et ce n’est pas là la moindre de ses qualités.

L’ESTURGEON COMMUN ou EUROPEEN (Acipenser sturio)
L’esturgeon commun peut atteindre 3.5m pour quelques 300 kg. Des chiffres de 600 à 800 kg pour une longueur de 5 à 6m restent à confirmer. Un des plus gros sturio pris (dans la Tamise) accusait 350 kg. Ce poisson anadrome qui fréquentait autrefois beaucoup de grands fleuves français (Gironde, Garonne, Rhin, Rhône, Loire, Seine…) n’a plus de nos jours de commun que le nom. Sa régression semble due à la sur pêche des adultes et aux prélèvements de juvéniles effectués dans les estuaires ainsi qu’au développement des barrages hydrauliques, à la pollution ou à la destruction des frayères (extraction de granulats). En mars avril les femelles d’une quinzaine d’années remontaient accompagnées chacune par plusieurs prétendants généralement plus petits (une dizaine d’années, 2 mètres pour 30 à 40 kg), la fraie devant avoir lieu de mai à juin sur un lit de graviers dans des eaux profondes. Chaque femelle pond alors de 300 000 à 2 millions d’œufs puis les géniteurs rejoignent la mer tandis que les jeunes esturgeons resteront un à deux ans dans les eaux saumâtres des estuaires.

L’ESTURGEON SIBERIEN (Acipenser baeri)
De 50 à 100 voire 200 kg pour 3m de long, le baeri habite les grands fleuves sibériens et s’aventure occasionnellement dans les eaux peu salées de l’océan Arctique. Il a été introduit en France en 1974 d’abord à des fins scientifiques, puis pour être élevé en pisciculture en 1984 et enfin en Aquitaine de façon accidentelle en 1999. En effet lors de la tempête du 27 décembre, la montée des eaux dans l’estuaire de la Gironde a inondé une pisciculture et près de 20 tonnes de baeri, pour la plupart des femelles mâtures de 6 à 7 ans, se sont échappées. Ces génitrices se sont dispersées dans l’estuaire et ont remonté la Gironde, la Garonne et la Dordogne. Etant impossible de récupérer l’ensemble de ces baeri, il ne reste plus qu’a observer les effets de ce qui pourrait être une réelle catastrophe écologique pour les sturio, qui occupent la même niche écologique et avec lesquels l’hybridation n’est pas exclue.

L’ESTURGEON BLANC (Acipenser transmontanus)
C’est le poisson de tous les records. Le grand blanc migre entre les fleuves de la côte ouest américaine et l’océan Pacifique (baie de San Francisco ou de Vancouver). En 1892 un spécimen de 800 kg aurait été montré à l’Exposition universelle de Chicago. En 1912, un autre poisson de 580 kg pour 3.80m fût pêché dans le fleuve Columbia (entre le Canada et les Etats-Unis). Toutefois le transmontanus ne dépasse qu’exceptionnellement les 500 kg pour 4 m et les spécimens sont plus nombreux aux alentours des 200 kg. De par sa taille et sa défense, c’est un poisson de pêche sportive très prisé des nord-américains. Pour s’en persuader et comprendre l’intérêt économique lié au tourisme pêche il suffit de taper « fishing sturgeon Canada » sur un moteur de recherche Internet. Quelques un des collaborateurs de Média Carpe ont d’ailleurs déjà fait le grand saut, dont Ronny De Groote et Tony Davies-Patrick. Ce dernier pose dans son livre « Globetrotter’s quest » avec quelques spécimens dont un de 10 feet 9 inches (3,20 m) estimé à plus de 700 lbs (317 kg). Ce pourrait être le record du monde toute catégorie du plus gros poisson d’eau douce jamais pris à la ligne. Tout simplement ahurissant ! En France, la quête des grands blancs est aussi possible, à moindre frais et en eau close uniquement. Les prises sont plus modestes même si le record ne devrait pas tarder à passer la barre des 50 kg. Notons également que le transmontanus a été introduit en Italie dans le bassin du Pô.

LE STERLET (Acipenser ruthenus)
Apres le plus grand, le plus petit de tous et le seul à ne pas être migrateur. Il ne dépasse guère 16 kg pour 130 cm avec une taille moyenne généralement moitié moindre. Cet esturgeon est sûrement le plus connu de tous puisque qu’il est vendu, tout petit, dans bon nombre d’animaleries avec les carpes koï. Il y a fort à parier qu’à l’instar des tortues de Floride certains spécimens devenus trop grands pour leur petit bocal ont pu rejoindre les cours d’eau avec tous les risques que cela comporte pour le milieu.

Au terme de cette parenthèse indispensable pour comprendre ce qui se cache derrière l ‘appellation générique « esturgeons », rappelons que cette bête se pêche à la ligne. C’est un poisson de sport fabuleux que l’on rencontre dans un nombre croissant de centres de pêche. Voyons ce qui vous attends si vous vous attaquez à ce poisson à rostre…

En France, le sturio n’a jamais été recherché spécifiquement à la ligne. En revanche trois espèces peuvent être pêchées dans quelques plans d’eau privés : le transmontanus, le beari et accessoirement le sterlet. C’est une évidence morphologique, l’esturgeon fouille et se nourrit sur le fond. En cela sa pêche ressemble beaucoup à celle des carpes. Poisson omnivore, ses goûts sont on ne peu plus variés : larves, mollusques, vers, écrevisses, poissons, lorsqu’il ne profite pas de la manne des pêcheurs composée de graines, bouillettes, granulés de pisciculture (pellets), Frolic voire saucisson sec ou à l’ail… Les amorçages copieux à base de graines, de pellets et autres croquettes pour chiens sont recommandés par tous les spécialistes. Il n’est pas utile de chercher à se démarquer de ces approches stéréotypées qui ont fait leurs preuves car l’esturgeon n’a pas du tout la mémoire associative que l’on prête aux carpes. D’expérience un même poisson peut-être pris plusieurs fois dans le week-end, voire dans la journée.

Compte tenu de la taille et de la bouche, les esches pourraient être relativement grosses et posées sur le fond. Ma préférence va néanmoins, pour des raisons purement mécaniques et de présentation, aux petites flottantes juste équilibrées par le poids de l’hameçon ou par une cendrée et décollées de quelques centimètres. Quant au parfum chacun fera en fonction de ses convictions. Je crois que cela n’a pas vraiment d’importance à partir du moment où votre flottante repose sur une petite tache de pellet. Un poisson aspirera au passage tout d’un bloc, les granulés, l’esche et l’hameçon. L’avantage des pellets (ou des Frolic) c’est de pouvoir être additionnés d’attractants liquides. Là encore chacun ses préférences et ses secrets. J’ai même lu dans une revue généraliste qu’en Amérique du Nord certains pêcheurs de grands blancs allaient jusqu’à booster leurs esches (un poisson mort souvent) avec du dégrippant ! Plutôt qu’un hydrocarbure ou un additif chimique je ne saurai trop vous conseiller un produit huileux naturel, comme l’huile de sardine ou de saumon par exemple.

La puissance de ces « tarpons d’eau douce » met outre Atlantique le matériel à rude épreuve. Pour pêcher en bateau, les nord-américains utilisent des cannes de traîne puissantes et courtes (6 à 9 pieds), en un seul brin. Leurs moulinets à tambour tournant sont garnis d’un nylon de 60 à 100 lbs. A la touche l’ancre est levée pour suivre la prise et éviter de se faire vider la bobine. Dans nos eaux, les cannes à carpes conviennent parfaitement dans les déclinaisons classiques allant de 2,5 lbs à 3,5 lbs. Pour ouvrir une parenthèse sur les cannes « de troisième génération » je suis également d’avis qu’en l’occurrence nos cannes mériteraient d’être un peu plus courtes pour mieux brider les gros poissons et fatiguer un peu moins les pêcheurs, même si nous sommes bien loin encore du Big Game. SERT avait d’ailleurs tenté cette approche il y a huit ans avec une déclinaison de la canne Obsession en 11 pieds (3,30 m). Cette longueur n’avait pas en son temps connu le succès escompté. Nous en discutions en septembre dernier avec Philippe Lagabbe, regrettant que le marché soit trop souvent guidé par des phénomènes de mode au détriment parfois de ce que devrait être une bonne canne à pêche. Bref pour fermer cette parenthèse et revenir à nos gros esturgeons, si vous abordez le combat en souplesse avec un frein bien réglé vous arriverez à prendre assez rapidement le dessus, quelque soit votre modèle de canne à carpe. En revanche, ne tergiversez pas sur les montages qui se doivent d’être particulièrement résistants. Choisissez des hameçons forts de fer et bannissez tout ce qui ressemble de près ou de loin à un hameçon bleu, au risque de vous le faire redresser comme une aiguille à coudre, au premier rush. Inconditionnel depuis 6 ans du Gamakatsu LS 5275F dans mes pêches fortes de carpe, je n’utilise quasiment plus que ce modèle. Si vous avez un doute sur la solidité de vos hameçons, essayez celui-ci en toute confiance, en taille 2 avec une flottante de 16 ou de 20 mm. Pensez juste à écraser l’ardillon pour vous conformer aux règlements des plans d’eau privés, s’ils prévoient cette clause. Pour le corps de ligne, il ne faut pas chercher à finasser. La tresse étant souvent interdite, optez pour un nylon de 15 lbs environ (30 à 35/100). Contrairement à une idée reçue la grosseur du fil ne rebutera en rien les poissons, carpes comprises. En revanche à vouloir être trop sportif vous risquez de terminer la partie seul et l’esturgeon de se balader avec un piercing entre les lèvres, comme la fée clochette (les spécialistes du piercing apprécieront ;) ) .

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La touche du transmontanus est brutale. Le détecteur s’emballe, le nylon remonte des profondeurs et fend l’eau vers le large. S’en suit un saut, puis d’autres lors du combat, qui ne laissent planer aucun doute quant à l’adversaire. Le moment est magique, il sera gravé dans votre mémoire à vie. Il est aussi possible, c’est même assez courant avec les baeri, d’avoir des tirées qui se soldent par un ferrage dans le vide, ou plus rarement par un poisson pris par une nageoire. L’explication est assez simple. Les esturgeons rasent le fond, à hauteur de moustaches et à portée de leur bouche protractile. De fait ils se prennent assez couramment les pelviennes dans les fils, ce qui occasionne les fausses touches à répétition. Quand on sait cela, inutile de ferrer puis de s’en prendre au bon dieu et à tous ses saints. Il faut au contraire attendre en plongeant les scions dans l’eau ou en détendant les fils nylons pour qu’ils plaquent bien au fond. L’idéal est bien entendu de ne pas laisser les coule bannières à la maison. Vous pouvez en revanche, et sans grand regret, y oublier l’épuisette. De toute façon seul un petit sterlet rentrerait dedans, quant à un gros ils risquerait de vous la pulvériser dans un dernier rush. Il est préférable, une fois épuisé, de l’attraper fermement par la queue. Je parle bien sûr du poisson, même si un combat de 20 à 40 mn peut vider le pêcheur et prêter à confusion. Il ne faut pas plus utiliser de sac de conservation que d’épuisette, même en grande taille. Les photos doivent se faire le plus rapidement possible. Je vous conseille d’ailleurs, tant pour vos bras que pour le poisson et la beauté de vos clichés, de ne pas sortir les gros esturgeons de l’eau. Pour mettre en valeur leur longueur, les clichés pris en hauteur, en plongée, sont du plus bel effet. Les pros de la photo ajouteront éventuellement un filtre polarisant pour jouer avec la transparence de l’eau. Il conviendra enfin d’oxygéner au moins pendant un quart d’heure votre prise avant de la relâcher. Attendez qu’elle manifeste réellement son envie de liberté. En effet trop tôt livré à lui même, l’esturgeon a parfois la fâcheuse tendance à se retourner le ventre en l’air et là il n’y a pas d’autre solution que d’aller le chercher à la nage pour le ré oxygéner.

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Il n’y a pas vraiment de saison pour pêcher l’esturgeon, et même l’hiver est productif. C’est flagrant pour le baeri, un peu comme si les gènes gardaient trace de leur origine sibérienne. Ce n’est pas l’ami Franck qui me contredira lui qui s’amuse à briser la glace et à monter quelques beaux beari sous la neige.

La poule aux œufs d’or

D’origine turque ou tatar, le mot " khâviar " signifie "œuf de poisson". Le caviar de Beluga (environ 5% de la pêche) est le plus cher. Il est commercialisé à près de 4500 € le kilo, contre 2000 € pour le kilo de caviar sevugra (esturgeon étoilé) et respectivement 1750 € et 1500 € ceux de transmontanus et de baeri. En 2001 le marché mondial annuel représentait environ 150 tonnes. La production de caviar "russe" devrait être en nette diminution du fait de l’interdiction de pêche touchant les quatre anciennes républiques soviétiques bordant la mer Caspienne : le Daghestan et l’Azerbaïdjan à l’ouest, le Kazakhstan et le Turkménistan à l’est. Néanmoins l’essentiel du caviar mondial était toujours en 2001 tiré de la mer Caspienne dont les trois quarts proviendraient d’origine illégale. Depuis la chute du communisme, au début des années 1990, et la fermeture des usines d’état qui a induit le chômage, cet or noir est une providence pour des centaines de braconniers. Ils bravent les gardes frontières et risquent la prison pour un caviar de contrebande qu’ils revendront à leurs intermédiaires entre 40 et 45 € le kilo. Ces états n’arrivant pas à faire respecter l’accord passé entre l’ex URSS et l’Iran, la ressource semble en grand danger comme le montrait le reportage intitulé « la folie caviar » paru dans magazine Thalassa. Willem W. Wijnstekers, secrétaire général de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction ou Convention de Washington) ajoute quant à lui que « rares sont les produits d’espèces sauvages gérées par la CITES dont le commerce suscite autant d’activités illégales que le caviar. On rapporte que des agents chargés d’appliquer la Convention ont été tués au cours d’opérations de lutte contre le braconnage de l’esturgeon » et d’ajouter que « la participation du crime organisé au commerce du caviar est bien connue. »

Prise de conscience internationale ?

Les 30 000 espèces qui sont menacées d’extinction si leur commerce n’est pas rigoureusement réglementé, sont listées en annexe II de la CITES. Tout l'ordre des ACIPENSERIFORMES (cf encadré) y figure. Notre sturio ainsi que l’esturgeon à nez court américain ont le triste privilège d’apparaître en annexe I, dans la liste des 500 espèces animales les plus menacées de la planête. Celles de l’annexe II peuvent faire l'objet d'un commerce international (importation, exportation et réexportation) sous couvert d'un document CITES (permis ou certificat) délivré par un organe de gestion d'un État membre de l'Union européenne. Ce doit être le cas par exemple des transmontanus importés par les centres de pêche sportive depuis les piscicultures allemandes ou italiennes (il n’y en pas à en France). Pour les espèces de l’annexe I, les échanges commerciaux sont interdits.

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Avec Philippe Lagabbe, lors de notre session dans le Delta du Danube en avril 2004, nous n’avions comptabilisé que deux captures de petits esturgeons « pastruga » (nom roumain des stellatus) par les pêcheurs locaux. Il est difficile en si peu de temps de juger des effets de la pression de pêche lors de la remontée des esturgeons dans le Delta, ou sur les juvéniles, d’autant que n’avons qu’une vision très partielle de ce qui se passe au Far East de l’Europe. Chilia, un des trois bras principaux du Danube, sépare l’Ukraine au nord, de la Roumanie au sud, avec miradors de part et d’autre et interdiction de franchir le milieu virtuel du bras sous peine d’être intercepté par une vedette de policiers des frontières, fusils mitrailleurs en bandoulière. Quelques kilomètres à l’Ouest de la mer Noire, Chilia se divise à son tour en cinq bras plus petits dont quatre sont ukrainiens. La ressource y est exploité 24 heures sur 24, sans aucune période de fermeture de pêche comme en Roumanie. Le delta du Danube, classé au patrimoine Mondial de l’UNESCO, risque par ailleurs de se voir défiguré, balafré par un projet de canal de navigation ukrainien vers la Mer Noire. Les roumains que nous avons rencontrés semblent s’engager dans une pêche raisonnée. Robert Raduta n’y est pas étranger, lui qui a en charge la concession sur le bras de Chilia et le lac Mehrei. Il a compris que l’intérêt économique et touristique qui découle la pêche sportive (en outre de la carpe et du silure) passe par la préservation de cet environnement exceptionnel. Dans son étude « Rôle de l’aquaculture dans la conservation des espèces : exemple des esturgeons » Patrick Williot spécialiste du sturio au Cemagref, indique que toutes les espèces d’esturgeons sont en régression, à l’exception du Sterlet dans la partie hongroise du Danube, et « que les quelques très rares populations qui semblent avoir un fonctionnement normal sont celles qui sont exploitées par la pêche sportive ». Robert Raduta a par ailleurs fait appel au professeur Moldave Arcadie Vedrasco, qu’avec Philippe nous avons eu la chance de rencontrer à Periprava en 2004, pour réaliser un laboratoire expérimental de reproduction artificielle du grand « Morun » (que je pense être le Belouga). Le professeur nous avait montré, sur son ordinateur portable, le fruit de ses travaux sur la reproduction et l’élevage des carpes et autres esturgeons spatules en Moldavie. Malheureusement il n’avait pas pu passer à la pratique à la fin de notre séjour, faute de géniteurs.

La pisciculture d’Astrakhan (Russie) relâche quant à elle 50 millions d’alevins dans la Caspienne. Il en faudrait au moins trois fois plus pour maintenir la population d’après les spécialistes qui annoncent la disparition de l’esturgeon d’ici une vingtaine d’années. L’Iran, au sud, semble suivre un vrai plan de gestion. Sept cent pêcheurs sont employés par la république Islamique d’Iran, comme fonctionnaires, et sont répartis sur une cinquantaine de stations de pêche. La saison dure 4 mois, de mars à juin. L’effort d’alevinage mené depuis des années dans la pisciculture d’Anzali s’élève actuellement à environ 25 millions d’alevins déversés par an, dont 1 million seulement atteindront l’age adulte. L’espoir est d’atteindre une production de 50 ou 100 millions d’alevins par an.

Cette prise de conscience n’est pas sans rappeler celle de la France dans les années 80. A titre de comparaison, la production annuelle de caviar, issue de la pêche, atteignait 5 à 10 tonnes dans l’estuaire de la Gironde pendant les années 1920 à 1930. Suite à la sur pêche et à la dégradation du milieu le cheptel de sturio avait chuté à quelques 4000 individus. Pour préserver ce patrimoine génétique la pêche fut purement et simplement interdite par arrêté interministériel en date du 25 janvier 1982. Il était certainement grand temps à en croire la difficulté que rencontra le Cemagref pour trouver des géniteurs . En 25 ans seulement trois reproductions ont pu être réalisées (1981, 1985 et 1995). Ce n’est qu’en 1995 que pour la première fois des larves ont pu être élevées. Parmi les 23 000 larves obtenues, 9 000 furent marquées. 2 000 furent relâchées comme larves, 5 000 à un gramme environ, et 2 000 à six grammes dans la Garonne et la Dordogne. Environ 200 individus ont étés conservés à la station expérimentale de Saint-Seurin-sur-l’Isle, en Gironde, dans l’espoir qu’ils produisent à terme de nouveaux géniteurs, pour espérons le, sauver une espèce menacée.

PS : comme je le concluais dans cet article de 2005, à partir de géniteurs issus de la reproduction de 1995, les chercheurs du Cemagref ont donc réussi fin juin 2007 la première reproduction artificielle de l’esturgeon européen Acipenser sturio à partir de spécimens élevés en station: http://www.cemagref.fr/Informations/Act … /index.htm

2月20日

Chapitre VIII : Bohemian Rhapsodie (les pionniers du Delta)

Je ne sais plus quand Philippe m’avait parlé pour la première fois d’aller dans le Delta du Danube. Le temps passe, jamais assez vite lorsqu’on attend, toujours trop lorsqu’on y est, bien plus encore lorsqu’on regarde en arrière. Ce qui était irréel, loin derrière d’autres échéances, se dessine de jour en jour. Vendredi 9 avril 2004 une semaine de boulot comme les autres se termine. Sur la route de la maison l’autoradio entonne un air de Queen. Je monte le son et m’envole sur Bohemian Rhapsodie.

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En fait la date du départ n’est pas encore fixée. Ce sera soit le 24 avril, soit le 1er mai, lorsque les conditions seront jugées optimales par les contacts du Bison sur place. La pêche n’est pas une priorité absolue de ce premier voyage consacré au repérage, en vue d’une future session, et à l’observation d’une nature préservée. Dans ce périple nous serons accompagnés d’une équipe de cinéastes qui immortaliseront un mois plus tard l’aventure des Messagers du Delta.

Coup de fil de Phil : « tu peux partir le 23 ? Revenir le 4 mai ? »… Quelle question ! Depuis novembre 2003, dans le doute, j’ai réservé les semaines 18 et 19 sur mon agenda. Et comment que je peux partir ! Euh… ah oui… comment ? En avion… le billet… Tout se précipite et devient tout à coup beaucoup plus réel. Je rajeunis de 30 ans, retrouvant des sensations perdues comme cette fébrile impatience les jours qui précédaient l’ouverture de la truite, allant jusqu’à me voler le sommeil ou le peupler de prises irréelles. Philippe m’annonce dès le lendemain avoir réservé son billet. Je l’imite surfant sur opodo.com, essayant de caler au mieux mes horaires aux siens. La meilleure option me fait partir de l’aéroport de Bordeaux Mérignac à 6h40, escale à Munich puis direction l’aéroport d’Otopeni de Bucarest. J’arriverai une heure après Philippe. Je valide ce choix, sans oublier de prendre une assurance et de demander l’envoi des billets par Chronopost.

Ces formalités réalisées il ne me reste plus qu’à préparer le reste, sac à dos, cannes, bagage à main selon les axes donnés par Philippe : « Attention les nuits sont fraîches, prends de la tête de ligne en 70/100, des plombs d’au moins 160g, je m’occupe des bouilles… ». Ne pas avoir à se soucier des appâts enlève un sacré poids. En effet, tout doit être minutieusement trié, le futile de l’indispensable, pour ne pas dépasser les 25 kg qui iront en soute et les 15 du bagage à main. J’investi dans l’indispensable rod case qui protégera mes 4 cannes, l’épuisette et 4 piques. Voilà déjà 7,7 kg. Je charge le Royal 110 litres en fringues. Suivent duvet, cuissardes, boite à pêche, détecteurs, poncho, polaire, sacs de conservation, repères… 17,5 kg. Je finalise la préparation des bagages en calant au mieux les moulinets pour qu’ils tiennent dans le petit carry-all, entre la trousse de toilette, l’appareil photo et deux bons kilos de plomb.

L’esprit tranquillisé par cette gestion aux petits oignons du poids autorisé qui me vaut d’être fêté avec un mois d’avance en ce 18 avril (St Parfait), je me mets à lire le document reçu avec les billets. J’embarquerai dans un Canadair jusqu’à Munich. J’imagine déjà le largage de bouilles nappées au retardant sur un front de lignes en feu… Après trois heures d’escale à Munich puis j’ai la liaison vers Bucarest en Airbus. Poursuivant cette lecture j’attaque le paragraphe bagages. « Chaque compagnie a des contraintes spécifiques quand aux poids ». Oups, j’avais compris que le poids était standard d’une compagnie à l’autre. Après contact téléphonique avec la Luftansa, il s’avère qu’ayant pris un vol économique (choisi pour ses horaires et non par économie, j’entends déjà les mauvaises langues), je n’ai le droit qu’à 20 kg en soute et 8 en bagage à main. Pas si parfait que cela Eric ! La suite m’annonce que tout dépassement est surtaxé de 17 euros par kilo supplémentaire. J’en ai cinq. Rapide calcul mental, cinq fois sept trente cinq, plus cinquante, quatre vingt cinq euros de surtaxe ! Après de multiples essais, je ne peux pas décemment aller en deçà d’un minimum minimorum de 25 kg en soute et 8 en bagage à main. Aléa jacta est. Je me résous à la surtaxe et mesure le bonheur de ne pas avoir à gérer les appâts.

Vendredi 23 avril, 2h du mat. Me voilà sur l’Autoroute A10 direction Bordeaux. L’enregistrement des bagages se fait deux heures avant le décollage et les 5 kg de dépassement rentrent finalement dans une fourchette de tolérance. La personne chargée de l’enregistrement est en revanche plus intriguée par le rod case :

- « vous avez des armes ?

- Euh… non… ce sont des cannes à pêche… »

Après un passage aux rayons X, bagages et inquiétudes liées à la surcharge s’envolent sur un tapis roulant avant de laisser place à une certaine angoisse de ne pas les retrouver à Bucarest.

A l’aéroport d’Otopéni j’intègre l’aréopage devant le grand manège de bagages déchargés du ventre de l’Airbus en provenance de Munich. Après plusieurs boucles toujours pas de sac à dos 110 litres, pas plus de rod case… Que les secondes sont longues. Je ne peux m’empêcher de penser à l’article de Philippe, narrant la mésaventure d’un pêcheur qui l’année précédente n’avait retrouvé ses cannes égarées que quelques jours avant son départ, lorsque enfin apparaît mon sac à dos… Il me manque encore les cannes. C’est impressionnant cette sensation de ne rien maîtriser. Le tube apparaît à son tour et le temps de le saisir me voilà parti d’un pas décidé, sac à dos dos, en avant vant, vers la sortie. A peine ai-je franchi la porte qu’une voix connue me hèle pour me guider les retrouvailles faites, vers un minibus stationné sur le parking. Un couple d’amis de Philippe est déjà dans le véhicule : Gérard, photographe professionnel et Jocelyne, sa compagne dans la vie comme dans cette aventure. En liant connaissance sur le chemin de Sarulesti, notre point de chute pour la nuit, j’apprends qu’ils parcourent les pays slaves avec pour fil rouge les sites classés au patrimoine mondial de l’UNESCO. Gérard fait les photos et Jocelyne rédige les textes d’un grand livre à paraître un an plus tard. Pour Philippe et moi, la préoccupation immédiate est plus terre à terre. Quand pourrons-nous récupérer les bouillettes? Logiquement elles nous attendent dans un magasin de Bucarest  Dori, notre conducteur, nous affirme que nous les aurons ce soir, ou au plus tard demain.

Si Bucarest ressemble à une grande ville de l’ouest, la route qui nous mène à Sarulesti nous plonge dans une autre dimension. La première des choses que je remarque, ce sont les R12. En fait ces copies conformes des 12 à la Starsky et Hutch de notre adolescence sont de la marque Dacia. Elles sont omniprésentes et tout aussi nombreuses en sortant de la capitale, même si la proportion de carrioles tirées par des chevaux augmente. Une heure plus tard nous arrivons au lodge. Dans la soirée le planning se dessine de la façon suivante : samedi pêche du sandre sur le lac en l’attente des bouilles. L’équipe d’Atalante Production qui vient filmer le Delta n’arrivera quant à elle que lundi. Nous avons deux solutions : les attendre et partir lundi, ou partir dès dimanche. Les informations relayées par Robert Raduta et obtenues de Sylvain Remetter, résidant dans le Delta, font état d’une approche imminente de la fraie. De plus la météo prévoit deux jours de beau temps avant une possible dégradation lundi ou mardi. Si le temps se gâte les lumières seront peu propices à de beaux clichés pour notre photographe professionnel. La décision est donc prise de partir au plus tôt, c’est à dire le dimanche matin. Robert accompagnera Jean Guy et Didier dans un deuxième voyage jusqu’au Delta, probablement lundi.

Samedi 24 avril. La journée de pêche au sandre en bateau est prétexte à la découverte de la totalité du lac de Sarulesti. Nous commençons par Hotel Bay qui fait face au lodge. C’est ici que Robert Raduta a pris, en avril 1997, la carpe miroir de 35,4 kg qui est exposée naturalisée dans la salle à manger du lodge. Nous continuons vers la partie nord ouest du lac. Un poste stratégique permet théoriquement à partir d’une pointe (Hotel point) d’intercepter les poissons en vadrouille vers World Record Bay. Le plateau assez encombré situé au milieu de cette autre baie a produit les plus gros poissons du lac, dont le record du monde de l’époque. C’est non loin de là, dans la petite baie de Sarulesti, à la pointe dite de l’Eglise, que mon pote Anthony pêchait en 2003 à l’occasion du Tour Carpe No Limits. Sur l’autre rive se trouve Tim’s swim, le poste où Tim Paisley prit la grosse commune de 33,450 kg en mai 2001. En remontant un peu vers la queue du lac un étranglement délimite l’entrée de la baie des îles. Une première petite île se trouve à l’entrée et une plus grande à l’ouest vers le village de Magureni. Au nord de la baie des îles un nouvel étranglement débouche sur la baie de Sandulita. Cette partie du lac a offert de belles communes au hollandais Ardy Veltkamp et au belge Alijn Danau en septembre 2002 (entre 26 et 27 kg). Notre matinée se termine avec 2 ou 3 sandres chacun, calibrés autour des quarante centimètres. Une moitié retournera à l’eau, le reste constituera le repas du soir.

L’après midi nous explorons l’autre partie du lac. Nous passons les pylônes pour commencer à pêcher dans la baie du village Gypsy. Trois équipes sont installées entre le poste des pylônes et la pointe de Becker. D’autres sont en train de les imiter vers le poste à Briggs et la baie de l’Eglise, lugubrement célèbre pour ses ossements humains et autres pierres tombales. Personne n’est installé au niveau de la baie du Château d’eau, pas plus qu’à la pointe faisant face au village de Preasna. Plus tard dans la soirée nous observerons sur ce poste (qui n’a pas à ma connaissance de nom), entre quelques prises de sandres charbonniers, quatre ou cinq sauts de carpes. Ce furent les seuls observés de la journée sur l’ensemble du lac d’ailleurs. Avant cela nous avions poursuivi notre pêche au leurre souple jusque dans la baie du barrage. C’est ici qu’en guise de gros « chalo » (ce qui n’est pas une insulte mais un sandre en roumain) j’ai piqué une crap, au twist. Elle m’a fait un drill d’enfer et aurait du finir, selon les dernières volontés de notre guide Sergio, au sac (en toile de jute bien sûr). Il n’en fût rien. De retour au lodge nous avons confirmation de l’arrivée de nos 50 kg de bouillettes, confirmant donc notre départ le lendemain. La soirée s’achève comme prévu par une assiette de sandre sauce meunière accompagné de Sec de Murflatar ou, au choix, de Madness Struguri.

Dimanche 25 avril. Comme prévu nous partons à 9 heures pour Tulcea, ville située à la conjonction des trois bras principaux du Danube. Vers le Nord Est part le bras Chilia, vers l’Est le bras de Sulina, et au Sud Est le bras de Sfintu Gheorge (Saint George). Nous chargeons notre matériel dans le Toyota Leteace qui reçoit également pas mal de ravitaillement pour les lodges de Matita puis de Periprava, notre destination. Dori, le garçon qui nous avait accueilli à l’aéroport nous conduira. Tatiana rejoint également Periprava. Elle est cuisinière et son ami Christi pêche dans le delta, tous les deux pour le compte de Robert. Avec Gérard et Jocelyne, Phil et moi nous sommes donc six en route vers le Far East. Les quatre heures de route sont ponctuées de quelques arrêts pour assurer la logistique : légumes, pain, pause pipi et carburant bien entendu.

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Moins programmé fut celui demandé d’un petit signe de la main par un fonctionnaire de police. Même sans voir de ma position le compteur kilométrique je me doute des motivations de la maréchaussée. Avant de descendre Dori glisse un billet de quelques milliers de Lei dans les papiers du véhicule, puis s’en va les présenter à l’agent, pour revenir tout aussitôt avec un grand sourire… Nous arrivons enfin à Tulcéa, ou plus exactement à Nufaru. Sur le bras Sfintu Gheorge (Saint George) nous attend un petit hors bord. Toute la logistique y est transbordée avant que nous y prenions place à notre tour. Dori retourne sur Sarulesti, nous sommes donc cinq en plus du pilote et du copilote dans le bateau. Nous remontons un peu vers Tulcea pour rejoindre le bras de Sulina avant de couper, via de plus ou moins grands canaux, vers le nord direction Matita. Résumé en une phrase ce trajet nous prend en réalité deux bonnes heures. A Matita nous stoppons un quart d’heure le temps de décharger quelques jerricanes du précieux carburant alimentant les moteurs hors bord, seul moyens mécaniques de locomotion, et quelques vivres pour le personnel du lodge. Il nous reste encore une bonne demi-heure pour rejoindre Périprava. Nous traversons le lac de Matita, puis un nouveau canal bordé de roseaux immenses qui communique avec le grand Merhei, puis un nouveau canal, un autre lac (le petit Merhei) qui rejoint à son tour via le petit canal de Sulimanca le bras de Cernovca. A la confluence du bras Cernovca et du bras Chilia se trouve enfin Périprava. Périprava une semaine d’arrêt, tout le monde descend.

C’est Sylvain Remetter qui nous accueille dans une fourmilière apprêtée à construire un deuxième lodge en dur, sans autre moyen mécanique qu’une bétonnière. Une dizaine d’ouvriers font du terrassement à la pelle et à la brouette pendant que d’autres s’affairent à la maçonnerie. Le temps de saluer notre hôte, qui est plus qu’aux anges de ces retrouvailles entre alsacien d’adoption et ex-alsacien, le ventre du bateau est vidé de son contenu. Sylvain nous fait faire le tour du bâtiment. Une partie est réservée à la collecte du produit de la pêche. En effet Robert Raduta ayant une concession dans cette partie du delta (un linéaire d’une soixantaine de kilomètres sur Chilia), se doit d’acheter tout le poisson capturé par les pêcheurs locaux pour y maintenir une vie économique. En plus de rémunérer les pêcheurs, il emploie plusieurs autres personnes pour peser, payer, contrôler toutes les activités liées à la pêche. Dans une autre partie du bâtiment il y a un laboratoire destiné à faire de la reproduction artificielle dans le cadre d’un programme de soutien du morun (beluga). Robert a dans cette optique fait appel à un spécialiste, le Professeur Arcadie Vedrasco, qui est présent à notre arrivée. Nous apprenons qu’il y a déjà dans une petite reculée barrée par un filet à proximité du lodge un mâle d’une centaine de kilos et que tous les jours le professeur attend le retour des pêcheurs, espérant sur les quotas de prise la capture d’une ou de plusieurs femelles. Même si c’est la pleine saison de remonté des esturgeons dans le bras de Chilia, il faut savoir que celui-ci, séparant la Roumanie rive droite (au sud donc) de l’Ukraine, forme un delta de six bras. Sur la rive opposée à Periprava il y a la ville Ukrainienne de Vilcov qui sera ville frontière géopolitique avec l’Europe à l’entrée de la Roumanie dans la CEE en 2007. Les cinq bras les plus au nord sont donc en Ukraine. Le sixième, Musura, constitue au sud la frontière entre l’Ukraine de la Roumanie. Il ne faut pas être devin pour comprendre que les pêcheurs Ukrainiens barrent la remonté des morun et autres pastruga dans cinq bras sur six et par conséquent la difficulté de capturer les trois femelles qu’espère idéalement le professeur.

Le reste du lodge est constituée d’une cuisine et d’une salle à manger au rez-de-chaussée. Quatre grandes chambres de deux lits occupent l’étage. Le second bâtiment est presque fini. Sylvain y vit au rez-de-chaussée tandis qu’à l’étage il y a plusieurs chambres d’hôtes similaires au premier lodge.

En fait le village de Periprava est à trois ou quatre minutes à pied du lodge, dans les terres. C’est un village de pêcheurs ravitaillé deux fois par semaine par un gros bateau venant de Tulcea via le bras de Chilia. Un peu plus au sud, une route accessible uniquement aux 4x4 ou aux chevaux, longe la forêt protégée de Letea pour mener au village de Rosetti chef lieu du canton.

En fin d’après midi Sylvain nous propose un tour de bateau. Il nous confirme ce que nous avions déjà constaté : le Danube est haut, 2 m au dessus de son niveau normal, et pas très bleu. C’est en fait la résultante de la fonte des neiges et des eaux ainsi récupérées au grès des quelques 2860 km de parcours entre la forêt noire et la mer noire. L’eau est non seulement haute mais couleur café au lait. A cette période Sylvain pense (étant arrivé en juillet 2003 il n’a pas l’expérience du printemps précédent) que les poissons quittent le Danube pour aller coloniser le dédale de canaux et de lacs constituant le delta. Nous remontons le bras principal de Chilia puis celui de Babina qui coupe en fait un méandre de Chilia. La partie ainsi délimitée s’appelle l’Ostrovul de Babina. Elle est constituée d’un réseau de petits canaux beaucoup moins profonds où l’eau est claire. Si les bras de Chilia et de Babina sont bordés d’arbres comme le sont encore nos rivières sauvages, les petits canaux sont bordés de roselières immenses. En traversant une rangée de ces roseaux nous nous retrouvons dans un lac d’une cinquantaine d’hectares profond d’1,30m environ. L’eau n’est qu’à 14 degrés ce qui est théoriquement encore peu pour la fraie mais compte tenu de la faible profondeur elle peut se réchauffer de quelques degrés sur une journée. Ce soir il n’y a pas le moindre signe d’activité sur le lac et pourtant Sylvain nous garanti qu’il y a énormément de poissons. Le soleil descend doucement et le ciel se pare de rouge. C’est sûrement parce que c’est le même soleil que ce spectacle est toujours aussi beau, à l’Est comme à l’Ouest. Ceci dit ce soir c’est notre premier coucher de soleil sur le delta. Philippe et Gérard l’immortalisent. Je cherche quant à moi des signes d’activité. Soudain c’est un saut, puis un deuxième qui confirment la présence de carpes de 7 à 8 kg. Le vent se calme un peu et l’eau devient plus lisse. Plusieurs remous trahissent, à l’approche du bateau, la présence de poissons.

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De retour au lodge nous établissons le programme du lendemain. Philippe et Gérard seront guidés par Sylvain dans le Delta afin de profiter au maximum de la bonne luminosité au cas où la météo, comme prévu, se dégraderait. Le second bateau à moteur étant à disposition des gardes chargés de contrôler les pêcheurs, je négocie la troisième et dernière embarcation pour aller taquiner dame crap dans le lac de Babina. J’affirme à Sylvain pouvoir me débrouiller seul pour maîtriser tant le Danube que les 15 chevaux du thermique et réussir à retrouver dans le labyrinthe de canaux tant le lac que le chemin du retour. Finalement c’est semblable aux conches de mon marais poitevin, sauf que là ça fait plus de 4000 km2. Marché conclu.

A l’issue du dîner le professeur Vedrasco nous montre sur son ordinateur quelques vidéos résumant toute une vie consacrée à la pisciculture d’esturgeons spatules et accessoirement de carpe.

Lundi 26. Après le petit déjeuner je sors les cannes du rod case et prépare les montages. Je prends un sandwich un peu de boisson, ma boite à pêche, le poncho au cas où, sans oublier 5 kg de bouillettes, on ne sait jamais ! Je ne suis pas sûr que Sylvain soit si rassuré que cela de me voir partir seul. Il me confie un téléphone portable au cas où, et me rappelle de bien rester du coté roumain du Danube. Quelques minutes plus tard je remonte le bras de Chilia. Pendant 5 km je longe notre berge avant de prendre le bras de Babina, puis à droite, à droite, à gauche, tout droit… Ou était-ce à droite à gauche… Y’a rien qui ressemble plus à un roseau qu’un autre roseau. Je reconnais une bute sur laquelle nous nous étions arrêtés la veille faire quelques photos, je suis donc sur le bon canal. Après une vingtaine de minutes de navigation, j’arrive à proximité du lac. Il est lisse comme un miroir. J’y entre le plus doucement possible et, bon présage, j’observe les dos de poissons fendre la surface. J’en compterai une centaine dans la journée. Sylvain avait raison : elles sont là et je vais être le premier à poser un plomb, un hameçon, une bouille à cet endroit. Mais où ? Par où commencer ? Je choisis un secteur de petites îles. En fait ce sont des roselières car il n’y a pas la moindre portion de terre où poser pied dans le coin. Le lac lui même n’est en fait délimité des canaux que par des roseaux qui baignent dans 1 mètre d’eau. Les poissons peuvent donc traverser ces roseaux pour passer des canaux aux lacs et inversement. Je suppose que l’été le lac est plus ou moins à sec et que seuls sont en eau les canaux.

Comme le faisait le docteur Sexe dans d’autres lieux, j’accroche mon batelet à une poignée de roseaux à droite. Je fais de même avec la dame de nage de gauche. Reste à positionner les cannes. Mes plus grands piquets s’avèrent trop courts pour être plantés à côté du bateau et émerger. Il va falloir mettre les cannes in board. Rapidement j’en arrive à devoir bricoler mon rod case en agrandissant les trous destinés à l’origine à recevoir la sangle de transport. La flamme du briquet chauffe la périphérie des trous afin que se fasse, en force, le passage des piques du plus petit diamètre. Ce dispositif me permet de placer deux cannes à babord, deux à tribord, en bordure des roseaux auxquels je suis attaché et en périphérie des petites roselières autour desquelles passent quelques dos. Je reste immobile jusqu’en début d’après midi. Seule une couleuvre à collier me rendra visite. Les grenouilles donnent de la voix. Quelques carpes, toutes des communes calibrées autour de 7 kg, passent à trois ou quatre mètres de moi, par deux, par trois. Rien à faire. Elles passent sur les bouilles sans y prêter le moindre intérêt. Je tente d’en décoller deux sur quatre sans plus de succès. Le fond est plus ou moins couvert d’algues filamenteuses m’incitant à changer de secteur, d’aller voir ailleurs si l’herbe est moins verte. Je retiens une grosse roselière en plein milieu du lac et m’accroche aux roseaux. Je dispose sur mon rod-pod-case deux cannes à une dizaine de mètres devant moi sur un fond qui s’avère propre (pas d’algues) puis une à gauche et une à droite de la roselière, au milieu des deux bras qui font communiquer les deux parties du lac ensemble. Je suis plutôt confiant observant beaucoup de mouvements de poissons, mais encore une fois rien n’y fera. En fin d’après midi je tente un troisième poste sur une partie où le fond semble avoir été nettoyé par les poissons. Sans plus de succès. J’aurai aimé rester un peu plus mais le ciel s’assombrissant et ne voulant pas rentrer dans le noir je décide de plier vers 19h30… De retour au lodge Philippe confirme l’arrivée de l’équipe vidéo à Sarulesti. Robert les accompagnera à Periprava demain en fin de matinée. Comme la veille le professeur anime la soirée en nous montrant sur son « calculator » un diaporama des poissons du Danube. Nous en profitons pour apprendre et essayer de retenir les noms des espèces que nous connaissons : carp (carpe), chalo (sandre), som (silure), stiuca (brochet), platica (brème), scrombri (alose), babouchka (gardon), morun (beluga), pastruga (autre espèce d’esturgeon)… plus quelques autres comme broska (grenouille), Stalinskaya (marque de vodka), multumesc (merci) !

Mardi 27 : Jean Guy (preneur de son) et Didier (caméraman) arrivent à Periprava en fin de matinée. Robert déjeune et repart dans la foulée. C’est aussi le départ pour le professeur qui retourne chez lui. Si une femelle est péchée il reviendra dans les 6 heures qui suivent.

L’après midi est consacrée à une visite du village de Periprava. Sylvain prend quelques contacts pour avoir les autorisations afin de pouvoir aller filmer la forêt de Letea le lendemain. En l’attente nous ferons un saut au bar du village après dîner. Stalinskaya ? Multumesc !

Mercredi 28 : nous visitons la forêt de Letea composée d’une alternance de forêts d’allures tropicales, aux sous bois littéralement tapissés de muguet, et de dunes de sable. L’origine du Delta remonte au pléistocène supérieur. Cette forêt était alors recouverte par la mer. On y voit une espèce de liane rare qui s’enroule aux branches et aux arbres… y’en a même qui auraient vu des tyrannosaures mais c’est plus probablement un possible effet secondaire de la Stalinskaya.

Jeudi 29 : Nous avons l’autorisation de la Biosphère pour aller observer dans une réserve naturelle, escortés d’un ornithologue, une des plus grandes colonie de pélicans. Ce sont entre 500 et 1000 oiseaux, encore en livrée nuptiale, qui seront filmés et photographiés. De même, et dans un autre registre, nous pourrons approcher un dortoir de cormorans. Nous visiterons ensuite les villages de Rosetti puis de Letea. A Rosetti la visite de l’école et un rapide cours d’histoire nous fait découvrir le vrai visage de Vlad Peres, plus connu sous le nom du compte Dracula. A Latea c’est une superbe maison bleue qui retiendra l’attention des photographes et cinéastes.

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Vendredi 30 : l’après midi est consacrée à la pêche. Philippe avait repéré un poste sur le Danube lundi dernier, à la jonction des bras Chilia et Stépovoi, propice à une pêche de bordure. Malgré un profil de fond prometteur nous nous y essayons sans y croire réellement, obligés de plomber à 240 gr et de pêcher dans une eau très boueuse. Nous rentrons en fin d’après midi par Babina.

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Samedi 1er mai : l’équipe de tournage rentre sur Sarulesti. Fête des travailleurs oblige, qui plus est dans un pays de l’Est, c’est relâche du coté des pêcheurs. Sylvain nous convie à la fête annuelle qui regroupe en bordure de la forêt de Letea les habitants de Periprava, Rosetti, Letea, dans un grand pique nique. De retour en fin d’après midi je ramasse avec Sylvain quelques vers pour tenter pendant un couple d’heures de piquer un som. Je traverse vers 17heures le bras de Cernovca, qui passant juste devant le lodge, et m’accroche aux branches de saules. Je rallonge mes bas de ligne enfile deux gros vers sur les plus gros hameçons de ma boite, et pousse les plombs de 240 grammes dans l’axe du bateau. Les scions pointent vers le ciel. Je n’attends pas bien longtemps avant que l’un d’eux trésaille, un peu comme les touches d’anguille de mon enfance. Je ferre et remonte un petit som marbré d’une quarantaine de centimètre. Le premier de ma vie. Je le décroche avant de lui rendre la sienne et d’escher deux nouveaux vers. Moins d’une demi heure après son frère jumeau se pique au jeu. J’ai une troisième touche et prends un poisson un peu plus gros que je garde au sac pour une photo souvenir, même si il est bien en dessous des canons du fleuve. Ici les silures sont, paraît-il, à la dimension des eaux. A l’écho nous avons pu observer quelques fosses dépassant les 20 m, ce qui reste encore bien en deçà des profondeurs maxi du bras de Chilia, le plus profond des trois, annoncées à 39 m !

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On ne devait rentrer que le lundi 3, néanmoins le minibus vient de Sarulesti pour récupérer deux autrichiens à Matita le Dimanche 2. Notre séjour sera écourté d’un jour pour faire d’une pierre deux coups. Dimanche matin nous tenterons encore quelques som au vers avec Philippe. Le matériel est plié en fin de matinée et nous voguons vers Nufaru. 3 heures de bateau et 4 heures de voiture plus tard nous sommes au bord du lac. Il doit être 21h30 environ et Robert nous attend. Nous mangeons du sandre sauce meunière, du sushi de sandre, et quelques œufs de pastruga sur des toasts…

Lundi nous tuons le temps en piquant quelques sandres depuis le ponton du logde. En discutant avec les guides nous apprenons que sur l’ensemble du lac les carpistes présents n’ont rien pris, ou presque, de la semaine.

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Mardi 4 en fin de matinée nous passons saluer Robert Raduta au club de tennis de Bucarest avant de rejoindre l’aéroport d’Otopeni. En enregistrant mes bagages la dame regardant mon rod case me demande :

- « you have weapons ?

- [décidément] No… Only rods… Fishing rods »

21h15 le Canadair se pose à Bordeaux. C’est bizarre je n’ai pas eu cette crainte de perdre mes cannes. Le sac au dos et le rod case à la main , le visage bronzé, le nez pelé, je marche d’un pas léger.

Une douanière française me demande :

- « Bonjour, vous arrivez d’où ?

- Du Delta du Danube.

- Vous avez quoi la dedans ? (montrant le rod case)

- Des cannes à pêche.

- Rien à d’autre à déclarer ?

- Non… »

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Merci Philippe.

Eric Deboutrois

Niort le 18 mai 2004


2月19日

Monté costaud Rocco

Epris de liberté et de grands espaces, je pêche souvent en déposant les montages en bateau. Dans ce contexte et sur des poissons sauvages mon approche matérielle vise l’efficacité bien sûr, mais aussi la simplicité. Une fois celles-ci trouvées je standardise, c’est à dire que dans la grande majorité des cas je n’utilise plus qu’un seul type de montage qui, au fil des réussites ou des déconvenues, évolue vers l’efficience. Attention simple ne veut pas dire simpliste et chaque élément du montage répond à des objectifs physiques ou éthiques.

 

Piques épiques…

Pour illustrer mes propos, je dirai qu’il ne faut pas la même force physique pour faire pénétrer un pieu ou une aiguille à coudre dans un champ de terre. La logique est identique avec les hameçons. Les petites tailles sont plus discrètes, et les sections fines piquent bien mieux. Néanmoins ce type d’hameçons est assez fragile et ne se prête pas aux eaux que je pratique, ni aux tailles de poissons que je recherche. Je suis donc un inconditionnel des modèles gros et fort de fer, plus proches de l’ancre ou de la pioche que de l’aiguille. A force de standardiser, je n’ai d’ailleurs plus qu’une référence d’hameçon, ou presque, dans ma boite à pêche : le Gamakastu 5275F n°2. Il me semble tellement polyvalent que je l’utilise, au risque de vous surprendre, aussi bien avec une flottante de 14mm équilibrée par le poids de l’hameçon, qu’avec une 20 équilibrée par une petite cendrée ou encore une 35mm à fond. En fonction des conditions, je passe aisément d’un diamètre de bouillette à un autre grâce à une variante personnelle du nœud sans nœud décrite dans un précédent numéro. A la condition sine qua none d’utiliser de la tresse, je peux modifier la longueur du cheveux, ou la distance libre entre la bouillette et la courbure de l’hameçon, pour laisser l’hameçon faire son office. Je peux de la même façon changer l’hameçon tout en conservant le bas de ligne. Autant dire que je n’ai pas de trousse à montage, ni toute une collection de bas de ligne montés qui bien souvent ne me serviraient à rien.

Juste deux doigts

Il y a évidemment bien d’autres modèles d’hameçons performants sur le marché, mais la forme épique des « Lagabbe à 4 sous » est celle qui me convient le mieux. D’abord la longue hampe fait systématiquement pivoter l’hameçon. Il suffit pour s’en convaincre de faire le « test du doigt », à savoir faire passer le bas de ligne sur l’index tendu, hameçon pendant dans le vide, puis de tirer doucement sur le bas de ligne. L’hameçon se retourne et pique le doigt 10 fois sur 10. A vrai dire je ne sais pas si ce test prouve vraiment grand chose, ce que je sais en revanche c’est que les carpes que je prends sont clavées à 100% comme je veux, on y reviendra. J’ai expérimenté par le passé les aligneurs de ligne et autres montages de l’espace avec gaine thermo rétractable du style Whity Pool et autres faux Bent Hook. Tous fonctionnent mais au final ne cherchent qu’à reproduire le comportement des longues hampes à œillet rentrant, en plus compliqué à réaliser.

Quant à la pointe droite, elle facilite le pré piquage puis la pénétration. Enfin la grande ouverture, à condition de ne pas descendre en dessous de la taille 2, permet de faire le tour de la lèvre inférieure et de ne pas décrocher. Ceux qui prétendent le contraire le font de toute bonne foi, mais ont du commette une ou plusieurs erreurs. La première est d’utiliser des trop petites tailles. Pour vous donner un ordre de grandeur, la taille minimale en dessous de laquelle je ne souhaite pas descendre, doit présenter une ouverture suffisante pour passer autour du petit doigt à la base de l’ongle. Faites ce deuxième test. Si tel est le cas, l’hameçon aura toutes les chances de s’ancrer profondément dans la lèvre inférieure. L’autre erreur, j’exclus le fait de ne pas plomber assez lourd car je vais y revenir, c’est paradoxalement d’être trop doux pendant le combat, et de le faire durer. Ca tombe bien, je suis souvent obligé de brider sévère, ce qui avec un corps de ligne en tresse optimise la pénétration. Je peux vous garantir qu’une fois piqués, ces hameçons ne s’ouvrent ni ne cèdent sous la pression, et je ne suis pas du genre à ne pas la mettre.

Pour les mêmes raisons de résistance, le bas de ligne est réalisé en gros diamètre. Adepte depuis plusieurs années de la Quick Silver en 45 lbs, une tresse Kevlar très technique, je fonde désormais beaucoup d’espoirs dans la toute nouvelle tresse « Invincible » de Prowess. Au delà de la résistance, mon objectif est d’avoir une rigidité, certes très relative, qui autorise néanmoins de dénouer l’hameçon afin de le changer dès que la pointe s’émousse, ou pour allonger le cheveux. Pour ce faire, la longueur du bas de ligne doit mesurer une petite vingtaine de centimètres. Moins il n’est pas possible de délover les spires autour de l’hameçon, plus la carpe a trop de liberté de mouvement avant que le bas de ligne se tende sur le plomb.

Piques épiques…et kilogramme

La plombée a connu trois évolutions majeures ces dernières années : l’avènement du montage bloqué, l’optimisation de la masse, et les montages de sécurité. Le plomb ogive ou cercueil a d’abord été « in line » c’est à dire traversé par le corps de ligne sur lequel il coulissait. On ne lui demandait rien d’autre à l’époque que d’alourdir cette ligne afin de pouvoir la lancer et en rivière de bien tenir sur le fond dans les pêches dites au poser. Puis l’idée a fait chemin de bloquer le plomb et d’en solliciter toute la masse afin de pré piquer l’hameçon. La logique veut donc que plus le lest est lourd et concentré, mieux l’hameçon se pré pique. L’inverse peut occasionner des fausses touches, dont probablement tout un lot à peine détectable. C’est pour cela qu’en moins de 10 ans les pêcheurs de carpes sont passés (enfin pas tous mais il n’est jamais trop tard) des montages coulissants équipés de plombs de 60 grammes, aux montages bloqués (également appelés montages de fuite) avec des plombs deux, trois, quatre fois plus lourds ! On comprend aussi pourquoi les cannes évoluent afin de pouvoir propulser, parfois très loin, des plombs de 150 grammes… et plus !

A la masse ?

L’augmentation des lests au delà de 200 grammes peut sembler exagérée pour le néophyte. Loin de les avoir fondus ou pétés, ceux qui utilisent ces gros plombs y voient d’autres avantages, souvent insoupçonnés. Philippe Lagabbe me racontait son expérience tentée au lac Raduta avec des plombs de 250 grammes. Sur 65 touches, aussi bien à courte qu’à plus longue distance (de 10 à 150 m du bord), il prend 65 poissons tous bien piqués derrière la lèvre inférieure. Au delà de ce taux de réussite qui ne m’étonne pas pour avoir le même, c’est le comportement des poissons qui est assez inhabituel en comparaison avec ce que nous avons l’habitude de vivre. Philippe poursuit en effet en disant que « le plus long départ n’a pas du faire plus de 8 m environ. Les poissons étaient comme scotchés sur place, nous étions deux à le vérifier avec Papy Trigga [comme si Philippe lui même surpris prenait à témoin Ken Townley pour accréditer ce comportement], ce qui permet de gagner de précieuses secondes quand on pêche très près d'un obstacle ». Philippe en avait également parlé à Steve Briggs et à Simon Crow présents sur le lac. Ils étaient fort intéressés par ce test reproduit maintes fois par la suite. La carpe est-elle momentanément ébaubie par cette masse subite qui pend au bout de ses lèvres ? Je ne sais pas, toujours est-il que pour favoriser la pénétration, ou plus exactement le pré-piquage de mes pioches, je les combine avec des grosses plombées, de 150 à 220g. Dans les endroits encombrés, et quelque soit la réaction des carpes, les clips plomb sont encore ce que j’avais trouvé de moins cher, de plus pratique et de plus sûr.

Le plomb Lagabbe

L’avènement des montages de fuite a en effet conduit à chercher et à développer des subterfuges techniques pour préserver la sécurité des poissons et ne pas perdre la ligne lorsque le plomb accroche au fond. On doit de mémoire à l’imagination fertile de Dominique Audigué le premier accroche plomb de sécurité. Ceux-ci ont ensuite évolué, déclinés désormais par toutes les marques en clips de plus en plus sophistiqués, toujours dans cette recherche du détail et de l’excellence. Les dernières vraies évolutions, parallèles, sont nées de la réflexion d’autres pêcheurs d’exceptions et ont pu être produites de façon industrielle grâce au relais de grandes marques. Je veux bien entendu parler du fameux plomb Mahin proposé par Star-Baits et du plus récent plomb Lagabbe distribué par Prowess. Philippe a expliqué son concept en 1998 dans un article intitulé « Carpe around the clock » (Média Carpe n°21). J’ai expérimenté en 2005-2006 la version commercialisée qui cumule tous les avantages que nous venons de passer en revue : auto ferrage optimum grâce à la forme du plomb montre relié au bas de ligne en son centre de gravité, sécurité du poisson préservée etc. Adepte des plombs montre ou assimilés pour une multitude de raisons liées encore une fois à mon mode de pêche et aux eaux que je pratique, rivière à débit parfois soutenu ou lacs pentus et rocailleux, je préfère assez logiquement le concept du plomb Lagabbe même s’il manque une cheville un peu comme sur le modèle Mahin. Jamais content papa ours… A la recherche d’un système facilement adaptable, j’écume les catalogues et dans celui de Fox, je tombe sur les convertisseurs d’émerillons in line. Ni une ni deux, je cours en acheter un paquet. Quelques coups de cutter et de pinces plus tard j’ai ma cheville. J’enfonce en force la partie plastique dans le plomb et positionne l’agrafe métallique qui maintient l’émerillon. Tip top… ou presque. L’agrafe sort un peu trop facilement à mon goût. Je vous l’avais dit : jamais content. Dans la version commercialisée (c’est à dire sans cheville et en respectant le schéma de montage indiqué au dos du blister) l’émerillon sort du plomb durant les combats les plus vifs et le nombre de plombs perdus est trop grand. C’est gênant dans la majorité des cas même si dans d’autres ce peut être très intéressant. Ceci dit ma cheville telle qu’elle ne tiendrait pas beaucoup mieux… Une nuit plus tard, au petit matin propice à l’éruption des bonnes idées qui veut que la nuit porte conseil, j’en suis toujours à chercher comment résoudre ce problème. De fil en aiguille je pense pêche, à mon ami Patrick Bauwens qui est pour une semaine quelque part en France, en lac ou en rivière, à son système de bouchon de liège percé d’une cheville pour pêcher la berge d’en face… Et là c’est le déclic : s’il suffisait comme sur son système de plier un peu la tige métallique pour qu’elle force plus pour sortir. Je saute du lit et deux minutes plus tard je tiens enfin mon proto de cheville. Il ne me reste plus qu’à l’éprouver en action de pêche. La prochaine sortie est prévue dans l’Oise avec quelques amis.

L’heure de vérité

Les dés sont jetés, ou plutôt comme d’hab’ déposés en bateau. Comme pour forcer le destin je parie à qui veut bien l’entendre, que demain matin entre 8 et 10 h j’aurai un départ sur la canne bleue (couleur de la led en fait), et que je prendrai une commune de 24,8. Ne me demandez pas pourquoi ce chiffre, une vision… Pour la canne bleue c’est fastoche, c’est très souvent celle qui ouvre le bal. Je m’incline au passage devant Philippe qui affiche une statistique impressionnante : 100% de ses premiers départs ont lieu sur la bleue. Faut dire qu’il n’a que des bleues… Roulement de tambours.

Paradoxe pour un sommeil de plomb, le proto de 150g ne dort que d’un œil au fond du lit. Huit heures. Réaction matinale : le réveil de mes sens est sonné par cette montre remontée à bloc lors de la fuite éperdue d’une carpe qui transforme d’un coup mon petit bout de métal mou en lingot d’or. Je sors ébaubi aussi (même si j’étais seul) du biwi. Je bande la canne qui reste de marbre. Le son s’arrête et plus rien ne bouge. Le temps est comme stoppé net. La carpe a appuyé sur pause, calée dans un des herbiers omniprésents. Il n’y a pas d’autre solution que d’aller la chercher en bateau. A sa verticale, le nœud de tête de ligne rentre dans le moulinet avant que, déformation professionnelle, je commence à pomper. Une touffe verte suivie d’une longue robe de pépites apparaît dans l’eau cristalline. Fiona c’est toi? L’alchimie s’est bien produite et mon vœux réalisé puisqu’à l’issue du combat je récupère non seulement une belle commune, mais également mon proto de plomb. La cheville a bougé d’un petit millimètre présageant bien qu’elle pouvait libérer le plomb en cas de nécessité. Premier essai transformé.

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Tirer sur l’élastique

J’ai récidivé depuis avec des plombs encore plus lourd (220g). Lorsque ça bip c’est à coup sûr qu’il y a du monde au bout du fil. C’est propre, et ça occupe les longues soirées d’hiver. Un peu trop en fait. Je remplace désormais la cheville, trop laborieuse à produire artisanalement, par de petits élastiques utilisés en coiffure. Le bas de ligne est relié à l’émerillon fourni avec les plombs. L’élastique est noué à l’émerillon du côté bas de ligne (photo n°1) par un nœud tête d’alouette (on passe l’élastique dans la boucle de l’émerillon, puis on le repasse dans l’élastique). L’élastique est ensuite passé dans le trou central du plomb pour venir y bloquer l’émerillon (photo n°2), puis passé autour de l’excroissance du plomb que l’on coiffe d’un manchon conique (photo n°3). Il est important de bien tendre la tête de ligne pour que l’émerillon se place légèrement en biais dans la lumière du plomb. On a ainsi un montage simple à réaliser : un émerillon, un plomb, un connecteur, un élastique. En tirant un peu sur l’élastique on pourrait même avoir un effet « recoil rig »…

 

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Au fait : la commune de l’Oise faisait un peu plus de 24,8, pas loin de 26 même. La prochaine fois je préciserai juste à mon Troll que je parle en kilogrammes, pas en livres !

Chapitre VII : l' hiver est rude

Prolongeant la nuit, le soleil s’éternise dans une grasse matinée. L’eau du café fume, me rappelant celle du Keempish Kanal mi-décembre. Le cercle rouge, signal d’une vie pourtant déjà bien ralentie, a mille peines à monter sur l’horizon. Comme tous les jours depuis plusieurs semaines maintenant, il restera si bas que ses rayons ne caresseront que furtivement la terre. Les températures et l’activité des carpes s’en ressentent fortement à la baisse, décidant bon nombre de pêcheurs à raccrocher le fourreau. Pourtant, prendre une carpe en hiver reste un challenge abordable. Relevons le ensemble.

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Etre de glace

Le premier écueil qu’il faudra surmonter, pour pouvoir se concentrer sur une pêche qui ne souffre plus que jamais l’à peu près, sera celui des températures. Lorsqu’elles passeront en dessous des dix degrés, frôleront le zéro ou deviendront carrément négatives, le froid risquera fort de vous saisir. Transis, vous ne penserez alors plus qu’à une chose, plier les gaules et au plus vite ! Contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce n’est pas dans un duvet –25° que je conseillerai d’investir en priorité, partant du principe qu’il faudra bien en sortir pour sonder, escher, retendre lorsqu’une brème aura décidé de se piquer, et ce forcément vers deux heures du matin. Personnellement j’ai fait le choix d’un duvet basique, dont la température de confort est donnée pour + 6° sans jamais avoir eu à m’en plaindre. Si de plus je vous disais que je ne le ferme même pas, y compris lorsqu’il gèle dans le parapluie, vous me répondriez comprendre pourquoi j’ai le citron givré ! Et oui, même en hiver j’ai un faible pour mon parapluie tente… Maso ? Pas vraiment. Pour aimer cette pêche il faut juste avoir un petit côté papa ours. Quel plaisir d’être, un 23 décembre ou un 2 janvier, sur un étang ou un lac qui s’abandonne à vous seul. Etre tout simplement. Alors tant mieux si le soir le gel m’habite, s’il faut changer d’oripeaux et se transformer en esquimau.

 

Un peu de tenue

Afin d’être bien au chaud je mise beaucoup, pour ne pas écrire tout, sur la tenue vestimentaire. Je vous épargne le string léopard suffisant pour y cacher l’oiseau réduit par l’hiver Jivaro, et l’indispensable T shirt Camou (à seulement 14 euros quatre vingt dix neuf) constituant la première couche, pour passer directement à la seconde, caleçon long polaire et sous pull assorti. Par dessus j’enfile un second pull polaire avant de terminer par une combinaison respirante (Gore-tex ou tout autre textile technique). L’achat d’une bonne combinaison associé à celui d’un duvet début de gamme, ne revient pas plus cher que l’inverse. En revanche cela vous évite l’inéluctable transpiration, cause principale de la sensation de froid et d’inconfort, y compris dans le duvet. L’été venu ou en demi-saison, vous vous passerez facilement de la combinaison et votre petit duvet sera amplement suffisant, à moins que vous ne préfériez faire l’inverse. A l’achat des vêtements, notamment de la combinaison, prévoyez assez large dans les tailles en pensant à ces différentes couches. Vous conserverez ainsi l’aisance suffisante tout en bénéficiant de la propriété isolante de l’air emprisonné entre les différentes épaisseurs. Enfin, investir dans une combinaison de qualité c’est logiquement investir à long terme or lorsqu’il vieillit, passant du brun au blanc, papa ours n’a pas forcément tendance à maigrir. Il ne reste plus alors qu’à protéger les trois parties du corps à tort  trop souvent négligées : pieds, mains et tête, alouette.

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Un chausseur sachant chausser

Pour les pieds, en contact direct avec le froid du sol, il n’y avait rien de tel qu’une bonne grosse paire de chaussettes en laine, à choisir au rayon chasse, jusqu’à l’apparition des chaussettes Gore-tex. Quant aux chaussures, après avoir été un fervent adepte de grosses bottes style après ski, j’ai finalement opté pour des chaussures de randonnée. En Gore-tex aussi, elles restent dans une gamme de prix tout à fait abordable, pour peu qu’on patiente jusqu’aux soldes de janvier, ce qui est aussi valable pour les autres articles d’hiver. Légères, chaudes, imperméables et confortables, elles évitent également la sudation, ce qui n’est pas le cas des bottes en général. Vous conserverez ainsi, comme l’archiduchesse, vos chaussettes sèches et archi-sèches. Une paire de gants, voire de fins sous-gants, un bonnet et une cagoule polaire complètent l’équipement. J’ai adopté la cagoule canadienne bien avant Michael Young. Elle me sert en fait de cache col, tandis que comme tous les bons élèves de ma région je coiffe le traditionnel bonnet du Poitou, sachant que c’est par la tête que nous perdons l’essentiel de notre chaleur corporelle. Pas de biwy, ni de winter skin ou autre extrême canapé, pas de chauffage et encore moins de télé… juste un parapluie tente, été comme hiver. Quoique au sujet du chauffage, il m’arrive, je l’avoue, d’allumer un cierge à St Pierre. Si au clair de la lune mon ami Pierrot fait souvent la sourde oreille pour m’accorder une touche, la chandelle permet au moins de gagner un degré ou deux dans la caverne de l’ours.

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Qu’est-ce qu’on mange ?

Avant de passer à la technique pure, terminons en avec l’aspect logistique. Notre corps consomme pas mal de calories pour se maintenir à une température constante, aussi faut-il l’alimenter en conséquence. On pourrait penser que l’on boit moins en hivers. Il faut pourtant compter 2 litres d’eau par 24 heures de pêche afin de boire chaud le plus souvent possible, soit un quart de soupe soit un café. Pour ne pas en manquer et m’alléger je bois l’eau du lac. J’ai définitivement adopté la pompe filtrante de marque Catadyne et n’emporte plus de bouteille. Pour le repas du midi et du soir, j’essaie de prendre systématiquement un plat chaud, sous forme de barquettes à faire mijoter directement sur le réchaud. Ces préparations m’évitent de trimbaler au bord de l’eau d’autre batterie que mes cannes, et surtout la corvée de vaisselle. Les pâtes asiatiques sont aussi d’excellents plats de saison, peu encombrants, légers, pas chers, faciles à conserver et à préparer puisqu’il suffit de verser les nouilles dans de l’eau chaude. Pour cela rappelez-vous simplement que le gaz (ou plus généralement le mélange de gaz butane propane) se liquéfie un peu en deçà de –5°, donc que votre réchaud ne fonctionnera théoriquement plus à des températures inférieures. J’ai longtemps utilisé ce type de matériel, que je trouvais fort pratique et écologiquement propre, jusqu’à ce que je sois pris à défaut. Tentant parfois les carpes dans des régions moins clémentes, le réchaud Colman, carburant à l’essence C, reste à ce jour le seul instrument adapté. Nourri, blanchi logé, il ne nous reste plus qu’à penser pêche.

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Pêcher en hiver et contre tout

Pancha, un ami espagnol qui pêchait beaucoup avant contre les moulins, me disait à juste titre que les carpes n’étaient pas des animaux comme nous, comme lui, à sang chaud. En clair cela signifie que la température de leur corps varie avec celle de l’eau. Elles sont donc à cette période dans un état métabolique ralenti, avec des besoins en nourriture faibles. Au pire cela nous donne une excuse supplémentaire avec celle du vent du Nord où rien ne mord et celle de l’eau trop mouillée, pour justifier les capots. C’est un peu moins vrai si vous pêchez en rivière. Les poissons doivent s’y nourrir de façon plus continuelle pour compenser l’énergie dépensée à lutter contre les courants, généralement plus forts qu’à la belle saison. En tout état de cause, si en hiver une carpe peut rester bouche close pendant plusieurs jours, il lui arrive aussi fort heureusement pour nous, de s’alimenter. Ces périodes sont courtes et il ne faudra pas s’attendre à des départs en série. La pêche en hiver c’est souvent binaire : 0 ou 1. Certains auteurs prétendent que les grosses carpes se nourrissent un peu plus que les autres, peut-être à cause de besoins métaboliques supérieurs, laissant espérer de lourdes captures. La loi des statistiques s’appliquant aux grandes séries (au-delà d’une trentaine d’échantillons je crois) je n’ai pas assez de 20 + à mon actif, en hiver je veux dire, pour valider ou amender cette théorie. Cela dit, y croire aide à garder le moral au beau fixe et ce n’est déjà pas si mal.

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Carte d’or

En été ou en automne le poisson bouge beaucoup et par conséquent une bouillette, au pire mal placée, finira tôt ou tard par être trouvée. Plutôt tard que tôt d’ailleurs. Il en est tout autrement en hiver. Les poissons sont très souvent concentrés au même endroit et comme ils ne bougent que peu, il faut leur présenter l’appât sous le nez. La règle d’or s’applique donc plus que jamais: trouver où sont les carpes et pêcher dessus. « Où ? » Me direz-vous. Les postes productifs en automne le sont généralement encore en hiver : arbres morts immergés, fosses. A contrario il se peut que les bons postes soient ceux dits de printemps, c’est à dire d’une profondeur d’1,5m ou moins, tels les hauts-fonds, bordures de plateaux (juste avant le cassant), plages, pentes douces et rives ensoleillées aux heures les plus chaudes. Dans le doute, et le peu de touches vous y plongera forcément à moins de pratiquer sur un terrain de jeu parfaitement connu, l’idéal est de choisir un emplacement permettant d’exploiter des postes différents. Enfin si par chance vous apercevez une carpe marsouiner, n’hésitez surtout pas à lancer dessus. Si c’est un orque laissez tomber, l’eau est trop froide.

Bonhomme de neige

Pour leurrer ces poissons tatillons et engourdis, dans des eaux souvent très claires, il est conseillé d’affiner les montages. La première solution préconisée est de pêcher léger et sensible, c’est à dire de tenter un montage coulissant associé à un écureuil ou un swinger peu plombé, et de ferrer à la moindre touche. J’avoue que cela reste très théorique et pas très pratique, sauf peut-être au quiver-tip. D’autres auteurs recommandent d’allonger les bas de ligne (45 cm) ou encore de les raccourcir au maximum (15 à 10 cm), pour transformer la moindre touche timide en prise. Je penche totalement pour la seconde variante, associée quelle que soit la saison d’ailleurs, à un plomb lourd (160g) et un bas de ligne plutôt rigide ou combiné (tresse gainée). Je ressors parfois le fluorocarbone si les fonds sont propres, les eaux très claires et les poissons de taille moyenne. Ma plus grosse concession est de ranger les gros hameçons pour leur préférer des tailles plus petites, des fers plus fins donc plus légers et piquants, quitte à devoir les changer régulièrement. Coté bouillettes, certains préconisent d’utiliser de gros diamètres afin d’augmenter la surface d’échange donc de diffusion ou de proposer aux carpes en maraude une plus grosse bouchée. D’autres encore ne jurent que par les mini arguant le peu d’appétit des carpes. La logique se tient dans un cas comme dans l’autre, mais je ne crois pas que là soit l’essentiel puisque les deux extrêmes prennent du poisson. Il est hors de question que le doute, terrible guerrier, m’assaille pour une question de millimètre en plus ou en moins. J’ai donc choisi de rester dans des diamètres très classiques, de 14 à 20 mm, suivant mon humeur et celle des poissons blancs, de l’activité des écrevisses qui ne font pas toujours la trêve des confiseurs. A l’hameçon, c’est de saison, ce sont souvent des bonhommes de neige qui seront eschés. Les flottantes décollées de deux ou trois centimètres, boostées et voyantes prédisent les meilleurs augures. J’ajoute souvent un soluble de 2 ou 3 bouillettes coupées en deux ou un sac soluble de quelques bouillettes fraîches écrasées ou de farine.

Vanille ou fraise ?

Pour faire mouche les adeptes de St Pierre qui roulent, peuvent donc, que dis-je, doivent conserver leurs recettes fétiches. Raison de plus si les poissons les connaissent déjà. Croyant et pratiquant une eau connue proche de chez vous, il est parfaitement possible de continuer à amorcer les meilleures zones, en petite quantité et régulièrement. Lors de notre sortie en Flandres avec Fred, à l’occasion du 11eme meeting du VBK, nous avons pris à la mi-décembre 2003, une douzaine de carpes sur une petite journée. Pourtant nous n’avons pêché que de jour, à deux cannes chacun, dans une eau à 6°. Pour être tout à fait honnête, il faut dire que notre poste avait été pré amorcé, sur une zone de tenue (un arbre immergé en l’occurrence) par notre ami Patrick Bauwens, régional de l’étape… CQFD. Si à contrario il s’agit plus de leurrer les poissons que de les accoutumer, c’est le moment d’utiliser des artifices comme les arômes forts et puissants (indifféremment fruits, épices, fromage...) et/ou les huiles essentielles (poivre noir, ail, géranium...). Les dosages des bouillettes d’eschage peuvent être doublés voire complétés par un nappage. Les additifs sur base alcool, diacétine (scopex et crème d’érable) ou ester seront rapidement décelés en eau froide du fait de leur meilleure solubilité, mais à contrario resteront moins longtemps attractifs. Ce sera peut-être le petit plus qui décidera les poissons.

Pour conclure comptez plus sur votre propre motivation et sur une bonne localisation que sur l’esche miracle. Mal placée, aucune alchimie ne viendra à votre secours, à moins d’un cadeau du Père Noël… c’est tout le mal que je vous souhaite !

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2月18日

Chapitre VI : Octobre rouge

Pour x raisons j’ai choisi un lac proche plutôt que le Lot pour cette première session automnale. D’après Fred le Lot est sur "Off", les fédéraux sur "On". Fred part en Espagne rejoindre l’expédition Média sur Orellana. Je n’ai plus d’échosondeur, pas eu le temps matériel de bien préparer cette session… Manu est partant pour me rejoindre... on jouera en local.

Samedi 11 octobre, j’arrive limite amont du secteur de nuit, vers 11 heures. Le lac est bas. Il lui manque entre 1,5 et 2 mètres environ. Aucun signe de biwi perceptible aux jumelles jusqu’au virage et à la baie. Je reprends la route et pousse jusqu’à un petit chemin menant à la baie. Il y a une tente et trois batteries rive droite. Personne rive gauche jusqu’aux falaises. Je descends le Tabur de la galerie, tel Obélix avec un menhir, avant d’aller aux nouvelles berge d’en face. Un des pêcheurs s’avère être un ancien du CCGN. Christophe et ses potes n’ont fait qu’une brème depuis la veille.

Je décide de m’installer à l’entrée de la baie. Deux cannes pêcheront la berge d’en face. La troisième sera aussi à l’entrée de la baie mais à mes pieds, la dernière à droite dans le lit. De la sorte j’espère toucher soit du poisson de passage dans le lit, soit du poisson qui rentrerait pour une raison ou une autre dans la baie. Aléa jacta est, les dés sont tous jetés vers 15 heures. Quatre flottantes, avec un soluble de Frolic chacune, attendent.

Dimanche 12, 2h30 du mat, le détecteur de la canne posé dans 3,5 m berge d’en face s’emballe. La fermeture éclair de mon duvet, vieux comme mes robes, rend l’âme. J’ai le choix entre faire la chenille ou la course en sac… j’opte pour la première sur un mètre avant de partir en chaussette. A raison d’1m et des brouettes par tour de manivelle le big treuil un poisson de 5 ou 6 kg qui, après un court passage dans l’épuisette, rejoint son élément. 7h30 je me réveille. La beauté du lever du jour me pousse à faire un peu de bracketing avant d’envoyer un SMS à Manu.

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13 heures. Les cannes sont à nouveau tendues. Deux à l’entrée de la baie où j’ai eu le départ cette nuit, les deux autres dans la baie. 18 heures, j’ai le lac pour moi tout seul. Quelques gouttes dessinent des ronds sur une mer d’huile. Nuit à sardines ou à thons ? Les averses ne cessent que peu dans la nuit lorsqu’à 2h30 sonnante, pil poil comme la nuit précédente, je suis réveillé par une p…. d’envie d’uriner. What else... rien.

Lundi 13, 9h. Tout est plié à l’abri sous le parapluie. Je pars sonder 300 à 400 m de linéaire en aval. Je vais finalement m’installer rive droite, une centaine de mètres en aval d’où j’étais. Je compte continuer à pêcher à deux cannes le bas de la marche rive gauche et idem berge droite. 13h les 4 montages pêchent.

Mardi 14 au matin : rien. SMS à Manu qui m’indique plutôt vouloir pêcher le dernier virage avant le barrage. Soit. Manu devant me rejoindre vers 14h et ayant son échosondeur, je plie pour être vers midi au virage. Je sonde et délimite le lit qui passe à l’amont du virage de la rive gauche vers le rive droite. Manu arrive vers 16 heures et s’installe à ma droite. Il place sa canne de droite au tombant du lit, deux cannes sur le plateau d’en face et la quatrième sur le tombant du lit coté rive droite de mémoire. Les cannes tendues, nous discutons de tout de rien. On s’accorde pour s’estimer heureux si on fait un poisson chacun. 22 heures Manu fait une petite miroir de 5/6 kg sur sa canne de gauche… c’est déjà ça.

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Le reste de la nuit est calme. Mercredi vers 16 heures Manu loupe un départ sur sa canne de droite. Les carpes semblant s' alimenter à la limite du tombant, et non pas au bas de la marche, je re positionne mes montages de part et d’autre du lit. Je garde tout de même une canne en bas de la cassure berge d’en face. Je sais pas pourquoi mais je la sens celle là.

La nuit de mercredi à jeudi est des plus calmes. J’hésite à bouger pour les deux dernières nuits. Je trouve complètement à gauche une sorte de haut fond qui me permet de pêcher du même endroit une zone différente. Manu pousse ses reconnaissances plus à droite pour mettre une canne dans le tombant du lit rive droite et une autre rive gauche au pied de la falaise.

Jeudi 16 à 2h15 Manu a une touche à revenir sur la même canne que la veille. Même résultat : nada. Moins d’un quart d’heure plus tard c’est la canne immédiatement en amont qui démarre. Ce coup ci le poisson est bel et bien ferré et j’épuise pour Manu. C’est une belle miroir, bien proportionnée qui affichera 15 kg au peson.

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Vendredi 17. Après une série de photos au petit matin, nous envisageons un décalage stratégique vers l’amont, avant l’arrivée supposée des pêcheurs du week-end.

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Manu pêchera le même poste mais en déplaçant son campement d’une centaine de mètres. Je prends ce coup ci sa droite en m’installant sur un plat de quelques mètres carré dans la falaise de schiste.

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Je pêche 3 cannes sur le tombant du plateau d’en face, la quatrième sur le tombant de mon coté. A peine tendu Manu fait en début d’après midi une petite commune. En fin d'après-midi deux Zod remontent vers l’aval pour s’installer un peu plus loin. Manu tente un bonjour, en vain.

Samedi 18, nous plions les gaules. Je m’arrête discuter avec les deux gars montés la veille en Zod. Rapidement le courant passe. On discute de chose et d’autres, puis l’un deux me reconnaît « t’écris pas dans Média ?… ». Bref, ils reviennent d’Orient (où ils se sont fait chopés hors secteur par les fédéraux), ont pêché St Cassien (lors de la tempête de décembre 99), le Salagou et sont attirés par Biscarosse ainsi que par le Lot… on se demande bien pourquoi. On discute longuement de choses globalement assez banales, du lac et des bruits les plus fous qui parlent de plusieurs poissons de plus de 20 ici. En fait le nombre de prises est sûrement bon mais c'est régulièrement le même poisson repris entre 20 et 22.

Bon Manu, prochaine target : une 20 plus ?

Eric Deboutrois

Niort le 19 octobre 2003

Chapitre V : Eté 2003

Mardi 8 juillet 2003, 18 heures, pont de la Madeleine. Le caRpitaine traversera le Lot, céans. Dans quelques instants je serai à bon port et y retrouverai mon Tabur, rapatrié par Patric. Abandonné par St Christophe, patron des voyageurs qui avait porté l’enfant Jésus sur ses épaules pour traverser une rivière dont j’ai oublié le nom, et par l’abbé X qui avait porté le Tabur sur sa galerie pour traverser le Tarn, j’avais fait naufrage lors de ma dernière session, un certain 14 juin… de culasse.

JeePix et Anthony doivent me rejoindre au pont. Comme ils sont pas là, ce soir j’attends à la Madeleine… j’ai apporté des bonbons. Ils arrivent vers 20 heures, après six de route. Nous nous installons dans la partie aval d’une chaussée, à la recherche d’une eau plus oxygénée, pensant que les carpes en auront fait autant en cette période de forte chaleur. Je choisi la rive droite, celle la plus soumise au courant dévalant de la chaussée. JeePix et Anthony optent pour un poste une centaine de mètres plus bas, rive gauche. Vers 22 heures, après un rapide sondage, tous mes montages sont en place. Ils le resteront en fait jusqu’au lendemain, à peine dérangés en début de nuit, l’un par un barbeau, l’autre par un cabot.

Je passe une petite partie du mercredi à repérer les postes à proximité, ce que je n’avais pas pu faire la veille. Les plus beaux, du moins ceux qu’à priori je considère comme tels, sont à quelques centaines de mètres plus en aval. Au milieu du lit, un superbe haut fond préfigure ce qui sera plus bas une île. Ces 80 cm d’eau sont bordés, de part et d’autre, de quelques embâcles qui s’accrochent à la cassure. Deux îlots résistent au temps, sinon plus. Ca sent le spot à plein nez ici… mais à l’aval de la chaussée aussi ; il n’est pas possible que les poissons n’y passent pas à un moment où un autre. J’y tente une seconde nuit en rapprochant très près de la berge, et des racines nues, l’appât le plus aval et celui le plus amont. Les bips isolés se succèdent dans la nuit, au rythme du courant qui varie et des herbes qu’il charrie. Je les entends ces bips mais au cinquantième je ne réagis plus. A force de crier au loup…Vers 3 heures du mat’ un nième bip, suivi d’un, puis de deux autres me tirent d’un sommeil en dents de scie. J’ouvre un œil et émerge difficilement du tas ce sciure : c’est la canne tendue tout en bordure, vers l’amont, qui bipe. Damned si l’écureuil est en haut… c’est qu’il y a poisson ! Je prends contact. Je sens le poisson mais aussi cette désagréable sensation du fil qui frotte. Tanké ! Me voilà reparti à faire du bois… Remontant en bateau à l’aplomb de l’obstacle, je plonge la moitié de la canne dans l’eau jusqu’à ce que l’anneau de scion passe le leadcore et finisse par butter sur le plomb. A l’autre bout de la ligne il n’y a plus rien, même pas de friture…A l’eau ? J’y pense un instant, mais en tirant à pleine main sur le 36/100 je finis par récupérer l’hameçon. Arrrgh (cri d’Hulk J ) je suis tout vert ! L’hameçon aussi. J’en remonte donc un autre et retends même place, frein bloqué ce coup ci.

Jeudi 10 heures du matin. JP et Anthony me tirent des bras de Morphée. Ils m’annoncent qu’ils plient. Quoi ? 600 km pour deux nuits ? En fait Anthony doit être de retour en Isère samedi en début d’après midi. Il n’ont pas eu un bip, aussi quitte à changer de poste pour les deux nuits restantes, ils se rapprocheront d’une centaine de kilomètres vers l’est en jetant leur dévolu sur Cabanac. Je resterai donc seul. Je n’ai pas envie de bouger car je connais désormais une canne qui, elle, à des velléités de départ.

Vers 16 heures je retends les 4 montages, à l’identique. Les freins sont bloqués, le bed est disposé à proximité immédiate des deux cannes aval pour que je puisse ferrer avant même de me lever. Motivé ! 21 heures, je suis au cul des cannes assis sur le bed, les yeux rivés sur les scions… J’y crois tellement que je me surprends même à saisir une canne avant d’avoir eu le moindre bip. Il y en a une autre qui est surprise : une miroir roule à la surface avant de comprendre quoi que ce soit. A première vue je l’estime à moins de 10 kilos. Elle replonge aussi sec, si j’ose dire, et essaie de dévaler un peu. Vu que je n’ai que 6 ou 7 m de fil de sorti, elle arrive tout au plus à faire des 8 à mes pieds. La courbure de la canne, dessinée par la pression que nous exerçons chacun de notre côté, me laisse vite perplexe sur la première estimation. 16, 24, 32… le nombre de huit se multiplie. Je connais mes tables : à 68 il est moins une que, d’un coup de queue, elle n’échappe au triangle béant qui lui fait face. D’un dernier coup de rein, je redresse la canne et pousse sur l’épuisette. Je suis aux anges. Un vieux poisson, presque cuir, court et ventru (le premier qui dit comme moi J) repose au fond de l’épuisette. 15, 16, 17 ? Le peson annoncera 16.5. Si le kilo mesure assez bien la chance, c’est assurément une unité trop petite pour mesurer l’immensité de ma félicité. A peine ai-je mis la belle au sac, que Patric et Anne-Sophie me rejoignent. Un bonheur n’arrive jamais seul et la grâce aura lieu plus tôt que prévu, juste après la photo.

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Une nouvelle nuit s’offre à moi. Un trop plein de confiance berce mon insomnie. J’assiste à un lever de lune puis, dans un sursaut, je retrouve à chaque fin d’éclipse cette boule blanche qui semble avoir roulé un peu plus loin sur la ligne de crête… Elle finit par disparaître pour laisser place à un nouveau jour, sans autre départ.

Vendredi en début d’après midi je dépose en bateau une flottante à proximité de la berge d’en face. La veille j’avais aperçu un saut, l’unique d’ailleurs, dans cette zone. Pas besoin d’écho pour comprendre pourquoi : un arbre mort affleure la surface, au milieu de nul part. Dans 2.50m et à une centaine de mètres d’une de mes cannes dressée vers le ciel, repose un plomb de 240g. Il n’y a logiquement pas de dérive à craindre, le courant passe sous la bannière, à mes pieds. Je ne risque pas grand chose non plus à chercher un autre spot, puisque depuis 3 nuits une seule canne semble bien placée.

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En fin d’après midi un bruissement, à moins d’un mètre de moi, attire mon attention. J’aperçois une silhouette caractéristique qui me fait l’effet de l’air conditionné : gorge serrée et froid dans le dos. Un serpent s’éloigne de sa cache. Il m’a tenu compagnie depuis trois nuits sous une souche attenante à mon bed, mais n’en supportera pas à priori une de plus. Je repense à la mésaventure similaire arrivée à Karl. Je n’ai pas pour autant envie de laisser le poste : un départ par nuit, si l’on excepte la première, c’est presque inespéré en repensant à un pote Hollandais qui la semaine précédente, bien plus en aval, a fait une semaine capot.

Samedi. Patric me réveille à 7 heures. Il va aller pêcher l’écrevisse dans la journée et on se retrouvera vers 18 heures, pour pêcher ensemble les deux dernières nuits qu’il me reste. On s’accorde pour une partie de rivière un peu plus en aval, celle repérée mercredi. Je plie et range tout dans le Tabur, traverse le Lot pour rejoindre la voiture. Tout est chargé vers 10 heures, sauf le Tabur et ce pour deux raisons. La première c’est que seul je ne peux pas le remonter à travers le chemin, la seconde c’est que les barres de toit de 21 sont moins larges que celle de la BX et une modification s’impose. Si ça allait pour faire quelques kilomètres je ne pourrai pas rentrer sur Niort comme cela. Quelques minutes plus tard je suis chez Patric. Il n’y a pas un chat, à part la petite « Wildy Two ». Après une douche j’attaque une adaptation des barres de la BX sur les supports de la 21. Midi. J’ai une soudaine envie de cheese-burger. J’avale d’abord la route qui me sépare de Figeac et après un tour au Mac Do, je file faire le plein de gasoil, d’eau minérale et en profite pour acheter la carte IGN série bleu du coin. Je passe le reste de l’après midi à faire la sieste à côté du Tabur, en attendant le retour de Patric. Comme convenu, en fin de soirée nous partons à la recherche de deux postes proches. Nous nous installons en fait sur un seul et même poste. Patric exploitera notre berge, amont et aval, pour ma part je minerai le haut fond en milieu de rivière (d’où l’expression « mineur de haut fond »). A peine posée, une brème m’oblige à retendre, en bateau, la canne de gauche. De retour sur la berge Patric me raconte quelque chose que je n’aurais pas imaginé, mais que j’ai pu revoir, et même filmer le lendemain. Un ragondin, à moins de 3 m de nous, est monté sur un tronc puis sur une branche de 4 ou 5 m de long surplombant la rivière. Il est allé jusqu’au bout… et a plongé ! Promis on n’avait pas fumé le chaud chichon, ni Pat, ni moi… le ragondin peut être…

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5 heures du mat la canne la plus à gauche (la plus prés de l’île) démarre. Pour éviter les embâcles entre moi et le poisson, un combat en bateau s’impose. J’y vais seul et ramène sans trop d’encombre une miroir d’une dizaine de kilo. J’ouvre le tapis pour la montrer à Patric avant de la rendre à son élément. 7 heures, nouveau départ, retour devrais-je dire, sur la canne suivante. Souché. Je pars en bateau mais ne sens plus le poisson, même à sa verticale. En plongeant le scion dans l’eau j’arrive à récupérer le montage. 8 heures départ sans suite sur la troisième canne… Patric n’a pas eu une seule tape en bordure. Le poisson semblant venir de l’île pour remonter vers la pointe amont du haut fond, nous retendons tous les montages, à l’identique, à l’exception de ma quatrième canne décalée un peu plus en aval.

Lundi 8 heures : retour sur une de mes cannes. Je pars en bateau mais le poisson est encore souché. Je ne sens rien, décroche le corps de ligne d’une, deux, trois banches pour au final sortir… un cabot ! Je décide, en cas d’un hypothétique autre départ, de revoir la stratégie et de pomper au maximum pour essayer de garder le poisson en surface. 9 heures nouveau départ, vers le largue ce coup ci. Je pompe, pompe, et pompe encore… pas assez lourd, ce n’est manifestement pas une carpe. Un second cabot revient, en surf, vers la berge. Ce sera le dernier de la session. Je suis à ce moment là à peu près sûr que la veille c’étaient aussi des départs de chevesnes. Enfin on ne le saura jamais. C’est la Fête Nat et il faut se défiler, demain y’a bou..lot.

Eric Deboutrois

Niort le 18/07/03

2月17日

Chapitre IV : la der de ses sessions

Samedi 7 juin 2003, 8h15, je suis chez Manu. La BX consomme toujours un peu d’eau aussi ouvre-t-elle la route vers le Tarn, suivi comme une ombre par une forte escorte. Patrick déjà en action, nous attend à St Nicolas de la Grave. Nous avions dans un premier temps envisagé de descendre jusqu’à Montbel mais les résultats de l’enduro de l’Ascension nous font renoncer au grand sud et à l’Ariège. En début d’après midi nous sortons de l’A62 direction Moissac avant d’enjamber le Tarn via le pont Napoléon. Nous roulons encore quelques kilomètres, avec à gauche le Tarn et à droite le canal du midi, pour retrouver Pat et Sophie en bout du secteur, rive droite.

Les carpes sont bien présentes et le font savoir par des joutes amoureuses bruyantes. Nous avons 2.5m d’eau à nos pieds puis, à une quarantaine de mètres du bord, un plateau herbeux d’un demi hectare parallèle à la berge. Sa profondeur avoisine les 1,30m. Elle chute ensuite à 2,5m pour atteindre graduellement 6m vers le large. Les eaux chaudes du Tarn et celles plus froides de la Garonne se mêlent en aval après avoir fait lits à part, séparés par un léger haut fond à plusieurs centaines de mètres du bord. En se laissant pousser par le vent sur le plateau herbeux j’aperçois une multitude de communes en surface, regroupées en petits groupes de 4 ou 5 individus. A vue de nez le poids moyen doit tourner autour des 7 ou 8 kg avec quelques poissons un peu plus longs ou plus larges, qui doivent peser une douzaine de kg. Après conciliabule, Patrick et Sophie pêcheront la partie aval de l’herbier et la berge droite arborée, Manu le milieu de l’herbier, et moi sa partie finale en amont, à gauche de Manu. Je place mes deux cannes de gauche en bordure, dans 2.5m, l’une au pied de la marche et l’autre près d’un tronc immergé. Les deux autres seront placées à proximité de l’herbier à la limite du courant matérialisant le début du lit mineur du Tarn.

Dimanche 8 juin, RAS à part les carpes lubriques qui claquent de très bonne heure dans les herbiers pour ne s’arrêter pudiquement et progressivement qu’un peu après le lever du soleil.

Lundi 9 juin, encore une folle nuit d’amour ininterrompue… pour les carpes. Réaction matinale, à 6 heures un tout droit m’extirpe du parapluie. Je ferre, dans les vapes… Bizarre ça biiiiiiiip toujours. Recouvrant progressivement mes esprits, je constate que je me suis gouré de canne et que la belle a pris la clef des champs… d’herbiers… soit, je continuerais le combat en bateau. La barre franche du moteur coincée entre le biceps saillant et mon corps d’albâtre, je dirige et mouline en même temps. Arrivé à la hauteur du poisson celui-ci me gratifie d’un gros remous avant de me tracter vers les herbiers en aval. A ce moment je me rends compte que Patrick aussi est sur l’eau, une canne à la main. On dirait qu’après quelques folies de leur corps, les belles ont plus d’appétit. La mienne se cale finalement dans la salade. En pompant j’arrive à distinguer, sous une perruque verte, la caudale d’une commune très longue. Nouveau rush, vers l’amont ce coup ci… tant mieux les herbiers y sont beaucoup moins denses et le combat n’en sera que plus facile. Un « Yeeees » résonne sur St Nicolas… Manu m’attend sur la berge et m’aide à débarquer avant d’aller rejoindre Patrick, qui lui est toujours sur l’eau. Je mets la belle au sac après une pesée en bonne et due forme.

Patrick nous rejoint avec une prise moins commune, une bête piscivore qui n’a des cailles que les plumes : c’est un héron, petit, pas tapon, mais un poil revêche.

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Pour éviter toute prise de bec, Patrick relâche l’oisillon. Nous nous accordons une pause café en attendant les couleurs chaudes du lever de soleil, plus propices aux photos.

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Mardi 10 juin, 7 heures : le réveil sonne une heure plus tard qu’hier, sur la canne en bordure d’herbier. Manu se réveille et m’aperçoit, comme la veille, en bateau. Une seconde wildie, non pesée, rejoint son élément après un petit tour sur la berge. Patrick, malgré une frappe chirurgicale à l’aube dans un banc de carpe repéré en bordure, n’a pas eu un bip de la nuit. Pas mieux pour Manu. Nous plions en milieu de matinée, direction la Garonne.

Nous choisissons un poste magnifique, constitué d’une grande île bordée d’un bras mort peu profond. L’autre berge de l’île donne côté Garonne avec en bordure un grand amorti sur lequel sont échoués deux gros arbres. Manu a choisi de pêcher une fosse à 3 m dans le bras mort et la berge intérieure de l’île, Patrick une zone dure en pointe d’île entre Manu est moi. Je pêche la limite de l’amorti et des arbres échoués.

Mercredi 11 juin, une nouvelle nuit sans touche nous incite à changer complètement de type d’eau. On prend l’A62 direction le sud pour ressortir quelque par vers Castelnaudary. Nous avons l’embarras du choix : la Ganguise dans l’Aude, St Férréol en Haute Garonne, Montbel dont nous ne sommes plus très loin d’ailleurs à force de descendre… Nous choisissons Ganguise et l’inconnu. Patrick y a pêché le carnassier et le potentiel en carpes reste à découvrir. Une longue reconnaissance à pied nous permet de délimiter le secteur de nuit, complétée par quelques dizaines de kilomètres en voiture pour aller voir les queues des deux bras, le barrage et quelques baies. Pas un poisson, pas un saut, pas âme qui vive… Décidés à rester assez proches les uns des autres nous retiendrons pour terrain de jeu la plus grande baie visitée, une des rares à avoir des potamots et des peupliers nains immergés. Patrick prend l’entrée de la baie, je prends le fond et Manu la pleine eau du bras. Le soleil tape dur, le thermomètre dépasse les 50° au soleil et les 33 à l’ombre… sauf que de l’ombre il n’y en a pas.

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J’amorce la bordure des potamots et les peupliers nains avec des graines pour canaris ébouillantées. Je pêcherai dessus avec des noix tigrées décollées. Les dés sont jetés, l’attente commence.

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Trois pêcheurs locaux nous rendent visite en fin d’après midi. Nous apprenons que leur record est ici à 14 kg et que la moyenne tourne autour des 7/8 kg. Il ne sont en fait qu’une poignée à pêcher régulièrement le lac depuis quelques années, de jour comme de nuit. Lorsqu’ils nous quittent le soleil disparaît à l’horizon…

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Jeudi 12 juin, 2 heures du mat. J’ai une touche sur la canne la plus près des herbiers mais à trop brider le poisson finit par se décrocher. Je passe une partie de l’après midi à jouer les hérons dans les peupliers et les potamots à la recherche de quelques indices ou silhouettes. Cinq carpes calibrées à 6/7 kilos (quatre communes et une fully) paressent en surface, dans une bouillée d’arbustes. L’abord immédiat de leur cachette semblant propre à l’écho et le fil ne passant sur aucun obstacle, j’y risquerais au moins un montagne ce soir. Finalement je monte deux têtes de ligne en gros nylon pour pêcher ce spot, les deux autres cannes pêcheront les potamots de bordure.

20 heures, les locaux nous rejoignent. Ils viennent d’amorcer un poste dans l’autre bras qu’ils pêcheront demain soir. Quant à nous, nous avons déjà tiré des plans sur la comète, et à moins d’une nuit de folie nous mettrons les voiles sur St Férréol demain matin. Nous y passerons les deux dernières nuits.

22 h : départ au pied des peupliers, contact, obstacle. C’était vendu d’avance puisque des petits peupliers il y en a à gauche en revenant, à droite, enfin partout ou presque. C’était le risque à prendre (ou pas). Ceci dit leur branchage n’est pas très dense et l’action combinée du bateau et de la tête de ligne devrait permettre une issue heureuse. Manu et moi embarquons. En faisant un peu de bruit dans l’obstacle le poisson ressort de lui même, pleine eau. Je ne sais pas si c’est la même que celle aperçue l’après midi, toujours est-il qu’une petite tarte au pommes rejoint l’épuisette.

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Vendredi 13. Comme prévu nous plions de bonne heure et quittons la Ganguise pour St Férréol. Cette retenue à cheval sur la Haute Garonne, l’Aude et le Tarn, alimente le canal du midi. Elle fût construite par Vauban sous Louis XIV et est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Notre choix tient aussi au fait que St Fé sera vidé cette année et les carpes à priori réparties dans les plans d’eau environnants. Ici on n’aime pas les carpistes paraît-il, et pourtant tout le lac est autorisé à la PDN. Vas comprendre… C’est donc une des dernières occasions d’y pêcher des carpes vieilles de 300 ans. Pas de monstres à priori (le best of serait à 19 kg), mais une bonne densité de carpes de plus de 10. Arrivés en milieu de matinée nous observons effectivement des petits bancs de poissons à proximité de la longue digue de pierre. Leur taille correspond à celle annoncée. Deux malheureux parapluies sont plantés en plein cagnard à une cinquantaine de mètre de la digue. Nous prendrons l’autre berge, à proximité de la plage. Avant de déjeuner nos montages sont rapidement propulsés à la « one again » (ils seront toujours plus pêchant dans l’eau que dans le fourreau). Nous déjeunons d’un glace à l’italienne…

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Samedi 14 juin, on aura droit à tout ou presque jusqu’à deux heures du mat’. Des jeunes qui plongent de la digue, d’autres qui font la baleine blanche dans les fils à Manu (il ne pourra pas dire qu’il n’a pas eu de marsouinage) et même un bain de minuit au cours duquel une minette fera tourner son string comme on fait tourner les serviettes… bref on décide de plier, aidé en cela par l’absence de touche. Fini les vacances. Manu est plus que Limite No Carpe, Patric idem, quant à moi je n’ai pas vraiment de quoi jubiler avec trois poissons tirés par les cheveux.

La BX est chargée, l’Escort aussi. Patric regagne le Lot et nous attaquons l’A62 direction Toulouse. Au niveau de Valence d’Agen une odeur caractéristique de caoutchouc brûlé précède l’allumage d’un voyant rouge. Le verdict tombe vite en ouvrant le capot. Ca fume tout autour de la culasse et le radiateur a tout du tonneau des Danaïdes : il enfourne autant de litres d’eau que le jerrican peut lui en fournir. Les coups de démarreurs sont vains et l’échappement sort par le vase d’expansion. Sans être expert il y a joint de culasse et très certainement une culasse. Une demi heure plus tard, tout mon matos (hormis le Tabur) est transféré dans la Ford et la BX est prise en charge par un corbillard pour rejoindre sa dernière demeure… Ce sera la der de ses sessions. RIP.

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Eric Deboutrois

Niort le 17/06/03

Chapitre III : On/Off

Mercredi 30 avril 2003, je prends la route à 8 heures du mat’ direction le sud. Je suis fébrile de pouvoir me retrouver au bord de l’eau bien que pas certain d’y arriver. La BX consomme plus d’eau que de gasoil depuis son aller-retour à Chalon sur Saône un certain 29 mars 2003… Après 3 arrêts pour remplir le radiateur et vider la vessie, sans qu’il n’y ait de rapport entre les deux, j’arrive vers 13 heures sur le Lot et prends contact avec Patrick, Jacques et Fred déjà en action sur le bief. Patrick a décroché un beau poisson à l’île mais a néanmoins décidé de rejoindre Jacques plus en aval. Le hollandais y touche en effet pas mal de poissons et affiche tranquille une moyenne à 14 kg avec un top à près de vingt. Fred quant à lui finit sa nuit avec 5 carpes, dont une commune de 15, sur une zone proche d’une frayère. L’eau avoisine les 15°, la météo est clémente. Nous décidons de changer de zone et de nous attaquer à un plateau peu profond plus en amont.

Bien nous en prend. Le 1er mai au matin, Fred a une 15 au sac.

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Il l’a prise sur la berge d’en face, en bordure, en tendant dans les arbres grâce à un nœud magique qui a déjà fait le bonheur de Manu lors de notre précédente session. De mon côté la nuit a été particulièrement calme, tout juste interrompue par un barbeau au petit matin. Sur ce bief, l’année dernière, j’avais eu 18 départs dans la nuit… mais à l’arrivée que de barbeaux, tanches ou chevesnes. A l’issue de la photo, nous décidons de plier et de tenter notre chance sur un autre bief.

Nous nous installons à quelques centaines de mètres en amont d’une écluse. Les nombreux arbres immergés à proximité de la rive opposée sont autant de spots potentiels. L’un d’eux me rapportera un petit poisson de 8 ou 9 kg dans la nuit.

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Fred n’a pas eu un bip. Renseignements pris auprès de Jacques et Patrick c’est le calme plat. Nous faisons une deuxième nuit sur le même poste. Vers 22 heures je bride un départ au ras des branches berge d’en face mais perds le contact au bout de quelques secondes… « damned ! ». L’hameçon est pourtant nickel. Par principe je le change. Fred prend un petit poisson dans la nuit.

Le samedi 3 nous décidons de bouger, mais pour aller où ? Par courtoisie et amitié nous allons d’abord souhaiter bonne route à Patrick qui termine sa session et rentre au pays. Dans la foulée nous allons discuter un peu avec Jacques. David nous a rejoint et tous s’accordent à dire que le Lot est sur « off » depuis jeudi. Fred et David pensent, que sur ce bief les carpes ont une semaine d’activité sur trois… Ce n’est pas très scientifique mais vu le nombre de jours et de nuits que ces deux là cumulent sur le Lot, je n’oserai pas les contredire, surtout avec trois malheureuses sessions de recul. Avec Fred nous nous autorisons une pause pour prendre une douche et un bon repas. Nous traînons sur les bords du Lot, hésitant sur les biefs et postes à pêcher, avant finalement de remonter en Aveyron, siège de notre dernière session en mars avec Manu. A force de tergiverser nous ne finirons notre installation qu’à la limite de la nuit, vers 21h30. Le poste a bien changé. La nature a repris le dessus, la végétation est plus luxuriante mais surtout, comme sur autres biefs, le Lot est très bas. Il lui manque au moins 20 cm par rapport au niveau le plus bas relevé lors des marnages de mars. Je ne pêche qu’à trois cannes, deux en bordure dans 4 m et une autre dans l’entrée d’un bras mort dans à peine 80cm, espérant une montée des eaux dans la nuit. Fred pêche à ma gauche, en bordure d’un arbre noyé dans 4 m sur lequel j’avais eu la majorité des touches en mars. Un montage est déposé berge d’en face. Vers 22h les jeux sont faits et c’est l’entrée du bras mort qui s’avère gagnant. Contrant un tout droit je bloque tout, couche la canne, et manœuvre dans un mouchoir de poche pour éviter les obstacles omniprésents. Une belle miroir regagne en deux coups de cuillère à pot le fond de l’épuisette.

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Les heures suivantes auraient put être à la hauteur de cette entrée en matière… malheureusement nous n’aurons plus d’autre bip de la nuit, ni de celle suivante d’ailleurs. Pas mieux pour Lionel qui a touché du blanc et perdu une mémère dans les branches accumulées autour de l’île.

Lundi 5 : nous plions direction la douche. Avant cela un petit détour me conduit du côté de chez Patrick, un autre, afin de lui laisser la cassette de notre session marsienne sur ses terres avec Manu. Le Lot étant sur « off » Fred et moi faisons le choix scotcher un bief peu mais bien peuplé. Perdu pour perdu, quitte à ne toucher qu’un poisson autant essayer d’en faire un beau. Après la douche et sur le chemin de l’île, nous nous arrêtons à la rencontre de Lionel. Il nous annonce la pluie pour les deux jours à venir, prévisions qui ne se font pas attendre puisque dans l’après midi le ciel nous tombe sur la tête à pleins seaux. Nous pêchons les bois, moi le mikado en queue d’île et Fred la berge d’en face. Cet exercice de style ressemble à une partie de baby-foot où le pêcheur est en défense et la carpe à l’attaque. Il est hors de question de quitter, ne serait-ce qu’une minute, le talon des cannes, sinon la carpe marque. Dans ce jeu du chat et de la souris, j’irai jusqu’à dormir botté afin de réagir au plus vite. Peine inutile puisqu’à part quelques bips éparses liés au courant et à la bourre de peuplier qui prennent dans la tresse, aucun départ ne me viendra me tirer du parapluie.

Mardi 6, 7 h45 : J’envoie un SMS à Lionel : « Rien. Que des trombes d’eau »… « pareil » me répond-il dans la foulée. Il pleut encore et toujours. 8 heures : le chat botté depuis la veille au soir se déchausse pour se blottir au fond du duvet. Je sais pourtant qu’elles savent. Moins de deux minutes plus tard j’ai droit à un coup franc direct. La souris a été la plus rapide. En bateau je récupèrerai le montage sans problème, mais sans carpe non plus. Je retends avant de me consoler avec un bon café. 13h30 je fais de même avec les trois autres… Aléa jacta est. 14 heures un nouveau départ se produit sur la même canne, au cul de l’île. Je bloque et recule pour éloigner la belle. Elle remonte et longe l’île puis revient en milieu de rivière. Je poursuis le combat en bateau pour éviter qu’elle ne rejoigne les obstacles de mon côté. Combat sympa pour un mâle qui pisse le lait.

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Le peson affiche 14, de quoi me faire oublier le poisson perdu le matin. Je relance. On déjeune. Fred n’a pas eu le moindre bip, mais ne baisse pas pour autant sa garde. Ce n’est qu’une question de temps, il sait d’expérience que le poisson se nourrit berge d’en face… encore faut-il qu’il passe. Je retends la canne en aval de l’île en bateau. A l’échosondeur j’observe ce que je pense être un nuage de vase dans 3 m : j’ai du faire fuir un poisson, ce qui est plutôt bon signe. Fred quant à lui est parti pêcher à rôder de l’autre côté de l’île. Depuis midi il ne pleut plus.

Mercredi 7 : pas un bip de la nuit et il en sera ainsi toutes les autres nuits. Fred plie en milieu d’après midi pour regagner Tour. 16h45 j’ai une touche sur le flanc de l’île : je bride et le mou dans la tresse m’indique une fin de combat prématurée. Deuxième décroche… déjà que la première passait difficilement j’ai vraiment du mal à accepter celle ci en repensant aux statistiques évoquées par Fred et David : 1 poisson sur 5 pris ici dépasse les 20 ! Ici plus qu’ailleurs, un de perdu c’est forcément un de trop !

Jeudi 8 : troisième nuit de suite sans départ. Je suis néanmoins confiant puisque les départs peuvent intervenir de jour, à n’importe quelle heure. Bizarrement ils semblent tarder de plus en plus dans l’après midi. J’envoies un SMS à Lionel. Rien pour lui plus en amont. Fabrice qui pêchait entre nous n’a rien fait non plus mais m’apprends que les jeunes du Team Naturalbaits ont fait une 20 kg commune dans un bras mort bien plus en amont. Je refile l’info à Lionel. Je ne sais pas si c’est ce qui le décide, en tout cas il plie pour cette zone. Je reste seul sur le bief, pour peu de temps en fait car un pote doit me rejoindre en soirée… A 17h30 j’ai une touche, au même endroit. Le poisson frôle les branches basses. Une fois au milieu du bras je ressors en bateau pour éviter les obstacles de bordure et empocher une petite miroir d’une dizaine de kilo. J’essaie de l’immortaliser à l’aide du trépied et du retardateur. Trois essais plus tard elle est dans la boite puis dans l’eau.

C’est au tour du portable de sonner. Karl s’annonce. Je lui indique le chemin pour me rejoindre. Je suggère deux postes, berge d’en face. Vu l’heure il choisit de rester sur cette berge. Demain il fera jour.

Vendredi 9 : rien. Je laisse le dispositif en l’état pour la matinée. Toujours rien. Après déjeuner j’entreprends de retendre les quatre montages. C’est chose faite vers 15 heures. Une heure plus tard, une tanche me gratifie d’une touche à revenir. Plus rien. 19h15 un bip précède une plongée de scion direction les embâcles.

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Comme je suis au talon des cannes, le poisson ne me prend pas cinquante centimètres de tresse, mais gagne tout de même sa liberté sur un décrochage… Je suis vert ! Je retends. 20h même type de touche, même type de combat : souché ! J’adopte la position zen, jambes croisées, coudes sur les genoux, pouces et index réunis et inspire profondément… Je n’y crois pas : je plie demain, je ne décroche habituellement jamais et là je foire les poissons coup sur coup. Je suis en pleine déveine, pissed off.

Samedi 10 : c’est désormais une habitude, je n’ai pas eu un bip de la nuit. Au moins on dort bien. Vers 9h00 alors que je retends le portable sonne… Pas le temps de décrocher. C’était Lionel qui n’a laissé pour tout message qu’un vague: « et on leur pèlera le jonc ! ! ! Putain le Lot a craché ! ! ! ». Persuadé que ce jeune ne fume pas d’herbe qui fait rire, je me doute de la raison subite de cette euphorie, vite confirmée par un coup de fil : 23kg miroir ! Il faudrait comparer les photos mais il y a déjà eu une 24 kg prise dans le coin. A vérifier. Pour ma part j’ai décidé de plier vers 19 heures ce qui me laisse encore un peu de temps pour un poisson bonus. Karl a choisit d’aller pêcher l’autre flanc de l’île. Bien lui en prend car il fait en fin d’après midi une petite commune. Vers 18 heures j’ai un départ sur la canne placée 5 mètres en aval de celle qui démarre habituellement en aval de l’île. Je bride en serrant les fesses et en croisant tout ce que je peux pour éviter la décroche qui me hante. Elle remonte vers l’île. Je bride mais ne pompe pas… je pourrais mais je n’ose plus. Elle ne me cède pas un mètre mais j’en ai tout autant à son égard. C’est bon, elle tourne un peu de mon côté et longe le flanc de l’île… suffisamment loin me semble-t-il… aaarggh je n’y crois pas ! Elle est bloquée ! Elle a trouvé une branche ! Une branche ? Que dis-je : un enchevêtrement de branches grosses comme mon bras à un mètre de l’île. Je n’ai pas d’autre solution que d’y aller en bateau. Arrivé en bordure je dois d’abord me frayer un chemin dans les branches basses avant d’essayer de dénouer ce tricot de tresse et de branche. J’aperçois un reflet par moment, la carpe semble toujours à l’autre bout et pas forcément très grosse. Même si ça me console un peu, il n’empêche que çà me fait quand même chier ! Je joue du scion dans l’eau pendant une bonne dizaine de minutes : une maille à l’endroit, une maille à l’envers. J’ai les boules grosses comme des gants de boxe. Soudain je sens la belle libre. Elle repart en aval de l’île tractant dans son sillon le scion de ma canne. Yes ! ! ! Elle n’est pas encore dans l’épuisette mais elle n’est déjà plus dans les bois. Je parierais un caisse de Cahors contre une bouteille de Coca que c’est encore un male boosté aux hormones… elle, il (?), me balade encore avant de se laisser remonter en surface… vouahou je la pensais pas si belle… mes valeurs sont certes un peu faussées car après tant d’abstinence j’aurais presque tendance à prendre Maité pour un top modèle. Emmaillotée ! Yes ! ! ! Elle est courte et largue. J’écarte les bras et annonce à Karl « 15, 16, 17, 18 ? ». Peu importe, celle là elle me fait un bien.

Je rejoins Karl afin qu’il nous tire le portrait.

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Quelques clichés plus tard je retourne sur ma berge plier les autres cannes et charger la BX. Je vais devoir rentrer, le cœur partagé entre la joie d’avoir pris ce poisson bonus et un sentiment d’inachevé… Je sais qu’il ne faudrait pas rentrer mais je n’ai pas le choix. Avant de partir je lance à plusieurs reprises un gros « merde » à Karl, convaincu que le Lot est enfin repassé sur « on ».

Eric Deboutrois, Niort le 12/05/03

Chapitre II : Obsessions

J’aurais peut être du mettre l’article « les » devant le titre de ce chapitre, mais la liaison aurait été dangereuse. Sans, le clin d’œil à un poids lourd de la carpe sera plus évident. J’avais écrit une première version de ce billet pour le net, en 2002 de mémoire, suite à la position bien osée prise par l’auteur de « La tête dans le culte ». Bon nombre de carpistes ont compris, ne jouent pas les autruches et arrivent à prendre le recul nécessaire par rapport à la bouillette philosophale et autres effets de marketing. Ils savent que la vérité est ailleurs, les pieds dans l’eau. Mais combien encore restent avec les portugaises ensablées ?

obsession

Quand on aime, on ne compte pas.

Si au mieux les mots entrent par une oreille avant de sortir par l’autre, on ne sait jamais vraiment si entre les deux cela raisonne. Homonyme et antonyme, le mot est plus beau lu qu’écrit. Du mot sur l’étiquette, rien ne ressemble plus à un carpiste qu’un autre carpiste. Etiquette, éthique, lorsque cela fait écho et résonne dans vide, je me demande si la quête carpiste, du moins celle liée à la traque des gros poissons, ne rendrait pas con. N’ayant pas fait serment d’hypocrite, je me surprends à penser ces mots, à défaut de pouvoir les guérir. La maladie, vieille comme l’homme, ne serait pas grave si elle n’était pas aussi contagieuse. Elle court, elle court... Et puis non, je n’ai pas le droit de faire cet amalgame quand je repense à ceux que je côtoie, sages parmi les sages, qui m’inspirent le respect et l’amitié. Aventuriers modernes, ils jouent dans une autre cour, plus grande, jamais assez grande. Se dépasser, vivre ses rêves et s’affranchir de ses propres limites est une quête que Confucius ne renierait pas. Elle mène nulle part pour ceux qui n’aiment pas, à la folie ou à la sagesse pour les autres, à la connerie à défaut de trouver cette philosophie qu’évoquait dans son unique ouvrage le Dr Sexe. Sans pour autant être maso, comment ne pas apprécier à leurs justes valeurs ces victoires dans la défaite, sur soi même, sur le temps, le vent, la pluie, la neige, le froid ou l’immensité bleue d’un lac né sous X, sur la solitude face à des détecteurs tellement muets que leur silence ferait voler en éclats toutes vos certitudes. Cette quête peut devenir malsaine si elle quitte la main courante de l’éthique et emprunte les chemins de traverses. Adieu droiture morale, il ne s’agit plus alors d’exister qu’au travers du regard des autres, de paraître plutôt que d’être réellement. Travers obscure, le risque devient grand de devenir mytho, tromper, truquer, paraître. Le sujet des photos déformées au grand-angle a été abordé dans un numéro de Média Carpe. Dans le même numéro était présentée une commune annoncée à 34,2 kilogrammes. C’est moins cette carpe, superbe au demeurant, que les polémiques qui sont nées autour de son poids, puis de celui de la prise de Marcel Rouvière qui ne ferait pas 37, et du record du monde soit disant gonflé de 300 grammes, qui m’ont définitivement donné envie de dépoussiérer ce billet d’humeur. Autant une photo peut refléter la beauté, transmettre une ambiance, des sensations subjectives qui ne se mesurent pas, ne se décrivent pas, mais se ressentent, autant ces histoires de chiffres et de poids paradoxalement objectives par excellence, engendrent jalousies et dérives. « Les grandes personnes aiment les chiffres » expliquait sans Saint-Exupéry au Petit Prince…

Bonnet blanc, blanc bonnet.

Certains ont trouvé la solution en jetant purement et simplement aux orties leur peson, comme ces femmes avaient jeté leur soutien-gorge en guise de libération dans les années 60. D’autres voudraient nous faire jeter les appareils photos mais garder religieusement les pesons pour se mesurer. A vos marques, prêts… Halte au feu ! Il y a là faux départ, d’entrée. « Halte aux jeux ». C’est ainsi qu’Albert Jacquard intitulât son livre paru en 2004, poussant le lecteur à s’interroger en cette année d’olympiade grecque, sur l’aberration des Jeux. « Dès lors qu’ils coopèrent, s’allient, dès lors qu’il n’y a pas de compétition entre eux, ils [les hommes] peuvent atteindre des performances supérieures ». Tout est dit, s’apposer et non s’opposer. Je ne réfute pas tant la compétition sous sa forme institutionnelle que les esprits immatures qui en viendraient à vendre fils, père, mère, amis, poissons pour un sponsoring, un titre, une médaille, une quelconque gloriole. La fin justifie les moyens, à l’exemple des risques pris, y compris pour la santé (des poulains, pas de l’écurie) en terme de dopage. Depuis que Ben Jonhson s’était fait contrôlé positif on aurait pu penser que les athlètes se tiendraient à carreau. Que nenni. Et pour cause, il y a derrière un gros business et des pressions financières colossales. Aux derniers Jeux Olympiques l’équipementier d’un nageur poussait son poulain avec des primes allant jusqu’à un million de dollars. Idem pour la pêche, à plus petite échelle bien sûr. Certaines marques fondent leur notoriété et une partie de leur chiffre d’affaire, sur les résultats des équipes sponsorisées, de leurs Teams. Il leur faut être meilleure que les autres, pas pour la pêche mais pour le business. C’est sûrement ce message de fourvoiement d’une société s’égarant vers l’individualisme que voulait faire passer l’auteur. Sans aller jusqu’à dire que le peson m’oppresse, je dirai que ses unités, multiples et sous-multiples, sont inadaptées pour mesurer mon plaisir, même si j’avoue ne pas y être totalement insensible. Prendre un seul poisson dans une eau sous peuplée est d’une difficulté sans commune mesure avec la prise d’un gros poisson en bassine. Ce n’est pas le poids de la prise qui fait le pêcheur, pas plus, pour en revenir au parallélisme des (belles) formes, que la profondeur d’un bonnet n’est gage d’intelligence ou de beauté. Or certaines en jouent comme d’autres tirent sur le peson, prenant du coup la grosse tête et deux bonnes tailles, de bonnet. Bonnet blanc, blanc bonnet. C’est à celle, ou à celui selon, qui aura la plus grosse… mettons nous en situation.

sirene

Voleurs de rêves…

Après une enfance paisible vouée à d’autres saints, arrive l’âge des boutons. Dans le sillon creusé par le temps, l’attente dure de ne pas pouvoir passer à l’acte, devient lourde de ne pas prendre de « vingt ». Pourquoi le nombre vingt ? Je ne le sais pas, d’autant que d’autres psalmodient leur palmarès au rythme des thirties, forties, « Tea for two, and two forties »… Le magicien d’Oz aurait-il vacciné les carpistes tout petits avec une aiguille de peson pour que ce soit elle qui les fasse passer de l’enfance à l’age adulte ? Inversement jeter son peson permettrait-il de retrouver une partie de son âme d’enfant perdue ? En attendant l’ado et sa frustration grandissent à la lecture des bouquins spécialisés. Ils permettent de répondre à quelques questions techniques, d’enjamber les difficultés et prendre les choses en main à défaut de mieux. Il y a en couverture une superbe créature dans les bras d’un hidalgo. A l’intérieur la même harnachée de cuir est prise sous tous les angles. Parfois même il y a en page centrale un poster, le tout accompagné de récits et de mensurations. Du cuir, du silicone, mais pas d’histoire d’amour… C’est l’âge où l’on mesure. Celui qui lance ou fait pipi le plus loin, qui a la plus grosse, qui sera le chef. Tout cela serait la faute des revues, c’est en tout cas ce que dit le net. C’est clair, on croirait entendre l’hôpital se foutre de la charité. S’il y a de tout, il y a souvent n’importe quoi. Cacophonie et chant des sirènes, tout le monde se proclame expert, en onanisme sûrement, fait de ses convictions des certitudes. La déconcertante facilité semble de mise, sauf pour la grande majorité des néo carpistes, et pour cause. Qui répond aux questions que nous nous sommes posées fut un temps, en se souciant de l’âge ou de l’expérience de son interlocuteur ? Chaque âge a ses croyances, ses questions a dit l’araignée. « Papa comment on fait les bébés ? ». Explique-t-on les choses de la pêche ou de la vie, à un enfant ou à un ado comme on en parlerait entre adultes? Rien ne sert de vouloir les faire grandir trop vite au risque que leur tête ne devienne comme le corps de ces poulets de batterie que les pattes ne peuvent plus porter. Comment fait-on pour prendre des carpes spécimens? Il suffirait peut être déjà de se dire que tout le monde n’en prendra pas dans sa vie de pêcheur. On en connaît tous, et des bons, qui n’ont jamais dépassé la barre des 20, et alors ? Encore heureux qu’ils trouvent d’autres plaisirs à être au bord de l’eau en attendant, pourquoi pas, le poisson d’une vie. Il faut parfois 30 nuits, 60 nuits, 84 jours à en croire Hemingway, une vie d’abstinence avant d’espérer caresser une géante. N’en pouvant plus d’attendre certains préfèrent s’en remettre à des professionnelles, psycho péripatéticiennes du pêcheur comme les appelle mon ami belge François. Il existe de plus en plus d’endroits privés où elles sont rassemblées, de gré ou de force, empilées les unes sur les autres à en croire les chiffres annoncés dans des livres anglais et anglaises. Rien de bien illégal répondra de sa plume l’oiseau de mauvaise augure. Comme le fromage de la fable, l’argent a une odeur, il l’allèche. Poule aux œufs d’or, poule aux odeurs... Si beaucoup d’endroits sont propres, d’autres sont nauséabonds et loin de l’éthique, de la philosophie prescrite par le bon docteur. Difficile de faire un choix éclairé autrement qu’au pif pour l’instant, car personne n’a encore eu le temps, la volonté, que sais-je, de faire objectivement et de publier le classement, à l’image d’un guide Michelin, des 600 eaux closes recensées en France. Une version anglaise serait d’ailleurs bienvenue puisque plus de 50% sont propriétés de sujets de sa très gracieuse majesté, quand ils ne leur sont pas exclusivement réservés.

Il y en a d’autres qui ont plus de chance dans cette crise d’adolescence. Ils ont entendu parler d’une goulue, une pas bien farouche, que tout le monde a prise. Lorsque la belle est vraiment grosse, le coté obscure n’est jamais bien loin et certaines bandes n’hésitent plus à se l’approprier pour faire des tournantes, des photos, de la pub, et faire baver les crédules. Dans un cas comme dans l’autre - je citerai plus loin Fallet - l’acte n’est pas très glorieux mais le coup facile. Ca y est! Tu es un homme mon fils!

Histoire de « Q »:

Suis-je amer ? Peut-être. Amer de voir la prolifération des pubs pour les eaux closes dans les magasines, de retrouver en couverture d’un, puis quelques mois plus tard d’un second, la photo de la belle bohémienne qui, quelques années avant, avait croisé ma route. Non pas qu’elle soit dans les bras d’un autre, puisque je savais pertinemment qu’en expliquant à Monsieur « Q » (appelons le comme cela pour rester dans le ton), plan à l’appui, où et comment avec Stéphane nous avions eux une aventure avec deux créatures aux formes généreuses, il avait toutes les chances d’en séduire au moins une à son tour. Amer car, lors de la séance photo, un gars sûrement plus au fait que nous des tarifs lança : « un poisson comme ça, ça vaut au moins 30 000 balles… » Amer car j’apprends que s’ouvre à proximité une Nième eau close… Amer quand ce qui se passe ici se reproduit dans les Ardennes, la Haute-Vienne, le Loiret, le Lot, à Madine, aux quatre coins de la France. Je ne suis pas passé par la case départ et la belle est retournée, pour combien de temps encore, de là où je l’avais tirée. Vous comprendrez pourquoi nous sommes restés discrets, même si nous avons fait profiter des lieux à quelques connaissances que nous croyions sûres, dont « Q ». Malheureusement la vanité et la cupidité en décident autrement: trahir pour se grandir. Essayer de se faire mousser dans les revues en vantant ses recherches acharnées, l’efficacité de telle bouillette, alors qu'il suffit d’avoir un bon réseau d’information, de faire le crabe pour venir sucer goulûment... les postes. Voilà le théâtre des apparences dont nous sommes tous spectateurs, consommateurs, acteurs. L’histoire se répète avec une autre et on vous fait prendre des vessies pour des lanternes. Quatre ou cinq mecs différents mais néanmoins du même Team qui posent toujours avec le même poisson parfois habillement maquillé, ça prouve quoi ? La redoutable efficacité de leurs bouillettes ? C’est ce qu’on veut vous faire croire. Business is business, effet de marketing me dira-t-on. Ajoutez un fond de musique techno, un look rebelle, underground voire hooligan et la cible des jeunes générations en mal d’identité s’affiche clairement. On nous prend vraiment pour des cons.

On ne vit pas sur la même planète, celle où les bidochons chassent la galinette cendrée ou la salope d’élevage. Pour finir avec les compromis, chose due, je ne puis m’empêcher de citer René Fallet (« Les pieds dans l’eau » Editions Denoël): Tout comme il est de fausses oronges, de faux serments, de fausses alertes, il est de faux pêcheurs qui ne sont là que pour tuer, que pour bouffer, qui ne voient dans le joli jeu que son côté utilitaire. Ceux-là me font songer aux hommes de peu qui se satisfont de chevaucher les femmes sans aimer les femmes. Ils « baisent », « tirent leur coup », jouissent mais jamais, au grand jamais, ne font l’amour. Ceux-là aussi « baissent pour la casserole », ces « bidochards » n’étreignent que de la viande et restent seuls, tas de mou sans frisson, imbéciles heureux, crétins surtout satisfaits de n’avoir entendu aucune musique dans les bosquets d’en face. »

Un « Q » ce n’est finalement qu’un gros zéro avec une petite queue en bas.

Chapitre I : attrapeurs de rêves

Juillet 1998. La 205 de Stéphane est chargée à bloc, taille approximative des poissons que nous partons chercher sous d’autres cieux. Des bruits courent sur cette eau, ressemblant à ceux que font les vaches en sautant d’un plongeoir olympique : il y aurait « trente plus ».

Nous n’avons pas d’autre d’indication sur cette base de loisirs, donc pas plus d’à priori. Sur place, après une courte réflexion sur l’antropisme, la seule zone libre nous choisit. Nous jouons les sherpas pour y emporter l’essentiel et probablement le superflu puisqu’il faudra faire pas moins de 3 tours pour tout décharger. Bon prince Stéphane me laisse choisir.

« Je prends la pointe ainsi que le flanc de l’île à gauche et te laisse la pleine eau, face à nous ?

- Adjugé ! »

A peine finissons nous d’installer notre matériel qu’un autochtone vient à notre rencontre d’un pas décidé, un cobra dans une main, un seau dans l’autre.

« B’jour, z’êtes sur mon poste…

- Hein ? Bonjour… Ah… désolés, on ne savait pas.

- Vous z’amorcez à quoi ? J’espère que vous balancez pas de la merde et que vous z’allez pas me pourrir le poste.

- Euh… on n’amorce pas. On pêche au soluble… »

Et mon gars d’ouvrir son seau puis de commencer à pousser quelques bouillettes entre nos cannes.

« Je les roule pas, je fais juste des oreillers… ça part aussi bien ! »

J’ai l’impression de vivre un extrait du père Noël est une ordure. Effectivement, roulé sous les aisselles, ça part bien… dans les chaussettes ! Mon regard croise celui de Stéphane. Incrédules et impassibles nous sommes, en un mot, déconsidérés. Où avons nous mis les pieds ? Au bout d’une douzaine de jets notre hurluberlu repart comme il était venu. Jamais on ne le reverra plus.

La première nuit est calme. Rien, pas un bip, pas un saut qui ne vienne perturber notre sommeil avec des histoires d’oreillers. Le début de journée se passe à l’identique, nous laissant observer à loisir, qui les joggeuses, qui la surface de l’eau. Je ne dirai pas qui lorgne où, si ce n’est que dans l’après midi Stéphane repère un marsouinage. Bien au delà de l’île, l’imite un second cétacé. C’en est trop, Stéphane relève un montage et change une bobine garnie de 30/100 pour une de 24. D’un geste souple, mais néanmoins viril, il envoie balader aussi loin que je m’en souvienne une friandise qui sent bon le chocolat et l’orange. Bip…bip…bip… Le swinger descend. En guise de carpe c’est une brème qu’il ramène. Que dis-je ? Une brêmeuuuuh, de la famille de celles qui sautent du plongeoir olympique… Est-ce un présage ? Bille neuve, le service est remis, au même endroit ou presque. Même scénario… bip…bip…bip. Deuxième brème, calibrée à l’identique. Pour être plus sélectif Stéphane m’interroge :

« Eric… Tu as des 24 ?

- Oui… Tu veux que je t’en file ? Ce grand classique nous a toujours fait marrer.

Euh non merci. Juste que tu m’en donnes une… »

Stéphane esche une bouillette de 24mm, et prend, sûrement par pure coïncidence, une première carpe d’une dizaine de kilos.

« Tu n’as pas de touche à gauche. Décales ta batterie, me dit-il, passes à ma droite…

- Non c’est bon…

- T’es sûr, il y a de la place pour deux en pleine eau ?

- Oui, il n’y a pas de raison que ça ne démarre pas ici aussi.

- Comme tu veux… »

Une heure après, alors que sur la même canne Stéphane vient de prendre une seconde carpe de même gabarit :

« T’es vraiment sûr ?

- OK, mais c’est bien parce que tu insistes… »

En deux temps trois mouvements, je relève les quatre montages et fais un saut de puce à droite. Mieux qu’une geisha j’enfile quatre bouillettes sur un fil soluble, puis trois sur un second, deux sur un troisième. Le quatrième hameçon n’aura pas de soluble, mais deux 20, c’est plus voyant, sur le cheveux. De la sorte les montages sont dégradés in the middle of nowhere ce qui ne signifie pas outre manche chez les grecs, mais pas bien loin quand rien ne va. En tout cas comme les carpes n’en veulent pas c’est probablement ici qu’elles les trouveront.

Décidément la chance reste collée aux basques de Stéphane. Il enregistre, vers 23 heures, un nouveau départ. Le bougre a du marcher dedans, et du pied gauche ! Il m’amène à l’épuisette un poisson comme nous n’en avions jamais vu de si près. Nos pesons sont gradués jusqu’à 22 kg. Ce qui nous semblait loin il y a peu de temps est subitement dépassé. L’aiguille s’arrête au delà du réel, une graduation au dessus du maxi. Stéphane pulvérise son record personnel et pourtant je sens que sa joie est contenue.

« Eric… dis moi ?

- Oui…

- C’est chiant quand l’un touche et l’autre… Enfin… T’es pas… Je l’interromps :

- Jaloux ? Ben non. Aujourd’hui c’est à toi que la chance sourit et je suis super content pour toi. Nous savions l’un comme qu’il nous manquait pourtant à cet instant, à tous les deux, un je ne sais quoi pour que nous passions dans une autre dimension. Un simple bip peut-être ? Je ne sais pas qui, lui, moi ou le destin, je voulais convaincre en ajoutant :

- Et puis qui sait, ce n’est pas encore fini… c’est à la fin de la foire (aux bestiaux) qu’on compte les bouses. »

Une heure plus tard nous sommes assis aux talons des cannes à regarder les ondes que fait la carpe au sac, lorsqu’un bip retentit. Un seul. Un simple bip. Mon cœur grimpe dans les tours. J’ai la main sur la canne. L’écureuil prend l’ascenseur à son tour, je ferre. Aucun doute n’est permis. « Stéphane… J’ai un tracteur ! »

L’instant est surréaliste. J’ai l’impression d’avoir attrapé le fond et que tout tourne autour de moi, au ralenti, style Matrix. Tout flotte, sans à coup. Chaque seconde dure une éternité. Le fond bouge et part sous les cannes de Stéphane, complètement à gauche. Je ne maîtrise rien, je subis tout. Le poisson ne me prends pas de fil, mais va pourtant exactement où il veut, comme si je n’existais pas. Il se rapproche de la bordure en arc de cercle, forme de ma canne qui a désormais pour toute réserve de puissance celle d’une nouille. Un combat mené dans les règles ressemble d’ailleurs à la cuisson des pâtes, seul art culinaire que je maîtrise à peu près avec la cuisson de l’œuf dur. Al dente le poisson longe la bordure, bascule sur le flanc et se laisse mener à l’égouttoir. Stéphane allume sa frontale.

« P… Il est vachement plus gros que le mien.

- Arrêtes, tu déconnes ! ?

- Non ! J’te jure… Il est é-nor-meeuuh ! »

Nous devons nous y mettre à deux (un de plus et nous aurions appelé le poisson Daniela) pour soulever l’épuisette et poser la carpe sur le tapis. Elle n’est pas énorme, elle est hors norme. Le matelas de réception fait un mètre et elle dépasserait à droite, à gauche si nous n’avions pas mis les deux. Le peson fait plus d’un tour, l’aiguille est bloquée au taquet et le poisson touche toujours le sol. Nous bricolons un système pour essayer de répartir le poids sur nos deux pesons. Une rapide addition nous donne plus ou moins trente… Trente ! C’est de la pure folie, Stéphane m’embrasse sur le front, saute sur place. Nous hurlons notre joie. Vingt trois et trente… Autant dire qu’on n’en dormira plus de la nuit, assis comme deux gosses à surveiller chacun sa ficelle attachée au piquet, plonger dans l’eau comme d’un sautoir olympique.

Au petit matin je crois que tous les pêcheurs de la base de loisir étaient autour de nous pour les photos. Ils savaient depuis la veille au soir que Stéphane avait pris un beau poisson, mais ils ignoraient qu’il y en avait un second. L’un d’eux alla chercher son peson de 50 kg, qu’il régla sur zéro. Pour éviter les manipulations, les poissons furent pesés avec le sac. Déduction faite, celui de Stéphane est adjugé à 22,8. Quant au second, l’aiguille monta à plus de 31…

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Intro : Trapeur de rêves

Il était une fois un pêcheur, pas un vieux ni un jeune, intemporel. Il attendait tellement un poisson, son heure ou que sais-je, qu’il aurait pu voir pousser les pierres. Mais voilà, ce n’était que le bout de ses scions pointés vers les étoiles qu’il regardait.

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Ce matin là il n’avait vu pour tout signe d’activité qu’une araignée affairée au dernier anneau de sa longue canne. Elle semblait lui parler du temps qui passe, des enfants qui grandissent et fatalement de leurs parents qui vieillissent, du cycle de la vie… Tout en l’écoutant, son regard se perdait dans ses souvenirs et dans la toile qu’elle ourdissait méthodiquement, déjà décorée de quelques plumes apportées par le vent, et de perles de rosée.

« A chaque étape de ta vie tu seras tiraillé par des forces, certaines bonnes, d’autres mauvaises, dit-elle. N’écoutes pas les mauvaises, elles t’entraîneront dans une mauvaise direction. » L’araignée tissait toujours sa toile, du centre vers l’extérieur. Quand elle eut enfin finit son ouvrage elle dit au pêcheur :

« Regardes l’anneau de ta canne. J’ai fait cette toile pour t’aider. Elle peut filtrer tes rêves et tes visions. Fais en bon usage. Si tu crois, elle t’aidera à les réaliser. Chaque nuit, elle retiendra captifs tes pires cauchemars et guidera vers les plumes tes plus beaux rêves. Au petit matin le soleil levant brûlera définitivement les mauvais rêves tandis que les beaux pourront s’envoler pour se réaliser et être rêvés à nouveau. »

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Il y a tellement de similitudes entre ma vie de pêcheur, se dit-il, et la légende des attrapeurs de rêves que me rappelle cette araignée, que parfois elles se confondent. Je n’ai jamais cherché dans la pêche ou dans cette allégorie à trouver, pire à devenir, un quelconque personnage mythologique. Je me serais égaré sur la piste des Tartarin et autres Bidochon à qui toute logique a échappé. Non, j’ai fait mienne cette légende amérindienne, relâchant au petit matin celles et ce que j’ai rêvé la veille. C’est dans le même esprit que depuis quelques années j’ai pris ma plume et mon appareil photo pour qu’à la lecture de ces lignes je puisse revivre ces moments. Les mauvais ont presque disparu de ma mémoire avec l’aurore et seuls les meilleurs me survivront. Quelques uns ont déjà été publiés. Les avez vous peut-être déjà lu ? Avez vous peut-être cette indescriptible sensation d’en avoir déjà vécu des passages ? Si nous avons les mêmes rêves, voyons les mêmes étoiles, alors nous faisons partie de la même famille, celle qui dort sous la même longue voûte à laquelle est suspendu cet attrapeur de rêve. Vous avez rêvé un songe que j’ai relâché, à moins que ce ne soit l’inverse. Je vous rassure si vous deviez l’être, j’ai également pris le temps de bonifier beaucoup d’inédits, extraits de mes carnets de pêche. Ceux là vous ne les avez pas lu… Et même après les avoir lu une fois, je suis persuadé qu’à la deuxième ou troisième lecture, vous leur découvrirez un sens nouveau. Mis bout à bout, ces morceaux de vie constituent en partie ce que j’ai trouvé de plus beau dans ma quête, se dit le pêcheur.